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Séance du 1er avril


Note d’information de M. Pierre-Yves Le Pogam, conservateur en chef du département des Sculptures du Musée du Louvre, sous le patronage de MM. André VAUCHEZ et Roland RECHT : « 2014, 800e anniversaire de la naissance de saint Louis. Une tentative de bilan de cette année de commémoration ».


Résumé

« 2014, 800e anniversaire de la naissance de saint Louis. Une tentative de bilan de cette année de commémoration ». from Académie des Inscriptions on Vimeo.

L’année 2014, huit-centième anniversaire de la naissance de Louis IX, a vu une multitude de manifestations dédiées au saint roi, qu’il s’agisse d’expositions, de colloques, de publications ou d’événements culturels et médiatiques divers, avec un succès en terme d’audience que peut résumer la fréquentation de l’exposition de la Conciergerie (près de 200 000 personnes). En en dressant un bilan, presque comptable, on n’a donc pas à rougir par rapport à l’ampleur et à la variété des recherches et des réalisations qui avaient été suscités en 1970 par le septième centenaire de la mort de saint Louis, sous l’autorité de nos grands devanciers, notamment Jean-Pierre Babelon et Louis Carolus-Barré. Néanmoins, pour notre année commémorative de 2014, on insistera d’abord sur quelques manques ou regrets, face à des sujets moins traités ou des collaborations inabouties. On pense en particulier aux rapports de Louis IX avec l’islam ou encore à l’utilisation, par la monarchie française, de l’image et de la mémoire du roi au cours de l’époque moderne. Quoi qu’il en soit, les apports de cette année 2014 nous paraissent très nombreux et peuvent être résumés selon trois perspectives : l’homme lui-même, situé au sein de son entourage (on songe notamment au rôle des femmes dans sa famille, mais aussi de ses amitiés masculines) ; le gouvernement du royaume, où les innovations apportées par le roi annoncent bien des développements ultérieurs ; enfin la complexe thématique qui touche saint Louis et les arts, qu’il s’agisse de l’image du roi au cours du XIXe siècle, du rayonnement de la figure de saint Louis après 1297 ou encore des commandes artistiques personnelles et des traits réels de l’homme. En cette année 2014, qui a vu la disparition d’un des plus célèbres médiévistes français qui fut en même temps l’un des biographes de saint Louis, Jacques Le Goff, nous espérons que les différentes manifestations consacrées à Louis IX ont rendu compte un peu à sa manière des multiples facettes d’une réalité historique qui nous dépasse et nous fascine sans cesse.

Mots-clefs
Louis IX ; Saint Louis ; XIIIe siècle ; Art gothique ; « opus francigenum »



Communication de M. Christian Heck, professeur émérite d’histoire de l’art à l’Université de Lille III, sous le patronage de M. Roland RECHT : « Entre l’art courtois, l’Italie, et le Hausbuchmeister : le Cabinet de curiosités du Pouvoir des femmes dans le Livre du Cœur d’amour épris de René d’Anjou ».


Résumé
Dans un manuscrit du Livre du Cœur d’amour épris, de la décennie 1480 (BnF, ms fr. 24.399), une enluminure nous montre, au folio 105, Bel Accueil présentant au Cœur, à Désir et à Largesse, des séries d’objets suspendus à la voûte du portail du château de Plaisance, résidence du dieu d’Amour, et qui évoquent

  • deux personnages bibliques
    • Samson, à travers les ciseaux avec lesquels Dalila a rasé sa tête
    • Salomon, par l’idole que ses épouses étrangères lui ont fait adorer dans sa vieillesse
  • deux thèmes d’origine classique
    • Sardanapale, pour la quenouille et le fuseau avec lesquels il filait, au milieu des femmes (la seule des six séries d’objets non retenue par l’enlumineur)
    • Hercule, pour les instruments avec lesquels il filait pour l’amour d’Iole (et non Omphale, dans une confusion déjà présente dans l’Ovide moralisé et chez Boccace)
  • deux légendes médiévales sur des personnages antiques
    • le Lai d’Aristote, à travers la selle, les éperons… avec lesquels Phyllis le domina
    • Virgile, par le panier dans lequel une dame l’a laissé suspendu sous la fenêtre de sa chambre.

Cette peinture est un unicum iconographique. Trois ensembles ont joué un rôle essentiel dans sa genèse :

  • l’art courtois du XIIIe et surtout du XIVe siècle au nord des Alpes
  • les cassoni, coffres, et les deschi da parto, plateaux d’accouchées, du Quattrocento toscan
  • l’art du Hausbuchmeister.

Ce que présente cette enluminure est l’équivalent d’un Cabinet de curiosités, réunion d’objets rares ou énigmatiques. Ce rapprochement est éclairé par une lettre dans laquelle Louis de Laval, vers 1480, évoque les « choses étranges » que René d’Anjou aimait montrer, et parfois donner, à ses visiteurs. L’analyse de cette enluminure contribue à la reconstitution de l’itinéraire intellectuel de René, et permet de mieux comprendre la construction de sa culture littéraire et artistique.

Mots-clefs
René d’Anjou ; Livre du Cœur d’amour épris ; Iconographie médiévale ; Enluminure ; Pouvoir des femmes




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