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Séance du 7 octobre 2016

Communication de M. Gauvin Bailey, correspondant étranger de l’Académie : « Naachtun : Architecture dans le monde atlantique français, 1604-1830 : Idéologie et réalité en France, en Afrique de l’Ouest, et dans l’autre Amérique latine ».

Résumé : Bien que l’architecture de l’Amérique espagnole et portugaise figure aujourd’hui au nombre des sujets les plus en vogue en histoire de l’art, l’on ne peut en dire autant à propos de celle qui a connu son essor au sein de l’empire atlantique français ; en effet, mis à part un certain nombre d’études régionales portant sur le Québec et une poignée de travaux consacrés aux édifices bâtis en Louisiane, force est de constater, non sans étonnement, qu’elle ne constitue toujours pas un domaine d’étude académique à part entière.

Cette communication offrira un bref aperçu sur le patrimoine architectural de l’empire atlantique française en présentant notamment la riche collection de plans et de dessins conservée aux Archives nationales d’Outre-mer d’Aix-en-Provence ; elle s’attachera également à mettre en lumière la place occupée par l’Amérique française dans l’histoire de l’architecture latino-américaine, en examinant comment les idéologies et les utopies propres aux empires français et ibériques, qui étaient différentes, ont contribué à enfanter des cultures architecturales singulièrement contrastées, en dépit même d’une histoire partagée mêlant conquête, colonisation, conversion des populations indigènes et instauration du travail forcé. Ce faisant, cette communication couvrira une vaste aire géographique s’étendant de l’Amérique du Nord aux Antilles françaises, à la Guyane et aussi au Sénégal.

Enfin, l’on montrera dans cette communication en quoi l’architecture atlantique française peut être considérée comme le produit d’une idéologie, unique en son genre, visant à asseoir une véritable uniformisation culturelle, celle du célèbre « pré carré » - une construction intellectuelle élaborée sous le règne de Louis XIV (1661-1715) en vue d’édifier un territoire national tout à la fois « prédestiné », centralisé et parfaitement circonscrit. L’on découvrira qu’il en a résulté chez les Français d’Amérique non seulement une vision prégnante de l’unité, et ce malgré la diversité des territoires placés sous leur domination, mais aussi une réticence de leur part à forger une culture commune avec les non-Européens, qu’il s’agisse des peuples autochtones ou bien les populations formés d’esclaves et des gens de couleur, qui connaissaient alors une forte croissance démographique. Dans des colonies comme celles du Québec, les établissements fondés par les français l’ont été intentionnellement en dehors des territoires indiens et – selon un contraste saisissant avec l’usage espagnol d’exploiter les Améridiens comme main-d’œuvre – même les missionnaires venus en Amérique étaient accompagnés d’architectes et d’entrepreneurs (donnés) tout à la fois laïcs et français. L’esprit de l’architecture propre à l’Empire atlantique français se distinguait ainsi profondément de celui, fondé sur un équilibre entre utopie et pragmatisme, maladroit certes mais fonctionnel, qui permit à des styles architecturaux hybrides et ouverts à l’acculturation de faire florès en Amérique espagnole.



Communication de M. Grégory Pereira sous le patronage de M. Jean-Pierre SODINI : « À l’Ouest, du nouveau : recherches archéologiques récentes sur les antécédents du royaume tarasque, Michoacán, Mexique ».

Longtemps considéré comme une région en marge des grands épisodes de la civilisation mésoaméricaine, l’Occident du Mexique est aujourd’hui au cœur de recherches archéologiques qui renouvellent profondément cette vision du passé. Dans ce contexte, les travaux conduits dans les hautes terres volcaniques du Michoacán offrent des données nouvelles sur les antécédents d’une des cultures emblématiques de cette région : celle des Tarasques, ancêtres directs des Purhépechas actuels et bâtisseurs d’un État suffisamment puissant pour résister aux visées expansionnistes de leurs voisins et rivaux, les Aztèques. Si l’ethnohistoire nous renseigne sur l’organisation de ce royaume au début du XVIe siècle, elle nous parle moins de l’origine de ses habitants et des sociétés qui ont précédé l’émergence de cet État.
Les recherches conduites ces dernières années aux alentours de la ville actuelle de Zacapu révèlent une histoire complexe, marquée par des variations importantes des systèmes de peuplement et d’organisation des sociétés. Grâce au recours à des approches et des outils nouveaux, il est désormais possible de caractériser finement la période comprise entre 1250 et 1450 après J.-C., et qui précède immédiatement l’émergence du royaume tarasque. Celle-ci est marquée par un phénomène d’urbanisation spectaculaire dont l’impact sur le paysage peut être désormais apprécié à une résolution inédite grâce aux méthodes de télédétection LiDAR. En outre, les apports conjugués de diverses sciences concernant les productions matérielles et les vestiges osseux, humains et animaux, ouvrent un large spectre de connaissances nouvelles relatives à l’économie des matières premières, aux technologies employées, à l’alimentation ou encore aux mobilités humaines qui sous-tendent la formation d’une société nouvelle. Enfin, les recherches effectuées s’intéressent aussi aux périodes qui ont précédé la formation des sites urbains : elles montrent que l’émergence des cités postclassiques est intervenue après la disparition d’un système complexe plus ancien.



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