Accueil du site > Séances et Manifestations > Les séances du vendredi > Séances 2012 > Octobre 2012

Séance du 5 octobre 2012

Communication de M. Jean-Pascal Pouzet, maître de conférence à Limoges, sous le patronage de M. André CRÉPIN : « La culture manuscrite des chanoines augustins anglais (c. 1180 – c. 1360) ».

La culture manuscrite des chanoines augustins anglais demeure peu étudiée. Il s’agit d’en montrer la complexité et l’intérêt considérable en croisant de manière nouvelle les recherches sur les fonds (manuscrits et catalogues) dont nous avons connaissance et les dernières avancées en codicologie autour du livret et du fascicule (notions de fascicule complexe, de « réplicabilité » fasciculaire). Le cas précis étudié est celui de la forme originale, et de la première génération de diffusion, du traité d’exégèse spirituelle et morale connu sous le nom de De sex alis Cherubim. Cette œuvre courte a connu diverses attributions intenables, qui s’expliquent cependant par des amalgames générés par certaines conditions codicologiques de diffusion à partir de l’Angleterre. Celle à Alain dit improprement « de Lille », plus tenace et répercutée par la Patrologie Latine, s’éclaire aussi des développements récents autour de la biographie de ce dernier. Dans cette communication, on démontre :

  1. / que Clément, prieur (c. 1150-c. 1174) de la maison augustine de Llanthony Secunda, à Gloucester, et savant bibliste à l’œuvre toujours inédite, est l’auteur du De sex alis Cherubim dans sa forme primitive ;
  2. / que ce prieuré fut au centre de l’impulsion première donnée à la dissémination du traité, dans la mesure où le manuscrit le plus ancien, originaire de cette maison, fut parmi les « exemplaires-relais » à partir de Gloucester ;
  3. / que la dissémination du De sex alis Cherubim fut servie par la densité des réseaux monastiques et canoniaux dans les Midlands de l’ouest ;
  4. / enfin, que les strates primitives de sa diffusion y rencontrèrent la dissémination la plus précoce du De archa Noe morali, non toujours attribué clairement à Hugues de Saint-Victor, ce qui explique l’incorporation (aujourd’hui peu représentée, mais dont l’édition de Migne nous a donné l’habitude) d’un passage (I, 3) dans le traité clémentin.

Mots-clés : Clément de Llanthony, codicologie, De sex alis Cherubim, Hugues de Saint-Victor, Midlands de l’ouest

Communication de Mme Pascale Bourgain, professeur à l’École nationale des Chartes, correspondant français de l’Académie, sous le patronage de M. Yves-Marie BERCÉ : « L’esthétique émotive du nombre au Moyen Âge latin ».

Dans l’arsenal des procédés stylistiques transmis par les manuels antiques, les auteurs médiolatins ont retenu et transformé surtout ceux qui leur convenaient. Ils ont favorisé ceux qui supposaient un énoncé fragmenté, nettement structuré, de préférence par des parallélismes, et ont souligné cette fragmentation par les moyens qu’ils jugeaient le plus propres à susciter l’émotion, notamment la rime. Parce qu’elle crée une attente avant de la combler, celle-ci engage affectivement le récepteur. Les Pères de l’Eglise, puis leurs lecteurs et imitateurs, ont favorisé des énoncés parallèles parce leur symétrie est le reflet linguistique de la conformité qui lie la création au créateur, dans un contexte intellectuel qui fait de la pensée analogique le mode dominant de perception du monde. Devant la difficulté à exprimer le divin, l’analogie lie le concret à l’abstrait, le passé au présent, en affirmant leur perméabilité et leur secrète équivalence. Un parallélisme bien martelé par une forme concentrée prend valeur de démonstration. Les paradoxes de la religion chrétienne investissent l’antithèse d’une valeur religieuse d’émerveillement. La symétrie binaire ou tertiaire s’appuye sur la symbolique des nombres et sur l’approfondissement de la pensée trinitaire pour favoriser des énoncés nombrés, donc rythmés. Et c’est sans doute l’analogie lointaine avec la Trinité qui cause une fascination pour les formes closes, qui se referment sur elles-mêmes : oxymores en chiasme, carrés tautologiques, triades développées par éléments successifs et parallèles. La forme parfaite, qui assimile un énoncé à une forme plastique, le fait sortir du temps de la parole pour l’immobiliser dans l’atemporalité de l’évidence plastique. Admirés et imités en dehors du contexte religieux qui les justifie, ces procédés tournent vite au maniérisme. Ils représentent néanmoins une recherche de la saturation expressive qui utilise les ressources de la langue latine en plein accord avec l’atmosphère intellectuelle qui les a fait naître.

Mots-clé : Stylistique latine, Rhétorique médiévale, Parallélisme, Analogie, Rime



imprimer


Site réalisé avec SPIP 2.1.10 + AHUNTSIC