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Séance du 17 mars


Note d’information de Mmes Claude Andraut-Schmitt et Claudine Landry Delcroix, sous le patronage de M. André VAUCHEZ : « Le décor gothique de la chapelle des Apôtres à la cathédrale de Poitiers ».

Résumé : En 2015-2016, a été mis au jour dans le bras sud de la cathédrale de Poitiers un ensemble considérable de peintures murales (700 m2) qu’un consensus a placées immédiatement dans l’art gothique « rayonnant » le plus abouti. La voûte revêtue d’une alternance de fonds bleus et rouges intenses et étoilés a particulièrement saisi les observateurs. S’il ne s’agit pas d’une découverte mais d’une « mise au jour » attendue, d’ailleurs de grande envergure technique, la surprise produite par la qualité de l’œuvre nous a invitées à approfondir les investigations menées dans l’édifice et publiées en 2013.
Illustrée de photographies prises sur les échafaudages, cette communication correspond à une présentation multiple. Malgré la difficulté de la synthèse, elle abordera aussi bien les principes de la restauration, les caractéristiques techniques (une détrempe, non une fresque), l’iconographie (d’une grande cohérence), que les réussites formelles. On insistera sur les traits singuliers : la mise en abyme de l’architecture, les rapports avec les autres lieux liturgiques de la cathédrale et notamment le chœur.
Il convient d’ores et déjà d’ouvrir des champs interrogatifs : pour quoi ? par qui ? Éventuellement : pour qui ? Dans les quelques sources contemporaines, la dédicace aux apôtres, la présence d’autels, chapellenies et sépultures constituent de premiers indices, en accord avec le programme dogmatique de la voûte, la signification eschatologique des juxtapositions, la suite des saints magnifiés par leurs dais architecturés. Plus avant, la richesse matérielle et culturelle nécessaires invite à s’interroger sur le milieu des puissants chanoines et l’arrière-plan que constitua le long épiscopat de Gautier de Bruges (1279-1306), ancien ministre des frères mineurs et universitaire parisien.

Mots-clés : Poitiers, art gothique, peinture murale, iconographie du XIIIe siècle, hagiographie




Communication de M. Martin Aurell, sous le patronage de MM. André VAUCHEZ et Philippe CONTAMINE : « La bataille de La Roche-aux-Moines (2 juillet 1214), Jean Sans Terre et la traîtrise des Poitevins ».


Résumé : La part prépondérante de Bouvines dans le « roman national » laisse souvent dans l’ombre la bataille aussi décisive qui s’est déroulée un mois auparavant à La Roche-aux-Moines. Alors qu’ils assiègent cette forteresse située à une vingtaine de kilomètres d’Angers, Jean Sans Terre et sa troupe, composée principalement de barons aquitains, apprennent l’arrivée de l’armée ennemie du futur Louis VIII et ils battent aussitôt en retraite. Le danger venu du Sud est ainsi écarté pour Philippe Auguste, qui peut se consacrer au seul combat contre les Impériaux et les Flamands. Les chroniqueurs Guillaume le Breton (†1226), chapelain de Philippe et précepteur de son fils illégitime, et Roger de Wendover (†1236), moine de Saint-Alban, coïncident sur la débandade sans coup férir du roi d’Angleterre et de ses Poitevins que le second dénigre pour leur « traîtrise coutumière » (solita proditio Pictavensium). Lus en historien de la guerre et de la société, leurs récits renseignent, d’une part, sur les sièges et la mobilité des troupes et, d’autre part, sur les liens de fidélité entre les seigneurs aquitains et les deux rois. Il n’empêche que Guillaume et Roger manient des procédés rhétoriques qui, tels l’humour ou le dialogue rapporté, traduisent leur intention première de raconter une histoire afin de transmettre un message moral ou, tout simplement, d’amuser leur public. De même, une lecture plus strictement historiographique de leurs textes permet de déconstruire le lieu commun, très répandu, de la déloyauté poitevine, paru pour la première fois, vers 1175, dans la « translation » française de Dudon de Saint-Quentin (965-1026) par Benoît de Sainte-Maure ; Villon reprend le poncif, encore en plein XVe siècle. Ce stéréotype régional mérite d’être comparé à d’autres, aussi courants autour de 1200 : ruse des Français, avarice des Flamands, sauvagerie des Gallois… Il n’en soulève pas moins le problème propre au contexte politique fort précis des mouvantes allégeances féodo-vassaliques des seigneurs du Poitou, soumis à une double monarchie.

Mots-clés : Jean Sans Terre, historiographie, guerre, féodalité, stéréotype régional.



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