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Séance du 27 septembre 2019

– Communication de M. Philippe Hoffmann, correspondant de l’Académie : « L’herméneutique de Proclus et la constitution d’un système théologique dans la Théologie Platonicienne ».

Résumé : La Théologie Platonicienne de Proclus de Lycie (412-485), à présent accessible dans la grande édition de la Collection des Universités de France (6 volumes, 1968-1997) donnée par L. G. Westerink et H. D. Saffrey, est une œuvre unique dans le néoplatonisme post-plotinien, et réalise dans l’histoire de la philosophie – avec son pendant, les Éléments de Théologie – une ambition majeure : la constitution, en un système scientifique, d’une véritable « somme » de la théologie enseignée, plusieurs siècles auparavant, par Platon. Selon Proclus, la Vérité, fruit d’une révélation venue des dieux eux-mêmes, a connu une histoire faite de retraits et de manifestations successives – à travers notamment les grandes figures de Plotin, Jamblique, Syrianus – et elle se trouve comme disséminée dans les dialogues de Platon. La Théologie Platonicienne rassemble et systématise ces expressions éparses de la Vérité théologique, dont la structure générale est fournie par la série des « hypothèses » du Parménide – interprétées comme autant d’enseignements sur les niveaux de la Réalité, depuis le Premier principe, l’Un-Bien, jusqu’à la matière et aux plus bas degrés du réel. Les six livres de la Théologie Platonicienne se conforment à la structure dégressive de la Procession. Après avoir décrit le rapport entre l’activité – et l’œuvre – exégétique de Proclus, qui commentait quotidiennement les auteurs du « programme » néoplatonicien (notamment Platon), et son œuvre de synthèse dogmatique, l’on examinera plus précisément les procédures herméneutiques que le Lycien met en œuvre. Les textes de Platon sont interprétés à partir de choix et d’attendus théoriques qui correspondent déjà à un état très élaboré de la philosophie néoplatonicienne (ainsi dans le cas de la doctrine des « hénades » ou des « intelligibles » au livre III – où l’on remarque par exemple une lecture très fine du Timée –, ou bien dans le cas des « intelligibles et intellectifs » au livre IV, qui doit beaucoup à une lecture du mythe du Phèdre, ou encore pour la doctrine de l’Intellect démiurgique-Zeus au livre V qui utilise une réinterpétation du mythe hésiodique d’Ouranos, Cronos et Zeus). Les dialogues sont classés de façon systématique selon la grille des divers modes de l’expression théologique (modes « inspiré », « dialectique », « symbolique », « par images », ou encore : « par indication », di’ endeixeôs, ou bien « sans voiles », aparakaluptôs, c’est-à-dire par expression directe), et l’on remarque une correspondance précise entre ces catégories herméneutiques, qui organisent la lecture du corpus des dialogues, et l’organisation des « Autorités » révélées dont Proclus, après Syrianus, cherche à montrer l’harmonie (sumphônia) avec les données des textes platoniciens : Orphée, Pythagore et les Oracles Chaldaïques – collection d’oracles théologiques constituée au IIe siècle de notre ère, et véritable « bible » des néoplatoniciens selon le mot de Franz Cumont. Cette théologie scientifique est le fondement d’un type de « foi » philosophique (pistis) qui, dans le contexte de la réaction « païenne » des Ve-VIe siècles, revêtait une dimension polémique anti-chrétienne. Après avoir décrit l’organisation du système théologique dans le cadre de cette sumphônia, une brève comparaison avec la méthode more geometrico des Éléments de Théologie nous permettra de comprendre l’admiration de Hegel pour Proclus, véritable inventeur du « système » en philosophie.

Mots clés : Théologie païenne, Néoplatonisme, Proclus, Platon, Système philosophique, Herméneutique dans l’Antiquité, Antiquité tardive



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