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Giotto e compagni

Musée du Louvre, 18 avril-15 juillet 2013.




Mardi 25 juin 2013, Mme Dominique Thiébaut, conservateur au département des Peintures du musée du Louvre, a conduit pour un groupe constitué de membres et de correspondants de l’Académie, une visite privée de l’exposition Giotto e compagni, présentée dans la Chapelle du Musée offrant un écrin idéal à la trentaine d’œuvres rassemblées pour l’occasion. Provenant pour la plus grande part de collections publiques françaises dont cette exposition permet de souligner la richesse, elles proposent une brillante évocation du parcours du maître florentin et de ses compagni, un terme désignant ses collaborateurs et sous-entendant la dimension presque entrepreneuriale de l’atelier de Giotto vers la fin de sa vie. Depuis ses début auprès de Cimabue jusqu’à la cour de Robert d’Anjou à Naples, l’exposition retrace le trajet de l’œuvre de Giotto tant du point de vue de la circulation des œuvres, que de son influence et de sa réception en France, notamment par le biais de la cour pontificale à Avignon.

Mme Thiébaut a tout d’abord mis en avant l’ampleur de la « révolution giottesque » non seulement du point de vue stylistique avec la création de nouveaux formats et la rupture avec la tradition byzantine, mais aussi dans la manière d’appréhender le monde sensible. Cette conquête de la réalité se traduit par une attention minutieuse pour le détail et le souci de restituer le monde dans toutes ses dimensions spatiales, et de représenter la diversité des physionomies comme de rendre les émotions. Un des multiples exemples du génie novateur du peintre est un traitement de la lumière très caractéristique, où le modelé des visages est subordonné à une source de lumière précise, correspondant le plus souvent au positionnement réel de l’œuvre dans son contexte architectural.

L’exposition fait aussi écho à une actualité particulièrement dense dans le domaine des études sur Giotto, présentant à la fois des œuvres récemment restaurées, de nouvelles interprétations à partir de recherches menées en archives, un affinement de la datation avec l’hypothèse des années 1290 pour la réalisation des Histoires de saint François dans la basilique supérieure de l’église San Francesco à Assise et des réflexions sur l’attribution et la destination des œuvres. Elle présente notamment réunis pour la première fois les panneaux de la Vierge à l’Enfant de Washington, le Saint Étienne du museo Horne de Florence et le Saint Jean l’Évangéliste et le Saint Laurent de Chaalis, permettant la réouverture du débat sur leur appartenance à un même polyptique selon l’hypothèse formulée en 1930 par le célèbre historien de l’art Roberto Longhi.

Le conservateur s’est attardé sur la savante présentation de la Stigmatisation de saint François d’Assise conservée au Louvre. La scène principale se distingue par une composition radicalement nouvelle : au lieu d’une représentation en pied, hiératique, du Saint, Giotto a choisi la mise en scène de cet événement majeur de la vie de saint François avec l’apparition du Christ sous l’aspect d’un séraphin. La prédelle évoque trois scènes : le songe d’Innocent III rêvant de saint François soutenant une église sur le point de s’écrouler, le pape approuvant les statuts de l’ordre des franciscains et la prédication aux oiseaux à la précision presque naturaliste de l’exécution. Les dernières études ont permis d’apporter des précisions très neuves concernant la destination et l’interprétation de cette œuvre, voyant dans l’une des scènes représentées une allusion à un sujet de l’actualité romaine, la fronde des Colonna contre Boniface VIII, témoignant des liens entre l’ordre des Franciscains et la papauté. La signature « OPUS IOCTI FLORENTINI » vient elle-même souligner cette inclination romaine avec la référence au célèbre « opus Fidiae, opus Praxitelis » gravé sur le groupe de marbre des Dioscures du mont Quirinal. La présence de nombreux médiévistes, très intéressés par ces hypothèses nouvelles, a été l’occasion de discussions fructueuses.

L’exposition sur le site du Musée : http://www.louvre.fr/expositions/gi…

Catalogue de l’exposition : Giotto e compagni sous la direction de Dominique Thiébaut, Coédition musée du Louvre/Officina Libraria, 2013.



En fonction des missions qui lui incombent, l’Académie a toujours réuni dans ses rangs des historiens de l’art réputés, parmi lesquels on peut relever les noms de grands spécialistes de l’art italien comme Eugène MÜNTZ (1845-O 1893-1902) ou, plus près de nous, André CHASTEL (1912-O 1975-1990) auquel l’Académie a rendu hommage, lors de sa séance solennelle sous la Coupole du 30 novembre 2012 : Roland RECHT, L’image et le mot. André Chastel, historien de l’art.



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