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Séances 2011

SOCIÉTÉ ASIATIQUE : séances tenues en 2011

Elles ont lieu les vendredis à l’Institut de France, 23 quai de Conti, salle Hugot (exception faite de l’Assemblée générale).

Rouleau en soies peintes et brodées, avec textes en chinois & mandchou et sceau impérial, du règne de Qianlong (XVIII<sup>e</sup> s.) - © Société Asiatique
Rouleau en soies peintes et brodées, avec textes en chinois & mandchou et sceau impérial, du règne de Qianlong (XVIIIe s.) - © Société Asiatique

 Séance du 16 décembre 2011

1. Lecture du procès-verbal de la séance précédente

2. Communications

Mme Isabelle KLOCK-FONTANILLE (Professeur à l’Univ. de Limoges et membre senior de l’Institut Universitaire de France) :
« La langue Hattie : état de la question et perspectives nouvelles »

Résumé : Le hatti est la langue qui a précédé le hittite (langue indo-européenne) en Anatolie centrale. C’est le substrat de ce dernier. C’est une langue de type agglutinant qu’on ne peut rattacher à aucune famille linguistique connue. Les utilisateurs de cette langue étaient les Hattis, porteurs de la culture de l’Anatolie centrale au 3ème millénaire avant J.-C. A la fin du 3ème millénaire, des éléments proto-indo-européens s’infiltraient dans la péninsule, s’intégraient dans la société hattie et assimilaient leur langue, qui a fini par disparaître. Le hittite est devenu la langue officielle du nouveau royaume et le hatti est alors devenu une langue morte, reléguée au rôle de langue liturgique. Mais, plus tard, les scribes hittites ont transcrit/noté en cunéiforme des textes rituels, des mythes, des prières, etc. – des textes appartenant tous à la sphère religieuse. Donc, le hatti ne nous est connu que par la tradition scribale hittite tardive, soit sous la forme d’insertion dans les textes hittites, soit sous la forme de bilingues.
Le hatti est un cas intéressant à plusieurs niveaux : (i) c’est une langue qui a disparu, sans descendance, mais qui, grâce à une volonté politique, a en même temps le statut de langue morte (et donc nous est – partiellement – parvenue) ; (ii) les scribes qui ont transcrit les textes ne comprenaient plus (bien) le hatti et l’ont donc transcrit à l’aune de leur propre système d’écriture et de langue ; (iii) la langue hattie a disparu, mais elle a influencé la langue hittite ; (iv) le chercheur moderne n’a que ces textes notés souvent approximativement et ces traces dans la langue hittite pour reconstituer la langue hattie.

M. Samuel THÉVOZ (Docteur ès lettres de l’Univ. de Lausanne) :
« L’éveil de Jacques Bacot à la tibétologie : du drame sacré de Gata aux horizons de Népémakö »

Résumé : « Bien peu ont su que Jacques Bacot avait été un voyageur audacieux, mieux encore : un explorateur ». Ainsi Marcelle Lalou, son élève et collègue dévouée, soulignait-elle dans la nécrologie qu’elle lui consacrait en 1965, la discrétion du célèbre tibétologue ; c’est ce même passé ignoré que rappelait Anne-Marie Blondeau en 1988 dans sa préface à la première réédition du Tibet révolté, second des récits de voyage de Bacot dont la publication remontait à 1912.
L’on connaît mieux, sans doute, le parcours métropolitain de Bacot. Celui-ci se met à fréquenter les cours de Sylvain Lévi à partir de 1908, soit au retour de son premier voyage (Dans les marches tibétaines, récit publié en 1909). En termes académiques, l’on est donc en droit d’identifier là le début de sa carrière dans les cercles orientalistes parisiens et internationaux. Pourtant, c’est avant tout à ses deux périples au Tibet et à sa rencontre avec les Tibétains que Bacot doit son intérêt pour l’orientalisme et la tibétologie. Or, dans le récit même de son expérience vécue in situ, se dessinent le regard renouvelé et les objets d’étude inédits que Jacques Bacot apportera à ce qu’on appelait encore les « études thibétaines ».

Séance du 16 Décembre 2011

 Séance du 18 novembre 2011

1. Lecture du procès-verbal de la séance précédente

2. Nouveaux membres
-Mme Agathe Keller, historienne des sciences en Inde, parrainée par MM. Jean-Pierre Mahé et Pierre-Sylvain Filliozat ;
-M. Ali Mousavi, spécialiste de l’Iran ancien, parrainé par MM. Chahryar Adle et Jean-Louis Bacqué-Grammont ;
-M. Frédéric Burguière, analyste à la Société Générale, parrainé par MM. Jean Esmein et Pierre-Sylvain Filliozat ;
-M. Boris Alexandrov, docteur en Assyriologie, parrainé par MM. Jean-Marie Durand et Lionel Marti ;
-M. Suleymanoglu Valy, spécialiste de théologie musulmane, parrainé par MM. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Michel Bozdemir ;
-Réintégration de Mme Karine Chemla (parrains MM. Gernet et Schipper).

3. Décès
-Mme Lucette Boulnois ;
-M. Jean Leclant, Secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et Président d’honneur de la Société Asiatique ;
-M. Jean Michel Batbedat ;
-M. André Raymond ;
-M. Christian Bouy (nécrologie de M. André Padoux).

