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Jean-Pierre MAHE

Communications :

M. Jean-Pierre MAHE
a présenté les communications suivantes lors des séances du Vendredi :

 Séance du 6 novembre 2015

« Relations nouvelles du Levant (1671) par le Père Gabriel de Chinon »

Reçu en 1635 parmi les Capucins de Tours, Gabriel de Chinon a séjourné dans l’Empire safavide de 1640 jusqu’à sa mort en 1668. En 1647, il est à Mossoul ; en 1652, à la Nouvelle Djoulfa près d’Ispahan, dont il est expulsé en 1654. Invité en 1666 à Tiflis par le roi de Géorgie, il part ensuite pour Erévan, où il meurt deux ans plus tard.
Son ouvrage posthume, Relations nouvelles du Levant, n’est ni un journal de voyage ni un recueil de mémoires, mais un véritable traité de science missionnaire présentant « la religion, le gouvernement et les coutumes » de trois communautés : les Gaures – c’est-à-dire les zoroastriens -, derniers témoins de l’Iran préislamique, les Perses shiites, et les Arméniens, ancienne chrétienté implantée récemment en Perse. Les analyses les plus profondes concernent les Arméniens de l’ancienne Djoulfa (près du Nakhidjévan), déportés en 1603 et installés près d’Ispahan par Chah Abbas Ier. Le Père Gabriel découvre les subtilités de leur doctrine et la singularité de leur christianisme. Pénétrant dans l’intimité des familles, il se fait ethnologue sans le savoir.

 Séance du 15 Décembre 2017

« Les Gaures et la naissance d’Ibrahim Zer-Ateucht, selon le Capucin Gabriel de Chinon ».

Surtout connu par le plagiat qu’en fit Tavernier en 1679, le rapport du Père Gabriel de Chinon sur les Gaures, c’est-à-dire les zoroastriens, publié à Lyon en 1671, remonte à ses observations personnelles, de 1652 à 1654, à Ispahan et à Kerman.
Depuis 1608, beaucoup de Gaures logés dans la périphérie d’Ispahan travaillaient à des tâches pénibles. L’attention du P. Gabriel fut d’abord attirée sur eux par des dames arméniennes qui les avaient vu pratiquer un enterrement de chien. Intrigué, le Capucin dissimule son identité, recueille des bribes d’informations, puis se rend à Kerman pour essayer de voir leur Feu sacré.
Ses renseignements sur les livres zoroastriens et sur leur mode d’emploi sont exacts et précis. Le « prophète » dont se réclament les Gaures se nomme Ibrahim Zer-Ateucht, ce qui lui donne une légitimité abrahamique. Ce n’est pas un « conducteur de chameaux », venu d’Asie Centrale, mais le fils d’un Franc. Le récit de sa naissance ressemble à une nativité un peu décalée, puisée aux mêmes sources que les apocryphes sur Abraham et les récits de Matthieu et de Luc sur Jésus. D’autres épisodes du mythe zoroastrien sont nettement reconnaissables, notamment sur l’eschatologie.
Les rites et usages de purification des Gaures choquent le P. Gabriel. Néanmoins, il ne cache pas sa sympathie pour une communauté qui supporte patiemment la pauvreté dans l’espoir d’un paradis autrement plus sublime que celui des autres Iraniens. S’il renonce à leur prêcher l’Évangile, c’est parce qu’ils attendent le début imminent du « M

 Séance du 15 Mars 2019

« La médecine arménienne entre théorie grecque et pratique syro-arabe (Vème-XVème siècles) ».

Est-il seulement pensable, dans la mentalité arménienne antique et médiévale, qu’un thérapeute, par un traitement médical ou magique, sauve un patient de la mort au point de prolonger ses jours ? Un obstacle incontournable semble s’y opposer : la croyance au destin.
Néanmoins, dans l’Arménie chrétienne, deux voies d’accès se sont ouvertes aux idées médicales grecques : les Pères de l’Église (Basile de Césarée, Grégoire de Nysse et Némésius d’Émèse) et les Arts libéraux. Dans son exposé sur le Quadrivium, peu après 670, le mathématicien Anania Shirakatsi a introduit un traité sur l’effet thérapeutique des quatre cordes de la lyre et une anthologie médicale sur la théorie des humeurs exposée par Hippocrate, Galien, Asclépiade et Oribase. Pour étudier la pharmacopée de Galien, on a constitué vers 1040 un lexique botanique grec-arménien.
L’influence arabe ne se fait sentir qu’à partir des XIIème-XIVème siècles, loin de l’Arménie Majeure, dans le royaume d’Arménie cilicienne constitué en 1099. Les médecins chrétiens de langue syriaque, comme Abou-Saïd, jouent le rôle de médiateurs. En 1184, à la demande du catholicos, chef de l’Église arménienne, soucieux des problèmes de santé publique et des ravages de la malaria, le médecin arménien Mxitar de Her, formé en Perse, élabore la théorie des fièvres. Il les attribue à des agents infectieux vivants, qu’il nomme moisissures, préfigurant en quelque sorte les théories bactériologiques.
Après la prise de Constantinople en 1453, l’Arménien Amirdovlat d’Amasie devient médecin officiel du sultan Mehmet II Fatih. Doué d’une érudition et d’une expérience clinique exceptionnelles, il a écrit deux encyclopédies médicales. L’une, de l’Utilité de la médecine, va de la maladie au traitement, et l’autre, Inutile aux ignorants, va de la pharmacopée à toutes ses applications thérapeutiques. Amirdovlat pratiquait aussi la chirurgie, mais en dernier recours.
Précisons que, du Vème au XVème siècle, l’interdiction de disséquer les cadavres fit obstacle au développement de l’anatomie et aux progrès de la médecine expérimentale.


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