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Séance du 17 mai 2013


Communication de Mme Leila Badre, sous le patronage de MM. Jean-Pierre SODINI et Nicolas GRIMAL : « Tell Kazel-Sumur et le royaume d’Amourrou ».

Tell Kazel est situé sur la côte méditerranéenne à 18 km au sud de Tartous. Il contrôle un passage entre le littoral et les pays de l’intérieur, à travers les chaînes de montagnes parallèles à la côte, via la Trouée de Homs. C’est, avec Tell Arqa, le plus grand site de la plaine du Akkar. Il est fouillé depuis 1985 par la mission de l’Université Américaine de Beyrouth. On identifie généralement Tell Kazel avec Sumur, ville mentionnée dans les textes des IIIe et IIe millénaires. Au Bronze moyen, Tell Kazel, est la capitale d’un royaume au cœur de la plaine agricole du Akkar. La ville est dotée d’éléments urbanistiques caractéristiques de l’époque, tels un monumental accès à un puits et un glacis défensif qui tapisse ses flancs. Les interventions de Thoutmosis III dans la région, au milieu du XVe s., avec la destruction d’Arqa et la prise violente de Kazel (an 42) font de ce dernier site le point clé des projets égyptiens de conquête de la Syrie. Un imposant bâtiment en cours de dégagement à Tell Kazel pourrait représenter un bastion installé par les Égyptiens pour héberger un gouverneur et une garnison. Il fut démantelé après le retrait des Égyptiens. Favorisé par le déclin d’Arqa (l’ancienne Irqata), Tell Kazel devient le plus grand centre de la plaine du Akkar. Vers le milieu du XIVe siècle (époque d’el Amarna), Abdi-Aširta (d’origine inconnue) et ses fils créent dans le Akkar le royaume d’Amurru, conquérant les villes de la côte depuis Sumur au nord jusqu’à Batruna au sud, aux dépends des possessions égyptiennes. Ce royaume, sous tutelle hittite, entretient alors des relations étroites avec le royaume d’Ougarit et Sumur-Kazel en est le centre. La période du Bronze récent a été dégagée à Tell Kazel sur deux chantiers. Le premier est un secteur résidentiel près du flanc oriental du tell. Le deuxième, aux abords du flanc occidental du site, a révélé un temple aux riches offrandes, entouré de quartiers résidentiels. Le niveau le plus récent, violemment incendié, et qui a mis fin au Bronze recent, est à associer aux troubles du temps des Peuples de la Mer.



Communication de M. Pierre de Miroschedji, sous le patronage de M. Jean-François JARRIGE : « Fouilles de Tel Yarmouth : résultats des travaux de 2003 à 2009 (14e-18e campagnes) ».

Cette présentation à l’AIBL des travaux de la Mission archéologique de Tel Yarmouth – la quatrième après celles de 1988, 1993 et 2000 – couvre les cinq dernières campagnes de fouilles, qui marquent l’achèvement du programme de recherche en cours depuis 1980. Les fouilles ont concerné les niveaux du Bronze ancien et porté principalement sur les fortifications, les palais et les quartiers d’habitation voisins. Les fortifications sont apparues plus complexes et monumentales qu’on l’avait supposé, en particulier le premier rempart (Bronze ancien II), où l’on a dégagé deux portes de la ville et une série de puissants bastions régulièrement espacés. La poursuite des travaux sur les palais a permis de déterminer les modalités de leur construction. Celle du premier palais (B2) est intervenue à la suite de destructions généralisées dans cette partie de la ville basse. Celle du Palais B1, qui lui a succédé, a été précédée d’une vaste opération de nivellement et de terrassement et accompagnée d’une planification à grande échelle. Le dégagement des quartiers d’habitation situés au sud des palais a été poursuivi, révélant des maisons et une ruelle, ainsi qu’un mobilier abondant, qui sert désormais de référence pour la connaissance de la culture matérielle du sud Levant au milieu du IIIe millénaire. Enfin, une quarantaine de datations C14 ont fourni le cadre chronologique de l’histoire du site, à partir duquel on a pu réévaluer la chronologie absolue du Bronze ancien du Levant méridional, qui s’avère plus haute d’un à deux siècles que la chronologie communément admise jusqu’alors. Les résultats des fouilles de Tel Yarmouth ont sensiblement changé notre compréhension de la civilisation palestinienne du IIIe millénaire, dont les réalisations avaient été très largement sous-estimées. Ils suggèrent que les profonds changements intervenus avec le commencement du Bronze ancien relèvent davantage d’une révolution à caractère social et politique que d’une révolution urbaine stricto sensu.



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