4. Communications

Mme Cristina Scherrer-Schaub (EPHE) :
« De Lhasa à Rome : l’entrée de la vacuité dans le monde moderne. Les écrits tibétains d’Ippolito Desideri »

Résumé : Le 26 juin 1715, Ippolito Desideri, accompagné de son aîné le Père Manoel Freyre, arrive à Leh, capitale du Ladakh en route vers Lhasa, capitale du Tibet. Le voyage durera huit mois. Alors que Freyre, éprouvé par les conditions de vie particulièrement difficiles, rentre immédiatement en Inde, Desideri passera cinq ans à Lhasa. Une rencontre exceptionnelle s’opère alors entre des savants de même taille et des discussions philosophiques se tiennent au monastère de Sera avec, en arrière plan, les Sommes de deux géants : rJe Tsoṅ kha pa, le scoliaste bouddhiste (1357-1419) et Saint Thomas d’Aquin, le « Doctor Angelicus ». (1224/5-1274). En 1728 Desideri est de retour à Rome : la « vacuité » (Tib. stoṅ pa ñid, Skr. śūnyatā) fait ainsi son entrée triomphale dans le monde moderne, tout comme la recette du thé salé tibétain. Mais au delà des récits savoureux sur le Pays des neiges, et des discussions passionnantes sur la « métempsycose », à savoir le cycle des existences (Tib. srid pa‘i ‘khor, Skr. bhava-cakra) ou transmigration (Tib. ’khor ba, Skr. saṃsāra), transparaît un pan de l’histoire intellectuelle des hommes où les problèmes de traduction et d’interprétation, pour ainsi dire, s’universalisent.

L’exposé sera accompagné d’une projection d’images.

M. Hugo David (EPHE, en séjour à l’Université de Leyde) :
« De l’objet “lié” (anvita) à l’objet “indivis” (akhaṇḍa) : Prakāśātman et la question du langage »

Résumé : On connaît généralement le Vedānta comme l’un des six « systèmes » (darśana) de la philosophie brahmanique classique, caractérisé par ses thèses d’ordre métaphysique et sotériologique. Ses fondateurs – à commencer par le grand Śaṅkara (VIIe-VIIIes.), qui initia sa tendance « moniste » (advaita) – et ses principaux représentants se considéraient pourtant avant tout comme des spécialistes de l’exégèse védique et, pour certains d’entre eux, comme des théoriciens de la parole. C’est ce courant aujourd’hui largement oublié de réflexion linguistique, qui traverse l’histoire de l’école, qu’on s’efforcera de saisir dans ses premières formulations systématiques autour du Xesiècle, à travers l’une de ses figures emblématiques, Prakāśātman, auteur d’une synthèse magistrale sur la question : le Śābdanirṇaya (« Réflexions sur la connaissance verbale »). La considération de deux de ses thèses les plus caractéristiques – celle de l’objet « lié » et celle de l’objet « indivis » – permettra notamment de reconstruire le contexte intellectuel dans lequel elles se sont formées et de mettre en évidence les malentendus auxquels elles ont pu donner lieu parmi les Vedāntin alors même qu’elles devenaient l’héritage commun de l’école durant les premiers siècles du second millénaire.

Séance du 18 Novembre 2011

 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 2011

1. Lecture du procès-verbal de la précédente Assemblée générale (juin 2010).

2. Lecture du rapport moral du Président, M. Mahé.

Texte du rapport 2011 :

SA : Assemblée générale 2011 : Rapport Moral du Président - Mr Mahé

Vote sur le rapport.

3. Lecture du rapport de la Trésorière et de celui des Censeurs.
Quitus au Trésorier.

4. Communication de M. Philippe PAPIN, Directeur d’études à l’EPHE :
« La diversité de l’imagerie vietnamienne. À propos de la réédition du livre de Maurice Durand »

Résumé : L’imagerie populaire vietnamienne frappe par son extrême diversité. Elle prend pour thèmes de grandes pages de la littérature ou des scènes de la vie aux champs, des motifs religieux ou des jeux d’argent, la morale ordinaire, les réjouissances villageoises, la piété filiale, les animaux et les paysages. À cette diversité des sujets s’ajoute celle des qualités de traitement, de supports, et celle des manières de représenter les choses et d’appliquer les coloris. Si l’imagerie vietnamienne est variée, c’est que sa clientèle l’était aussi. Les images, vendues à la pièce dans les échoppes et dans les rues, s’adaptaient à la demande. Créatives et d’exécution supérieure pour les uns, elles étaient pour les autres plus communes et standardisées, avec entre ces deux pôles une gamme de nuances très étendue. Cette richesse apparaît dans l’étude magistrale réalisée par Maurice Durand, L’imagerie populaire vietnamienne, qui vient d’être rééditée dans une version augmentée et en couleurs.

6. Dépouillement des votes concernant le renouvellement des membres au Conseil.

L’Assemblée générale a été suivie d’une réunion amicale sur place.

 Séance du 13 mai 2011

La séance est ouverte à 17H15 sous la présidence de Monsieur Jean-Marie Durand, Vice-Président, du fait du retard de M. Jean-Pierre Mahé, Président de la Société Asiatique.

  • Etaient présents : Mesdames Egly Alexandre, Annie Berthier, Françoise Briquel-Chatonnet,Jacqueline Chabbi, Marie-Thérèse Delaunay, Laure Feugère, Salwa Hajjar, Simone Keromnes, Marie-Claude Mouchet. Messieurs Olivier de Bernon, Pierre Bordreuil, François Delpech, Jean Esmein, Pierre-Sylvain Filliozat, Gobalakichenane, s.p., Laurent Herz, Jurg Hützli, Jean-Pierre Mahé, Habib Tawa.
  • Etaient excusés : Mesdames Caroline Gyss, Irène Martin du Gard, Cristina Scherrer, Messieurs Ali Amir Moezzi, Jean-Louis Bacqué-Grammont, Henri de Contensson.

