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Séance du 5 juillet 2019

– Note d’information de M. Jean- Bernard de Vaivre, correspondant de l’Académie, et Mme Valérie Bessey, sous le patronage de M. Philippe CONTAMINE : « Le dossier du frère Fantino Quirini ».

Résumé : Cet exposé portera sur le cas du chevalier Fantino Quirini qui appartenait à une grande famille vénitienne qui devint prieur de Rome et de Venise, puis se vit contraint de résigner cette fonction pour laisser la place à un neveu du pape. Le grand maître de l’Ordre et le conseil le nommèrent alors commandeur du Lango (c’est-à-dire de l’île de Cos) avec juridiction sur les îles environnantes de Nisyros, Calymnos et Leros. En dépit de difficultés parfois engendrées par une gestion autoritaire, mais à une époque où les dangers d’attaques turques et mamloukes se faisaient de plus en plus fortes - et Rhodes même fut attaquée en 1440, 1442 et assiégée en 1444 - fr. Fantino Quirini resta en poste durant vingt ans et contribua à renforcer les fortifications de nombreuses places sur ces îles. On expliquera au passage pourquoi la graphie de son nom figure dans les textes, depuis l’époque de son père, sous la forme Quirini, alors que les quatre autres branches de cette famille vénitienne sont connues comme Querini.
En 1452 (veille de la prise de Constantinople), à la suite de conflits divers sur l’île de Cos avec les habitants, manifestement soutenus par quelques chevaliers, fr. Fantino fut rappelé à Rhodes, où l’on sait, par diverses sources, qu’il fut jugé, privé d’habit et emprisonné. Il mourut en 1453 dans des circonstances mystérieuses. Or, les registres de la chancellerie de l’Ordre ne comportent aucune information sur ce qui se passa le regardant après août 1452, alors que les textes sur la vie de l’institution sont nombreux pour cette époque. Ce n’est que grâce à des sources vénitiennes que l’on peut apprendre des éléments, diffus, sur ce qui se passa alors à Rhodes et qui, compte tenu des liens de Quirini avec la Sérénissime, envenima pour plusieurs années les relations entre Venise et l’Ordre de Rhodes, à une époque critique en Méditerranée orientale.

– Communication de M. Fabio Zinelli, directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études, IVe section, sous le patronage du Secrétaire perpétuel Michel ZINK : « Les manuscrits français d’Outremer à l’épreuve de la stratigraphie linguistique ».

Résumé : L’étude des couches « sédimentaires » déposées successivement dans le cours du processus de copie des manuscrits médiévaux ne revêt pas seulement un intérêt pour l’histoire de la langue des textes. Un tel examen est aussi souvent à même de nous éclairer sur plusieurs aspects de la transmission textuelle venant supporter les données de l’examen philologique. Le cas des manuscrits littéraires français produits dans les États latins et plus spécialement à Acre entre ca 1250 et 1291 est éclairant dans ce sens. Le type linguistique du français d’Outremer a fait l’objet d’études d’ensemble récentes. Forts de ces acquis, nous pouvons désormais nous tourner vers la résistance d’un ensemble de traits représentatifs du français d’Outremer dans la scripta de manuscrits originaires de territoires dépassant le cadre de la Terre sainte (de Chypre ou de la Grèce franque, à l’Italie, à la Catalogne et au Midi de la France) comme vers un outil de travail important pour l’étude de traditions textuelles fortement dissémination. L’examen stratigraphique nous permet même parfois de combler les lacunes de la documentation en ramenant des familles entières de manuscrits à des exemplaires perdus copiés en Outremer.

Abstract : Research on the different linguistic layers found in medieval vernacular manuscripts is not only concerned with how to get a better insight into the original language of texts. Linguistic stratigraphy can integrate the data of the philological inquiry and shed new light on the study of textual traditions. French literary manuscripts copied in the Latin Kingdoms of Outremer and more specifically in Acre between 1250 and 1291 are a good example of the possibilities provided by such a research. Relying on some recent studies on the The French of Outremer, we aim here to show how the « resistance » of features typical of this particular scripta in manuscripts coming from territories beyond the Holy Land (from Chyprus or the Morea, Italy, Catalonia or from Southern France) can help us studying some strongly disseminated textual traditions. Linguistic stratigraphy can so help us filling the gaps in tradition by tracking down the existence of whole families of manuscripts going back to some lost copies originating in Outremer.



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