Accueil du site > Séances et Manifestations > Les séances du vendredi > Séances 2017 > Mars 2017

Séance du 24 mars

Séance placée dans le cadre du colloque international « Constantinople réelle et imaginaire (330-1204). Autour de l’œuvre de Gilbert DAGRON ».



M. Michel Zink, Secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres : Allocution d’accueil


M. Dieter Simon, correspondant étranger de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, ancien président de la Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften : « Eustathe le Romain, juge impérial dans la Constantinople du XIe siècle »

Résumé :On tentera de répondre ici à une question jadis posée par Gilbert Dagron : comment les juristes byzantins pouvaient-ils maîtriser la masse de la législation byzantine ? Cette masse était considérable entre les grandes collections comme les Basiliques, les 60 livres de Léon VI, les lois suspendues ou abolies comme l’Ecloga isaurienne ou l’Eisagôgè et le Procheiron des Macédoniens, sans parler d’une foule d’extraits et d’autres collections. Cette masse n’était pas sans contradictions et obscurités. Comment les juges byzantins pouvaient-ils s’y retrouver ?
La documentation est maigre mais l’on s’appuiera sur le recueil des jugements rendus par Eustathe le Romain au XIe siècle, conservés dans la Peira ou « expérience », un ouvrage destiné à aider le praticien confronté à des cas similaires et qui contient non seulement des normes mais des décisions, des rapports de cas, des argumentations. À première vue Eustathe a une vue très positiviste : le droit est réduit à la loi, exprimée dans les codes impériaux (les Basiliques pour l’essentiel). C’est cette loi, universelle, éternelle et sans contradictions internes qu’il faut suivre. Dans la pratique, ses jugements révèlent une interprétation très libre de la loi qu’il adapte aux besoins des cas qui lui sont soumis ; la loi y a souvent une position subordonnée à l’argumentation juridique. Il exerce son pouvoir discrétionnaire (l’oikonomia byzantine) tout en respectant le cadre de la loi. Il lui arrive même de passer outre des interdictions existantes et de fixer certaines conditions en suivant son seul sens de la justice. La masse des normes ne doit pas effrayer le juge car il n’est pas obligé de les suivre. Aussi finalement la question de savoir comment le juge maîtrisait la masse de la législation byzantine ne se pose pas.



M. Glen Bowersock, associé étranger de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres : « La Nouvelle Rome »

Résumé : Le nom de la ville par laquelle commencèrent les publications de Gilbert Dagron, et à laquelle il revint tout au long de sa carrière, tel est mon sujet. Bien que la fondation de la ville de Constantin en son propre honneur ait marqué seulement le début de son rôle éminent de capitale orientale, la cité devint rapidement une rivale de la ville de saint Pierre en Italie. L’ancienne et la nouvelle Rome revendiquaient toutes deux à la fois la primauté ecclésiastique et la primauté impériale. Notre analyse commence à partir de l’étude fondamentale que Dagron consacra à ce thème complexe. Les implications d’une nouvelle ou seconde Rome en Orient, après des siècles de propagande hostile en Italie à toute idée de Rome orientale, fournissent le contexte qui explique le choix de Constantin en faveur de Byzance, plutôt que de Troie comme le site de sa nouvelle capitale.
Themistios fut sans doute le premier à parler publiquement d’une seconde ou nouvelle Rome et au cours des siècles suivants la ville fut connue sous le nom de Rome dans toutes les langues de la Méditerranée orientale. La ville italienne était presque oubliée, mais pas tout à fait, surtout parce que le latin restait la langue du droit romain, bien enraciné à Beyrouth. Mais en Orient, Rome signifiait toujours Constantinople et les Grecs de l’Antiquité tardive usaient de l’adjectif poétique “ausonien” pour désigner l’Italie quand il s’agissait de l’ancienne Rome.
Depuis le trésor de l’Esquilin au IVe siècle jusqu’à la mosaïque de Madaba à la fin du VIe, les images de Rome reflètent l’évolution de l’usage du nom de Rome et de sa diffusion. Il faut attendre la chute de Constantinople devant les Turcs en 1453 pour que la seconde Rome abandonne son nom à Moscou qui devint la troisième Rome.



Voir le programme du colloque >>>


imprimer


Site réalisé avec SPIP 2.1.10 + AHUNTSIC