Le procès verbal de la séance du 8 avril est lu et approuvé

Communications :

  • Madame Jacqueline CHABBI, professeur des universités département d’études arabes, Université de Paris VIII, présente une communication intitulée : « Histoire sacrée ou Histoire historique dans l’Islam Premier. »
    On entend souvent dire que parmi les trois grandes religions monothéistes, l’islam serait la plus historique. Cela est-il valable pour l’islam premier, dans son milieu d’origine, l’Arabie occidentale du début du VIIe siècle ? Rien n’est moins assuré. Disant cela, parle-t-on vraiment de l’histoire historique ? L’histoire sacrée de l’islam s’est écrite et a été peu à peu canonisée en dehors de son milieu d’origine, à plusieurs siècles de distance et dans des sociétés qui n’avaient plus grand chose à voir avec les hommes de l’islam premier. Aussi prolixe que soit devenue la tradition musulmane des âges classiques, semblant tout dire de son passé, il faut bien se rendre compte qu’elle répondait à une commande collective de son époque et non à ce que nous aujourd’hui sommes en droit d’attendre d’une approche historique selon les critères méthodologiques qui sont les nôtres.
    Comment surmonter l’obstacle de l’histoire sacrée pour enfin parvenir à dire une histoire historique de l’islam qui échappe à la fois aux fantasmes médiévaux et à ceux qui sont complaisamment relayés aujourd’hui, y compris dans les milieux non musulmans, voire dans certains milieux savants. Le Coran premier, c’est-à-dire celui qui s’est dit comme parole avant de devenir Le Livre, doit être rendu à son arabité et à sa société, avant que de se perdre et de se retrouver, autrement qu’il avait été, dans les exégèses des âges postérieurs. L’anthropologie historique est sans doute l’une des méthodes à la fois les plus méconnues et les plus productives qui permette d’accéder au substrat de l’islam premier dans ce qui fut d’abord un milieu humain avant de devenir un milieu musulman.
  • Madame Egly ALEXANDRE, Ancienne Chargée de Mission des Musées Nationaux –Guimet-, présente une communication intitulée : « Nicolas Gavrilovitch Milescu, dit le Spathar (1636-1708) ambassadeur du tsar de Russie auprès de Kang-Xi, empereur de Chine »
    Né de parents grecs établis en Moldavie, Nicolas le Spathar, considéré comme l’un des hommes les plus cultivés de son temps en ce XVIIè siècle des lumières, mais aussi d’obscurantisme pour une partie de l’Europe sous l’occupation des Turcs Ottomans, devait jouer un rôle de premier ordre dans cette Europe, rencontrant les « Grands » de cette époque, (et jusqu’à Louis XIV en France). Echanges fructueux qui allaient donner lieu à de grands intérêts. Voyageur inclassable, il sillonna presque toutes les capitales européennes, avant d’atteindre même, Pékin en Chine. Le Spathar, négligé par l’Histoire de notre époque, aura eu au moins, la gloire posthume d’être revendiqué par les Grecs, les Roumains et les Russes, comme appartenant à leur propre patrimoine culturel.

Séance du 13 Mai 2011

 Séance du 8 avril 2011

La séance est ouverte à 17H15 sous la présidence de Monsieur Jean-Pierre Mahé, Président de la Société Asiatique.

  • Etaient présents : Mesdames Jeanne-Marie Allier, Kunthea Chhom, Jocelyne Debayle, Marie-Thérèse Delaunay, Chantal Duhuy, Annick Fenet, Caroline Gyss, Hélène de Koninck, Marie-Claude Mouchet, Saveros Pou, Marie de Réals, Messieurs Olivier de Bernon, Kamaleswar Bhattacharya, Pierre Bordreuil, Jean-Marie Durand, Jean Esmein, Gérard Groussin, Laurent Herz, Gregory Kourilsky, Jacques Lagarce, Pierre Lebigre, Jean-Pierre Mahé, Gregory Mikaelian, Ronan Moreau, Jérôme Petit, Pierre Piffaretti.
  • Etaient excusés : Mesdames Annie Berthier, Irène Martin du Gard, Christina Scherrer, Messieurs Jean-Claude Chabrier, Gérard Dupuy.
  • Etaient invités : Mesdames Gabrielle Abbe, Saran Neang, Messieurs Chhay Ly Ham, Firas Hammoush, Alain Lefell, Khath Neang, Thomas Sokha, Canh Tran.

Le procès verbal de la séance du 18 mars est lu et approuvé.

1 - Nouveaux membres :

  • Monsieur Markus Messling, épistémologue directeur de recherches en poste à Berlin, parrainé par Messieurs Habib Tawa et Benoit Lurson.

2 - Décès  :

  • Madame Marie-Thérèse Bobot, Monsieur André Raymond, Monsieur Louis Bazin.

3 - Communications :

  • Mme Saveros POU-SYKES, Directeur au CNRS à la retraite, spécialiste du khmer moderne, moyen et ancien, présente une communication intitulée : « L’Epigraphie post-angkorienne »
    Si on prend d’abord épigraphie au sens de « ensemble d’inscriptions sur pierre », le Cambodge possède alors le patrimoine épigraphique le plus riche de sa sphère géographique et vieux de quinze cent ans. La partie la plus ancienne, faite de khmer et de sanskrit, est la plus connue de tous, chercheurs et autres, car étudiée depuis longtemps par de grands savants. La suivante, du 14ème siècle à nos jours, dite « post-angkorienne », l’est à peine, faute de « glamour » pour commencer. Elle compte pourtant des centaines de textes composés en khmer, recueillis de diverses provinces, et dont la collecte est loin d’être finie. Elle est devenue objet d’étude linguistique dès les années 70, période d’épanouissement de la science linguistique de l’Asie du Sud-est, et a prospéré depuis. Elle représente actuellement un gros ensemble de textes « établis », accessibles à tous, qui doivent s’ajouter impérativement aux autres documents et objets de recherche sur le Cambodge : toujours en linguistique où il est nécessaire de peaufiner nos connaissances en grammaire, en phonétique et lexicographie ; et ailleurs nos connaissances en général –souvent déformées par le simple exotisme : en histoire (politique, société et religion), en art (archéologie, iconographie, calligraphie et gravure). Un riche chantier est là, et ouvert à tous, dont on esquissera les prémices et les méthodes d’exploration.
    Melle Annick FENET, Docteur Es Lettres, présente une communication intitulée : « Les fondements de la bibliothèque de la Société asiatique, de la Restauration à la naissance du Second Empire »
    Lors de sa création en avril 1822, la Société asiatique a instauré le principe d’une bibliothèque dont l’importance s’est affirmée dès les trente premières années de la compagnie. Grâce aux archives, au dépouillement du Journal asiatique et à l’examen des collections actuelles, il est possible de reconstituer l’histoire et l’état de la bibliothèque au milieu du XIXe s. et, à travers elle, d’esquisser l’évolution de l’orientalisme entre Louis XVIII et Napoléon III.

