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Tadjikistan. Au pays des fleuves d’or

Le 30 novembre 2021, un groupe de l’Académie a été reçu au musée Guimet pour une visite privée de l’exposition « Tadjikistan. Au pays des fleuves d’or ». Issue d’un travail de recherche de plus dix ans, cette exposition a pu voir le jour grâce à une collaboration étroite entre le musée national des Arts asiatiques-Guimet, le musée national du Tadjikistan, le musée des Antiquités de Douchanbé et le British Museum. C’est également grâce aux liens d’amitié franco-tadjikes qui se sont noués depuis l’indépendance du pays en 1991, et à une coopération culturelle active entre les deux pays, que le musée Guimet a bénéficié du prêt de pièces inédites, dont certaines n’avaient jamais voyagé hors du Tadjikistan.

Mme Valérie Zaleski, conservatrice et commissaire de l’exposition, a conduit le groupe d’académiciens à travers les différentes salles qui couvrent près de cinq millénaires, depuis l’ère chalcolithique jusqu’au Ier millénaire ap. J. -C. Les trésors et autres vestiges exhumés lors des fouilles de nombreux sites archéologiques (Sarazm, Takht-i Kobad, Takht-i Sangin, Kakhkakha, Pendjikent) témoignent du vaste réseau d’échanges au cœur duquel s’est trouvé le Tadjikistan depuis l’Antiquité. Bordé au nord par le fleuve Zeravchan (« semeur d’or » en persan) et au sud par l’Oxus (devenu Amou-Daria), ce petit pays aujourd’hui dans l’ombre de ses voisins plus médiatiques que sont l’Afghanistan, l’Ouzbékistan et la Chine, a connu des invasions de populations successives qui ont laissé un héritage artistique et culturel mêlant différentes influences.

Le trésor de l’Oxus, conservé au British Museum et présenté au début du parcours de visite, réunit non seulement des œuvres d’orfèvrerie caractéristiques de l’art steppique mais également un grand nombre de pièces témoignant de la domination achéménide dans la région. L’art des nomades des steppes a par ailleurs été marqué par des influences grecques à partir de la conquête de la région par Alexandre Le Grand et la fondation de royaumes gréco-bactriens. En attestent des objets hybridant les techniques, les matériaux et les formes. Ainsi, l’ivoire apporté jusque dans ces contrées par les Grecs, y côtoie le schiste et la terre crue locale. Ces influences helléniques – qui ont perduré jusqu’aux débuts de l’ère chrétienne – sont telles que le visiteur a parfois l’impression de se trouver face à des objets provenant de royaumes hellénistiques plus lointains, comme ceux des Ptolémées et des Attalides.

L’art tadjik que donne à découvrir cette exposition aura été au cœur de multiples échanges culturels mais également commerciaux. En témoigne l’incroyable diversité des matériaux que l’on retrouve tout au long du parcours (or, lapis lazuli, ivoire, soie, bronze, coquillages, pierres semi-précieuses, etc.). Ces échanges se sont accélérés au début de l’ère chrétienne, avec la circulation des marchands sogdiens originaires de l’actuelle Turquie. Ils apportèrent au Tadjikistan des objets et des matériaux provenant notamment de Chine, du Tibet et d’Asie Mineure. Prospères, ces marchands ont durablement marqué la région en fondant des cités palatiales entre le Ve et le VIIIe siècle, dont les plus importantes sont Pendjikent et Shahristan. Dans l’une des salles du musée, le visiteur peut découvrir des peintures murales provenant des villas sogdiennes, ainsi que des soieries témoignant de la richesse et du raffinement de ces élites marchandes. La contribution du bouddhisme au métissage de l’art tadjik est également mise en avant : les pèlerins bouddhistes qui participaient aux échanges commerciaux avec les Sogdiens et qui ont fondé des monastères le long des fleuves qui traversent le pays, ont laissé une empreinte durable dans la région. En atteste une série de bustes de bouddha et de personnages laïques présentant des éléments à la fois indiens et grecs. L’exposition se termine avec la conquête islamique du Tadjikistan et la domination de la dynastie des Samanides au Xe siècle, qui a conduit à l’incorporation d’éléments persans à un art déjà marqué par de multiples influences.

Dalle de couche funéraire ornée d’une scène de fête sogdienne de Nouvel An, Chine, Province de Henan, région d’Anyang, époque des Qi du Nord (550-577), calcaire gris, musée national des arts asiatiques-Guimet

 

Tête de déesse, Tadjikistan, Kala-i-Kakhkakha I, palais, fin du 8e siècle, bois calciné, Douchanbé, musée national des antiquités du Tadjikistan



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