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Séance du 12 avril 2013


Note d’information de Mme Isabelle Balsamo, conservatrice générale du patrimoine au Ministère de la Culture et de la Communication, sous le patronage de M. Jean-Pierre BABELON : « Le Livre d’heures de Claude d’Urfé et la Trinité-des-Monts : la « chapelle portative » de l’ambassadeur de France ».

Claude d’Urfé, ambassadeur du roi Henri II à Rome, fit réaliser en 1549 un remarquable livre d’Heures, qui rompt totalement avec la tradition. Pour la première fois dans l’histoire du genre, les illustrations reproduisent des œuvres contemporaines, dont l’échelle monumentale est réduite à la taille des pages dans l’esprit des prouesses de la « grandeur en réduction » chère aux maniéristes romains. Il s’agit de fresques des années 1530-1550 de l’église de la Trinité-des-Monts, illustre fondation royale, et de citations d’œuvres de Michel-Ange et de Daniel de Volterra. Le programme iconographique du recueil et l’exécution témoignent d’une grande proximité avec les chantiers pontificaux et les artistes du milieu Farnèse. Le scribe, François Wydon, est connu pour les commandes du cardinal Georges d’Armagnac, grand mécène du couvent du Pincio. Dans l’exceptionnelle bibliothèque riche de 200 manuscrits de La Bâtie d’Urfé, la demeure familiale de Claude en Auvergne, ce Livre d’heures tenait une place à part. Associant à la dévotion intime les images du séjour romain, il fut vraiment la « chapelle portative » de l’ambassadeur.

Claude d’Urfé, an ambassador of the king of France in Rome, commissionned in 1549 a splendid Book of Hours, in total break with tradition. For the first time in the history of illumination, the drawings are inspired by contemporary frescoes, executed between 1530 and 1550 in the famous church of Rome Trinità dei Monti, a foundation of the French kings. They demonstrate a remarkable virtuosity for reducing large scale paintings into small size pages. The artists as well as the scribe of the book, François Wydon, are close to the Farnese circle and to cardinal Georges d’Armagnac, himself one of the patrons of the Pincio monastery. Designed as an anthology of the roman maniera, the iconography of the book also shows several quotations from works by Michelangelo and Daniele da Volterra. A very special item in Urfé’s collection of 200 manuscripts treasured in the family castle of La Bâtie d’Urfé in Auvergne, this Book of Hours clearly stands for the ambassador’s « portable chapel ».

Mots clés : Livre d’heures - enluminure - peinture maniériste - Rome - XVIe siècle





Communication de M. Gabor Klaniczay, Professeur à la Central European University de Budapest et ancien Recteur du Collegium Budapest, sous le patronage de M. André VAUCHEZ : « La royauté sacrée des Arpadiens dans l’historiographie hongroise médiévale et moderne ».

Après un bref aperçu sur les notions de la royauté sacrée et la sacralité des souverains, la conférence se penchera à l’analyse du cas hongrois. Pour comprendre l’évolution ultérieure, les historiens ont souvent fait référence aux manifestations de la royauté sacrée auprès des peuples des steppes dont les Hongrois conquérants sont issus - l’exemple des Huns, Avares, Khazares doit être donc discuté ici, y compris le retentissement durable du prestige ambivalent d’Attila, roi des Huns. Les données sur le culte des descendants d’Árpád en Hongrie, et leur description dans les chroniques des 12e, 13e et 14e siècles (Anonymus, Simon de Kéza, Chronicon Pictum) constituent un corpus documentaire précieux mais lacunaire, qui donne marge à des interprétations modernes très variées. Après un survol de l’évolution pluriséculaire de la mémoire des Arpadiens, on discutera quatre figures historiographiques modernes. József Deér, qui vivait après la Deuxième Guerre Mondiale en émigration, suivait le courant allemand sur la royauté « charismatique » des années 1930, et cherchait à mettre en profit l’approche de Percy Ernst Schramm dans son livre sur la Sainte Couronne hongroise. György Győrffy était expert des traditions orientales des Hongrois, des chroniques médiévales et du règne de Sant Étienne. Dezső Dümmerth, historien prolifique de la dynastie des Arpadiens dans les années 1970, cherchait à revitaliser les interprétations concernant la royauté sacrée auprès du grand public. Jenő Szűcs, dans son approche critique des interprétations anachroniques du sentiment « national » au Moyen Âge, a analysé la naissance du mythe de la parenté génétique des Huns et les Hongrois, et son premier propagandiste, le chroniqueur Simon de Kéza. Pour conclure, on discutera l’avis de l’historiographie des dernières trois décennies (l’œuvre de Gyula Kristó, József Gerics, Pál Engel et Attila Zsoldos) dans ce domaine, qui penche plutôt vers une déconstruction de telles caractérisations génériques.

The Sacred Kingship of the Arpadians in Medieval and Modern Hungarian Historiography
Following a brief overview on the notions of sacred kingship and the sacrality of the sovereigns, the lecture will focus on the analysis of the Hungarian case. For understanding the subsequent evolution, historians have frequently made reference to the manifestations of sacred kingship among the people of the steppes where the conquering Hungarians have been issued from : the examples of the Huns, Avars, Khazars and especially the lasting and ambivalent fame of Attila, King of the Huns. The data on the cult of the descendants of Árpád in Hungary and their treatment in the chronicles of the 12th, 13th and 14th centuries (Anonymus, Simon of Kéza, Chronicon Pictum) constitutes a precious but lacunary corpus allowing a wide range of contradicting modern interpretations. After a glance at the trajectory of the historical memory on the Arpadians, we will discuss four modern historiographic figures. József Deér, who lived in emigration after WWII, followed the German discourse on « charismatic kingship » of the 1930s and relied upon the approach of Percy Ernst Schramm in his analysis of the Holy Crown of Hungary. György Győrffy was an expert of the oriental traditions of the Hungarians, the medieval chronicle-literature and the reign of Saint Stephen. Dezső Dümmerth was a prolific historian of the Arpadians in the 1970s who tried to revive, among the broader public, the concept of sacred kingship. Jenő Szűcs, in the framework of his critical approach of anachronistic historical interpretations of medieval « national » sentiments, has analyzed the medieval birth of the myth of the genetic kinship of Huns and Hungarians, and its first propagandist, the chronicle-writer Simon of Kéza. In conclusion, the contribution of the last three decades will be discussed (the work of Gyula Kristó, József Gerics, Pál Engel and Attila Zsoldos) which tends rather towards a deconstruction of generic interpretative frameworks.



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