Séance du 4 Avril 2011

 Séance du 18 mars 2011

La Séance est ouverte à 17H15 sous la présidence de Monsieur Jean-Pierre Mahé, Président de la Société Asiatique.

  • Etaient Présents : Mesdames Marie-Thérèse Delaunay, Laure Feugère, Caroline Gyss, Salwa Hajjar, Simone Keromnes, Blandine Legrand-Rousseau. Messieurs Ali Amir Moezzi, Gilles Authier, Jean-Louis Bacqué-Grammont, Paul Bady, Kamaleswar Bhattacharya, Pierre Bordreuil, Guy Delbes, François Delpech, Alain Desreumaux, Gérard Dupuy, Jean-Marie Durand, Jean Esmein, Enrico Issaco, Jean-Pierre Mahé, Markus Messling, Pierre Piffaretti, Jean-Noel Robert, Thomas Romer, Habib Tawa, Rapahel Tawa,
  • Etaient excusés : Mesdames Denise Aigle et Irène Martin du Gard, Monsieur Henri de Contensson.
  • Etaient invités : Messieurs Dolatkhah et Waëil Burti.

Le procès verbal de la Séance du 4 février 2011 est lu et approuvé.

1 - Nouveaux membres :

  • Monsieur Emmanuel Francis, docteur en langues et lettres Université de Louvain Présenté par Mmes Duhuy et Schmid,
  • Mme Marie Françoise Boussac, professeur d’histoire grecque à l’Université de Paris-Ouest Nanterre La Défense, Directeur adjoint de la Mission archéologique de Mahastan (Bangladesh) et Directrice de la Mission archéologique de Taposiris Magna (Egypte), parrainée par Madame Marguerite Yon et par Monsieur Pierre Louis Gatier,
  • et Melle Iris Iran Farkhondeh, étudiante en études indiennes Présentée par Mesdames Balbir et Duhuy, en cotisation étudiante.

2 - Décès  :

