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Séance du 20 janvier


Communication de Mme Anne-Marie Eddé, sous le patronage de M. Jean-Pierre SODINI : « Le Collier des vertus : un traité inédit pour un sultan mamelouk du XIVe siècle »



Résumé : Le Collier des vertus d’al-Malik al-Zāhir Abū Sa‘īd est le titre d’un court traité inédit (45 folios) rédigé à l’intention du sultan mamelouk al-Malik al-Zāhir Barqūq (1382-1399), au lendemain de son avènement. Conservé dans un unicum daté de 1383, ce texte pose d’abord la question de l’identification de son auteur. Une signature mentionnant le nom de Muḥammad Ibn ‘Aqīl et divers indices textuels laissent penser que son auteur pourrait être Fatḥ al-Dīn Muḥammad Ibn ‘Aqīl, cadi et secrétaire de chancellerie, mort au Caire en 1387. D’autres indices textuels et codicologiques suggèrent aussi que le manuscrit parvenu jusqu’à nous est bien un manuscrit du XIVe siècle, sans doute autographe.
Comportant une préface et trois chapitres (un résumé des règnes des sultans précédents, une suite de questions-réponses sur des sujets juridiques variés et un éloge des vertus de Barqūq), cet ouvrage tient à la fois des « Miroirs des princes », de certains traités juridiques et des biographies royales laudatives qui ont fleuri en Orient à partir du XIIIe siècle. Il permet, en tout cas, de comprendre la représentation que l’on se faisait du souverain idéal, en Égypte, à la fin du XIVe siècle : un sultan défenseur de l’islam, sachant exercer la justice, assurer la prospérité de son territoire, s’entourer d’un bon conseil, se montrer généreux et soucieux du bien de ses sujets.
Mais au travers de l’éloge de ses vertus, l’auteur cherche aussi à légitimer un pouvoir acquis par la force par le sultan Barqūq dont nous savons – contrairement à notre auteur – qu’il allait fonder une nouvelle dynastie, celle des Mamelouks circassiens (1382-1517). C’est la raison pour laquelle le premier chapitre du traité replace Barqūq dans la droite lignée de tous ses prédécesseurs turcs, depuis le milieu du XIIIe siècle, sans qu’il ne soit fait une seule fois mention de ses origines circassiennes. C’est en revanche la puissance militaire du nouveau sultan qui est louée, rappelant ainsi implicitement le principe souvent appliqué chez les Mamelouks selon lequel le pouvoir revenait de préférence, non pas aux fils du sultan défunt, mais à l’émir le plus apte à défendre le territoire de l’Islam. Un principe qui avait été quelque peu écarté entre 1341 et 1382 au profit d’un système plus dynastique, mais qui revint en force avec l’avènement des Mamelouks circassiens.

Mots clés : Mamelouks, Égypte, souverain, légitimité, manuscrits.



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