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Gustave Doré (1832-1883)



Musée d’Orsay, 18 février-11 mai 2014.


Le musée d’Orsay a exceptionnellement ouvert ses portes le lundi 7 avril pour accueillir un groupe constitué de membres et de correspondants de l’Académie. M. Édouard Papet, conservateur en chef au musée et commissaire de l’exposition, les a reçus pour une visite privée de « Gustave Doré (1832-1883). L’imaginaire au pouvoir », une vaste rétrospective – la première depuis trente ans – consacrée aux multiples aspects de l’œuvre d’un artiste qui fut non seulement un illustrateur internationalement reconnu, mais aussi, entre autres, un peintre et un sculpteur dont la production est restée longtemps méconnue si ce n’est mésestimée. Les œuvres ici rassemblées, aussi bien gravures, aquarelles, dessins, peintures que sculptures, exécutées dans tous les genres, de la satire à l’histoire et à la religion, du comique au tragique, font apparaître l’unité profonde du travail protéiforme de cet infatigable artiste.



La première partie du parcours est consacrée aux grands formats de l’artiste. Fort du succès de ses éditions illustrées de la Divine Comédie de Dante et de la Bible, il s’essaie à la peinture et à la sculpture en complet autodidacte, en proposant chaque année au Salon des œuvres monumentales qui ne font pas l’unanimité escomptée. On lui reproche notamment une iconographie trop complexe et trop bavarde, créant un malentendu durable entre Doré et la critique parisienne. Les œuvres choisies rendent justice à l’univers singulier de l’artiste, à travers ses thèmes de prédilection : le goût pour le monumental et le spectaculaire comme le montrent les gigantesques toiles inspirées du IXème Cercle de l’Enfer de Dante et Le Christ quittant le prétoire, l’attrait du tragique et de l’inquiétant dans ses représentations des saltimbanques, mais aussi un humour toujours teinté d’onirisme qui se dévoile particulièrement dans ses sculptures en suspension, presque flottantes, comme celle représentant Roget et Angélique qui fut acquise par Jean Cocteau ou celle intitulée À saute mouton qui vient d’entrer dans les collections du musée.
La deuxième partie de l’exposition est consacrée tout d’abord à son activité de caricaturiste, dans la lignée de Grandville et de Daumier, au service du célèbre éditeur parisien Charles Philipon. Son art de la synthèse et son regard incisif en font un précurseur de la bande dessinée. La section qui s’ouvre ensuite porte sur l’aspect le plus célèbre de l’œuvre de Doré, son travail d’illustrateur, observé ici du point de vue de la fabrique du livre. En s’attachant à illustrer les grands classiques de la littérature, il a joué un rôle majeur dans leur transmission et son imagination foisonnante a donné naissance à de véritables créations artistiques qui se mesurent aux textes qu’elles illustrent.

Parmi les chefs-d’œuvre que Doré a choisis, figurent les célèbres Contes de Perrault, dont le frontispice du Chat botté a d’ailleurs été choisi pour l’affiche de l’exposition. Si la renommée de Charles Perrault (1628-AIBL 1679-1703) est restée éternelle en raison de ces contes, on sait moins qu’il a été aussi le premier secrétaire de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres fondée en 1663 et appelée alors la « Petite Académie », une commission de savants chargée de concevoir les devises et inscriptions dignes de figurer sur les monuments, monnaies, médailles et jetons dédiés au roi Louis XIV.


Sur ce sujet, voir les discours prononcés sous la Coupole en novembre 2013, par M. Jean-Pierre BABELON et M. Marc FUMAROLI, à l’occasion de la célébration du 350ème anniversaire de la fondation de l’AIBL

L’exposition se clôt sur la série de vastes paysages très influencés par le sublime caractéristique de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle et le romantisme de Caspar David Friedrich. Ils révèlent la fascination pour le paysage et la montagne d’un artiste lui-même fervent adepte de l’alpinisme alors en plein essor, tentative de l’homme pour rivaliser avec une nature qui reprend souvent ses droits, comme le rappelle l’épisode tragique de l’ascension du mont Cervin peinte par Doré. Sur le parcours de l’exposition, le commissaire a attiré l’attention sur les vidéos qui illustrent l’extraordinaire diffusion des illustrations de Doré dans l’imaginaire commun et particulièrement au cinéma. Par exemple, la ville de Londres dans Oliver Twist de Roman Polanski est composée de transpositions exactes des planches de l’ouvrage illustré par Doré London. A pilgrimage. C’est encore à lui que l’on doit la célèbre image de l’obus dans la lune rendue populaire par Georges Méliès.

Commissariat : Paul Lang, directeur adjoint et conservateur en chef au musée des beaux-arts du Canada ; Édouard Papet, conservateur en chef au musée d’Orsay

Commissaire scientifique : Philippe Kaenel, professeur d’histoire de l’art à l’université de Lausanne


Pour en savoir plus : Le site du musée d’Orsay

L’exposition virtuelle consacrée à Gustave Doré sur le site de la BnF

Les principales œuvres illustrées par Gustave Doré sur Gallica



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