  • Monsieur Stanislas Filliol, et Monsieur Gérard Troupeau.
  • Monsieur Jacques Gernet lit une nécrologie de Monsieur Wu Chi Yu.
  • Wu Chi-yu 吳其昱 (Wu Qiyu) 18 septembre 1915-2 janvier 2011
    Nous avons perdu avec Wu Qiyu un des plus extraordinaires savants, particulièrement doué pour la connaissance des langues les plus diverses de toute l’Asie, mais aussi pour le déchiffrement de leurs écritures : sogdien (iranien oriental), sanskrit, tibétain, mongol, mandchou, tangut (langue officielle du grand royaume des Xia occidentaux, 1038-1227, dans la Chine du Nord-Ouest), chinois dans les restitutions historiques de sa phonétique, et, plus spécialement, dialectes de l’Asie centrale. On ne saurait dire en fait de quelle langue il n’était pas familier ou sur laquelle il n’avait pas au moins de solides notions. Wu Qiyu s’était même initié à l’hébreu ! Il était aussi l’un des rares spécialistes à connaître le mieux le formidable ensemble que constituent les manuscrits sur papier de Dunhuang dont les dates s’étendent du Ve siècle de notre ère jusqu’au Xe, avec ses premiers imprimés, et dont les collections se trouvent dispersées entre Paris, Londres, Saint Pétersbourg et Pékin, outre de très petits fonds en Chine, à Taiwan et au Japon. La première œuvre qu’il ait accomplie en France, à la demande de Paul Demiéville, est le premier catalogue du fonds Pelliot chinois de Dunhuang de la Bibliothèque nationale auquel nous avons travaillé ensemble, lui et moi, de 1951 à 1955.
    Wu Qiyu était né le 8 septembre 1915 (il y a hésitation entre cette date et celle du 8 septembre 1919), à Dongtai東臺, ville située sur le grand Canal à plus de 200 kilomètres au nord-nord-ouest de Shanghai. En 1941, il gagne Kunming, capitale du Yunnan, à plusieurs milliers de kilomètres de son pays natal, à travers la Chine occupée par l’armée japonaise ou soumise à ses bombardements, et il s’inscrit dès son arrivée au département des langues étrangères de l’Université du Sud-Ouest (Xinan lianhe daxue 西南聯合大學) qui regroupait les universités chinoises qui avaient subsisté après l’invasion. Kunming était alors constamment bombardée par les Japonais. Mais bientôt l’escadrille américaine des Flying Tigers, ouvrant un nouveau front à partir de la Birmanie, s’installe à Kunming et met un terme à ces attaques. Wu Qiyu s’engage pour un an en 1942 au Bureau de traduction sino-américain et, son service terminé, il est un des rares étudiants à réintégrer l’Université du Sud-Ouest d’où il sort diplômé en 1943 ; mais il poursuit ses études et s’inscrit à un concours organisé par le gouvernement chinois en 1946. Reçu second de la section de linguistique, il obtient une bourse créée avec les indemnités imposées à la Chine en 1901 à la suite de la guerre des Boxeurs . Il s’embarque l’année suivante pour la France où il s’installe en 1948.
    Wu Qiyu a laissé une œuvre aux sujets les plus divers, remarquable par son extrême souci de précision et d’exhaustivité. La moitié de ses travaux ont été publiés en chinois dans des revues de Taipei, Hongkong et Tokyo, à l’exception d’une grande étude sur les textes nestoriens de Dunhuang qui développe un article antérieur et figure dans un périodique de l’Université de Pékin daté de l’an 2000. D’une façon générale, Wu Qiyu s’intéressait à tout ce qui pouvait lui donner l’occasion d’exercer ses aptitudes exceptionnelles de philologue, dans des textes en chinois ou en autres langues des manuscrits de Dunhuang et de Turfan. Dans chacun de ses travaux, la recherche est poussée aussi loin qu’il était possible et fait appel à une bibliographie prodigieuse, combinant souvent les témoignages historiques contemporains des textes étudiés et la reconstitution de la prononciation de l’époque. Je ne donnerai ici que quelques exemples de ses méthodes de travail et de ses œuvres. L’un de ses articles porte sur un mot étranger (lanzhe 蘭闍) qui figure dans un recueil de propos des milieux chinois les plus cultivés réunis au cours de la première moitié du Ve siècle, le Shishuo xinyu 世說新語de Liu Yiqing (403-444). Ce mot avait intrigué le célèbre commentateur Zhu Xi (1020-1100) qui y vit un terme élogieux ; Wang Yinglin (1223-1296), spécialiste des Classiques, crut qu’il s’agissait d’une transcription d’araõya (ermitage), mais le terme n’avait aucun sens dans le contexte ; Chen Yinke (1890-1969) enfin pensa à un équivalent du sanskrit ra¤j, “être joyeux”. Cherchant des preuves indubitables de l’origine vraisemblablement indienne de l’expression, Wu Qiyu fait appel à toutes les traductions de textes bouddhiques du IVe siècle et de la première moitié du Ve dans lesquels figurent des transcriptions des syllabes chinoises mentionnées ci-dessus lan et zhe. Sa recherche aboutit au mot ra¤ja qui confirme la suggestion de Chen Yinke. Le mot était familier des Indiens qualifiés de Hu 胡 dans ce recueil (terme qui s’appliquera plus tard aux habitants de l’Asie centrale). Wu Qiyu rappelle que les Indiens pratiquaient aussi fréquemment le claquement de doigts (acchañā) qui exprimait la joie ou l’admiration. Dans son article sur quatre manuscrits sanskrits de Dunhuang, Pelliot chinois 2322 et 2778 qui fournissent une dhàraõã en écriture siddhamàtçka, et Pelliot sogdien 16 où se trouvent deux copies complètes de la version courte, sans doute du VIIIe siècle, du Paramitàhçdayasåtra qui semble provenir de l’école d’Amoghavajra (705-774), né à Ceylan, introducteur en Chine de nombreux textes tantriques. La version de Kumàrajãva des premières années du Ve siècle que Xuanzang avait récitée à sa mort en 664 était considérée dans son ensemble, note Wu Qiyu, comme une formule magique. L’influence de cette version avait été aussi grande, à l’époque de la grande ferveur bouddhique, que celle du Lunyu ou du Laozi. Il existe en outre une version de Xuanzang qui présente deux petites différences avec la version sanskrite qu’on retrouve dans toutes les versions chinoises de Dunhuang. Wu Qiyu donne les principales éditions et études en sanskrit, tibétain, mongol et mandchou, ainsi que les travaux modernes, reproduit le texte de Pelliot 2322, chinois et sanskrit l’un au-dessous de l’autre, de même que le Pelliot sogdien 16 qui contient la traduction de Xuanzang, et il termine en donnant une traduction française de ce texte célèbre. Parmi les articles érudits de Wu Qiyu, on pourrait citer encore celui qu’il a consacré au manichéisme où il se réfère aux sources iraniennes et à deux manuscrits de Dunhuang, l’un de la Bibliothèque nationale, l’autre du British Museum daté de 731 qui donne, rédigée sur ordre impérial, une traduction abrégée de la doctrine de Mani par un religieux nommé Aftāδān. Wu Qiyu rappelle les trois dates importantes de la vie de Mani, celles de sa naissance à Ctésiphon en 216, de la fondation de sa doctrine de la lutte du bien et du mal en 240, et de sa mort en 274. Mais Wu Qiyu n’a pas négligé de fournir des articles d’information générale : sur les recherches les plus récentes concernant les documents de Dunhuang en 1977, sur les études de Dunhuang depuis 80 ans en 1986 et, la même année, une vue d’ensemble de la collection des manuscrits de Dunhuang conservés à la bibliothèque de Léningrad. Comme on l’a vu, dès son arrivée en France, Paul Demiéville lui avait proposé la rédaction du premier volume du catalogue des manuscrits Pelliot chinois de la Bibliothèque nationale. Le volume II, achevé en 1952, n’est toujours pas publié, mais conservé à la Biblothèque nationale pour correction. Les volumes III à V devaient être rédigés par l’excellente équipe formée par Michel Soymié. Wu Qiyu collabora au IIIe volume. En 1960 était publié par le CNRS un magnifique volume consacré à un grand såtra taoïste en 10 chapitres, le Pen-tsi king (Benji jing) 本集經, ou Livre du terme originel, perdu depuis près d’un millénaire et dont on ne possédait jusqu’alors que quelques citations. La grotte aux manuscrits murée dans les premières années du XIe siècle découverte en 1900 en fournit 81 rouleaux qui forment un texte presque complet. Wu Qiyu en avait rédigé la préface et réuni les meilleurs copies pour leur reproduction en fac-similé. Ce livre, qui est presque entièrement son œuvre, aborde, avec de nombreux emprunts au bouddhisme, certains des termes religieux et philosophiques importants de son époque, tels que dharmalakùaõa, madhyamàpratipad, deux équivalents taoïstes de buddhatà et dharmakàya, ou Sukhàvatã. Wu Qiyu traite successivement dans sa préface des manuscrits, qui, à l’exception de quatre d’entre eux, provienent tous de la Bibliothèque nationale et du British Museum, et de leur répartition entre les 10 chapitres de l’ouvrage ; du titre du såtra ; des auteurs, révélés par un taoïste converti au bouddhisme ; de la transmission du texte dont l’histoire peut être retracée grâce à la date des documents qui le citent ; et enfin de remarques sur l’importance du Pen-tsi king dans la littérature taoïste. On pourrait ajouter aux travaux de Wu Qiyu cités ci-dessus bien d’autres exemples ; ceux qui ont été mentionnés ici suffisent sans doute à montrer sa maîtrise des langues les plus diverses et ses dons exceptionnels de philologue.
    Parmi les savants auxquels il estimait devoir le plus et pour lesquels il avait le plus profond respect, Wu Qiyu nomme le grand historien Chen Yinke qui avait été son maître à l’Université du Sud-Ouest à Kunming et Paul Demiéville, savant sans égal en matière de bouddhisme chinois et de littérature chinoise.
  • Monsieur Jean-Louis Bacqué-Grammont lit une nécrologie de Monsieur Louis Bazin décèdé le 2 mars 2011.
    In Memoriam Louis Bazin (1920-2011) C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès, survenu le 2 mars 2011, de Louis Bazin, figure éminente de la Société asiatique, de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales et d’autres établissements et institutions savantes. Certes, l’une des maladies les plus cruelles qui peut affecter un homme de science au soir de sa vie et l’empêche de tirer parti d’un savoir accumulé et maîtrisé l’avait éloigné de nous depuis plusieurs années déjà, mais sa présence y demeurait, qu’un simple jeu de mots ravivait pour les uns, un raisonnement philologique pour d’autres, l’un n’excluant pas l’autre. Rarement science rigoureuse fut accompagnée et partagée avec autant de primesautières gambades de l’esprit sans que jamais celles-ci et celle-là se mélangeassent ni se gênassent.

    Louis Bazin était né le 20 décembre 1920 à Caen. Il tirait quelque fierté de sa « normanditude » agrémentée de plus lointaines origines alsaciennes représentées par une grand’mère admirative de l’œuvre sociale de Bismarck et qui ne tolérait pas qu’on dise en sa présence du mal du grand homme. Après des études secondaires à Caen, sans doute studieuses et brillantes, il intégra en 1939 l’École Normale Supérieure et en sortit en 1943, pourvu d’une agrégation de grammaire. Comme beaucoup de ceux qui l’approchent, en particulier les linguistes, l’étude de la langue turque exerça sur lui sa séduction mathématique. Élève à l’École Nationale des Langues Orientales Vivantes (ENLOV) de l’immense turcologue qu’était Jean Deny et devenu chercheur au CNRS, il fut ensuite envoyé en Turquie en 1945 pour y perfectionner sa pratique de la langue et demeura à Ankara jusqu’en 1948, donnant des cours de français à la Faculté des Sciences Politiques.

    À son retour en France, il succéda en tant que professeur délégué à l’ENLOV à Jean Deny, atteint par l’âge de la retraite. Titularisé comme professeur en 1957, il avait été nommé parallèlement directeur d’études à la IVe section de l’École pratique des Hautes Études (EPHE) en 1950. Le rapprochement éphémère de l’ENLOV et de l’Université de Paris III – Sorbonne Nouvelle, fit ensuite qu’il devint maître de conférences en 1978, puis professeur des universités en 1980. Un Institut d’Études Turques avait été créé dans cette université en 1960 et il en fut le directeur de cette date jusqu’en 1989, à la veille de sa retraite.

    Savant reconnu au plan national et international, il était membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (1993), de la Société asiatique, de la Société de Linguistique de Paris, de la Société Ernest-Renan, de la Société orientaliste hongroise, de la Deutsche Morgenländische Gesellschaft, de l’Union Internationale des Études Orientales et Asiatiques, de l’Akademie der Wissenschaften und der Literatur de Mayence et de la Societas Uralo-Altaica. Il fut longtemps le président de la section 44 (Orientalisme) du Comité national du CNRS, jusqu’à la disparition de celle-ci en 1991. Il était officier de la Légion d’Honneur et commandeur de l’ordre des Palmes Académiques.
    À la connaissance linguistique de la plupart des langues de la grande famille turcique dans leurs états anciens et actuels, Louis Bazin ajoutait une vive curiosité comparative à l’égard des familles mongole et toungouse. Plusieurs années, ses conférences à l’EPHE portèrent sur ces sujets, assidûment suivies par nos aînés aujourd’hui disparus : Pertev Naili Boratav, James Hamilton, Jean-Paul Roux, ainsi que notre regretté collègue Altan Gokalp, Rémy Dor et nous-même.

    Si les mots ont un sens, il n’y eut en France au XXe siècle que quatre authentiques turcologues : Jean Deny, Louis Bazin, James Hamilton et René Giraud. Seul Rémy Dor poursuit leur œuvre dans un registre plus restreint, ce qui est inévitable si l’on considère l’ampleur extraordinaire que les études turques connaissent à travers le monde et l’impossibilité de suivre la totalité des publications qui en résultent. Nous nous considérons nous-même comme l’un des derniers orientalistes traditionnels plutôt que comme un turcologue. Cela devait être dit à l’intention de thuriféraires empressés de plaire et qui, sur Wikipedia, ne savent manifestement pas ce que le mot turcologue veut réellement dire.

    Dans l’abondante bibliographie de Louis Bazin, on retiendra en particulier Les systèmes chronologiques dans le monde turc ancien, Budapest, Akademia Kiado, 1991, ouvrage qu’il compléta et retoucha pendant toute sa carrière active, mais qui, comme la plupart de ses œuvres, s’adresse à un public de spécialistes. Toutefois, on ne saurait trop recommander la traduction qu’il donna, en collaboration avec Altan Gokalp, de la grande épopée des Turcs occidentaux : Le Livre de Dede Korkut. Récit de la Geste oghuz, Paris, L’Aube des Peuples, 1998. Ces deux savants souriants ont su rendre en français les fracas et la verve de ce récit truculent, sans s’encombrer des fausses pudeurs qui ont cours trop souvent dans le monde universitaire.

    Peu après sa retraite lui furent dédiés les Mélanges offerts à Louis Bazin par ses disciples, collègues et amis, éd. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Rémy Dor, Collection Varia Turcica, XIX, Paris, Librairie d’Amérique et d’Orient Jean-Maisonneuve, 1992, 356 p.

    En 1964, nous étions allé avec Louis Bazin à Gérardmer pour procéder à l’inventaire de la bibliothèque de Jean Deny – décédé l’année précédente – que l’Institut d’Études Turques comptait acquérir. Une escapade nous mena au bord du lac et fut suivie d’une promenade épique en pédalo, souvent remémorée par la suite avec une franche hilarité. C’est avant tout de cette après-midi-là que, personnellement, nous voulons nous souvenir aujourd’hui.


3 - Communications :

  • Monsieur Jean ESMEIN, Capitaine de Frégate Honoraire, présente une communication intitulé : « qu’est-ce que dieu pour les Japonais ? Commentaire de l’abrégé de Sakurai Tokutaro »
    Présentation d’un texte de l’ethnologue Sakurai Tokutarô (1917-2007), condensé de ses réflexions sur le sens des divinités au Japon. Il s ‘agit de l’idée de kami que se font les Japonais du peuple. Claude Lévi-Strauss a dit une fois à ce sujet, quand la personne qui l’interviewait en vint à lui demander ce que lui inspirait le mot « monothéisme » : « Peu de goût pour lui…Si je suis tellement séduit par le Japon, c’est en partie à cause du Shintoïsme cette prodigieuse capacité à injecter – ou à retrouver – des divinités dans tout ou n’importe quoi, le moindre rocher comme la moindre fleur. » Claude Lévi-Strauss avait sans doute alors en pensée le shintô plutôt que le Shintoïsme. Au revers du « miracle japonais » quelques études ethnographiques furent poursuivies pour dire au monde si la réussite économique provenait d’une configuration de mentalités dans laquelle la religion jouerait un rôle. Ce fut vain, mais les Japonais sont religieux.
  • Monsieur Gilles Authier, Maître de conférence à l’INALCO, présente une communication intitulée :« Les Juifs du Caucase de l’Est : pièces d’identité »
    Au Daghestan et dans le Nord de l’Azerbaïdjan, les Juifs sépharades dits « Juifs des Montagnes », sont un des trente et quelques peuples de cette région, où ils sont installés depuis l’époque sassanide. En raison de leur isolement et de l’endogamie, leur dialecte iranien, dérivé du persan ancien, est peu à peu devenu une langue, appelée judéo-tat ou « juhuri », très influencée dans sa grammaire par les nombreuses langues parlées autour d’eux. Elle fait partie de l’ensemble des dialectes ou langues tats. Ayant émigré en Russie puis en Israël pour préserver son identité religieuse, ce peuple y perd rapidement sa langue, avec les éléments spécifiques de sa culture.

Séance du 18 Mars 2011

 Séance du 4 février 2011

La Séance est ouverte à 17H15 sous la présidence de Monsieur Jean-Pierre Mahé, Président de la Société Asiatique.

  • Etaient Présents : Mesdames Annie Berthier, Jocelyne Debayle, Laure Feugere, Salwa Hajjar, Simone Keromnes, Li Ying Kuo, Blandine Legrand-Rousseau, Marie-Claude Mouchet, Jacqueline Sublet, Anne Vergati. Messieurs Mohammad Ali Amir-Moezzi, Jean-Louis Bacqué-Grammont, Kamaleswar Bhattacharya, Hocine Benkheira, Michel Bozdemir, Jean-Claude Chabrier, Lahcen Daaif, François Delpech, Gérard Dupuy, Jean-Marie Durand, Jean-Luc Enguehard, Jean Esmein, Gérard Fussman, Jan Houben, Jean-Pierre Mahé, Jean-Michel Mouton, Eric Ollivier, Habib Tawa, Michel Tardieu.
  • Etaient excusés : Mesdames Marie-Thérèse Delaunay et Irène Martin du Gard. Monsieur Henri de Contensson.
  • Etaient invités : Madame Muriel Rouabah. Messieurs Moez Dridi et Valy Suleyman.

Le procès verbal de la Séance du 14 janvier 2011 est lu et approuvé

1 - Décès  :

  • Monsieur Wu Chi Yu, entré à la Société Asiatique en 1960. Monsieur Pierre Gentelle, entré à la Société Asiatique en 1983.

2 - Communications :

  • Madame Anne VERGATI, (Directeur de recherche CNRS) Présente une communication intitulée : « Royauté Hindoue et temples de la vallée de Kathmandu, Népal. »
    La royauté népalaise suivait le modèle classique brahmanique. Depuis le Ve siècle, le roi était une incarnation partielle du dieu Visnu, ce qui explique, au Népal, le grand nombre de statues représentant Visnu sous différentes formes ainsi que le nombre important de temples consacrés à ce dieu. Le royaume était hindou, comme le roi, ce qui n’empêche pas que le bouddhisme et l’hindouisme ont coexisté sous la protection royale.
    A la fin du 15è siècle à la mort du roi Jayayaksha Malla, en 1482, la vallée fut partagée en trois royaumes rivaux : Kathmandu, Bhaktapur, Patan avec trois dynasties différentes. Ces trois royaumes cités ont eu leur propre organisation politique et religieuse pendant plusieurs siècles. La présente communication s’efforcera de mettre en évidence les traits communs de l’organisation politique et sociale des trois royaumes rivaux. Elle soulignera, en particulier, la relation directe du roi avec la déesse tantrique tutélaire de la dynastie ainsi que le rôle des temples comme lieux de pouvoir.
  • Monsieur Hocine BENKHEIRA, (EPHE, Ve Section) présente une communication intitulée : « Célibat et continence sexuelle en Islâm au cours des premiers siècles. »
    On sait que Muhammad, le fondateur de l’islâm, a eu une vie conjugale riche et parfois agitée. Il a eu plusieurs épouses et n’a jamais cherché à cacher son amour des femmes. Nous pensons que ce trait de la vie de Muhammad n’est pas accidentel ; il constitue, si on l’associe à de nombreux autres faits, un révélateur de la représentation de la sexualité au cours de la première histoire de l’islâm. Aborder cette histoire par son « angle mort » - le célibat et la continence sexuelle – peut être sur le plan de la méthode instructif. Ce que nous cherchons à établir c’est que primo, il y a deux discours, contradictoires, en islâm sur la sexualité ; secundo que parmi les premiers musulmans, il y avait des défenseurs du célibat et de la continence sexuelle ; tertio que les docteurs de la Loi à partir du IIIe/IXe siècle ont soutenu la licéité du célibat sous certaines conditions.

Séance du 4 février 2011

 Séance du 14 Janvier 2011

La Séance est ouverte à 17H15 sous la présidence de Monsieur Jean-Pierre Mahé, Président de la Société Asiatique.

  • Etaient Présents : Mesdames Annie Berthier, Zhao Bing, Irène Martin du Gard, Salwa Hajjar, Li Ying Kuo, Danièle Michaux, Marie-Claude Mouchet, Marie de Réals, Blandine Rousseau-Legrand, Christina Scherrer-Schaub. Messieurs Mohammad Ali Amir-Moezzi, Olivier de Bernon, Henri de Contensson, François Delpech, Jean-Marie Durand, Jean Esmein, Jacques Lagarce, Benoit Lurson, Jean-Pierre Mahé, Jean-Michel Mouton, Pierre Piffaretti, Habib Tawa, Raphael Tawa.
  • Etaient excusés : Mesdames Caroline Gyss, Armelle Pedraglio et Messieurs Jean Berlie, Pierre Bordreuil et Gobalakichenane,s.p.
  • Etaient invités : Messieurs Imane Fayyad, Clément Moussé et Madame Fanny Bessard.

Le procès verbal de la Séance du 17 décembre 2010 est lu et approuvé.

1 - Nouveaux membres :

  • Monsieur Barah Mikael, politologue, parrainé par Messieurs Gilles Munier et Habib Tawa.<.li>
  • Monsieur Marc Lebranchu, doctorant Àl’EPHE, parrainé par Mme Caroline Gyss et M. Vincent Goossaert.
  • Monsieur Bernard Poncet, ancien ambassadeur, parrainé par Messieurs Pierre Sylvain Filliozat et Jean-Louis Bacqué-Grammont.

2 - Décès  :

  • Madame Alicia Stark, entrée à la Société Asiatique Le 22 janvier 1999 sous le parrainage de Messieurs Bazin et Kehren.
  • Monsieur Luciano Petech, entré à la Société Asiatique le 12 décembre 1947. Une nécrologie est lue par Mme Cristina Scherrer.

3 - Communications :

  • Monsieur Olivier DE BERNON, Directeur d’études à l’Ecole d’Extrême Orient, Maison de l’Asie, présente une communication intitulée : « L’intérêt archéologique du site de Phnom Penh (Cambodge) : vers un projet d’archéologie préventive »
    La découverte dans les années 1930 de quelques éléments de statuaire préangkorienne au sud de l’actuel Palais royal de Phnom Penh ; la descriptions de structures urbaines antérieures même à l’hindouisation aux alentours de la capitale ; la présence, enfin, de vestiges monumentaux du XIIe siècle – une tour de grès complète et des blocs de latérite provenant de l’enceinte de ce monument, qui se dresse encore dans l’actuel Vatt Unnalom au cœur de la ville – auraient dû signaler depuis longtemps l’importance archéologique de la région de Phnom Penh. Il est constant, malheureusement, que ni les autorités françaises à l’époque du Protectorat, ni les autorités khmères depuis l’Indépendance, n’ont véritablement mesuré cette importance.
    La mise au jour fortuite, et malheureusement incontrôlée, d’un matériel céramique considérable à l’occasion de vastes travaux d’ingénierie hydraulique effectués le long de la berge du Tonlé Sap au cours ces trois dernières années, a confirmé le rôle d’un port fluvial actif de façon continue depuis plus d’un millénaire.
    Bâtie à la confluence du Mékong amont, (le Tonlé Thom) et aval (le Tonlé Banan), du premier défluent deltaïque (le Tonlé Bassac) et du défluent/affluent intérieur (le Tonlé Sap), loin de n’être qu’une création coloniale de la fin du XIXe siècle, loin même de n’avoir été qu’une capitale éphémère du royaume khmère au XVe siècle, Phnom Penh est assurément un centre d’échanges et de contrôle du territoire inscrit dans l’histoire longue
    Le principe d’effectuer à Phnom Penh, là où cela est encore possible un travail d’archéologie préventive, vient seulement d’être approuvé par les autorités khmères. Il reste encore à lui donner les moyens d’être mis en œuvre.
  • Monsieur Jean-Michel MOUTON, Directeur d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, Histoire et archéologie des mondes musulmans, présente une communication intitulée :« Sadr, une forteresse de Saladin au Sinaï, histoire et archéologie »
    La forteresse de Sadr dont les ruines dominent aujourd’hui le désert de l’Errance au cœur du Sinaï constitue le témoignage archéologique le plus authentique laissé au Proche-Orient par le célèbre sultan Saladin (1171-1193). Cette place forte dont il ordonne la construction en pleine époque des Croisades est abandonnée moins d’un siècle plus tard lorsque les membres de sa dynastie, les Ayyoubides, ont écarté le danger représenté par les Francs rendant caduque l’intérêt stratégique du lieu. Durant les quelques décennies où elle fonctionne, Sadr est tour à tour ou de façon concomitante un avant-poste du jihâd et de la reconquête de la ville sainte de Jérusalem, une place-frontière protégeant le territoire égyptien, une étape caravanière pour les marchands et les pèlerins ainsi qu’une prison pour les émirs rebelles.
    De 2001 à 2005, une mission archéologique a fouillé ce site. Au moment de la parution de ces fouilles à l’AIBL, la présentation portera sur les principaux résultats campagnes depuis l’étude de son système défensif élaboré jusqu’à son adaptation remarquable au milieu désertique où elle se dresse. Sadr est cependant bien plus qu’une simple forteresse à vocation militaire : la place centrale occupée au centre de l’édifice par plusieurs mosquées traduit une dimension religieuse tout à fait originale. C’est aussi la vie d’une garnison à l’époque des Croisades qui sera restituée, dans toute sa diversité ethnique et sociale et à travers sa culture matérielle, ses activités militaires, ses pratiques religieuses et profanes ou encore ses pratiques alimentaires. Les découvertes effectuées sur ce site permettent en effet de dresser une vaste fresque présentant une société castrale au temps de Saladin.

Séance du 14 Janvier 2011

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<- séances de l’année 2012

Les comptes rendus des séances de la Société Asiatique sont publiés dans le fasc. 2 du Journal asiatique de chaque volume annuel.


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