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Bilan 2012


Par M. Jean-Pierre MAHÉ, Président de l’Académie





Monsieur le Chancelier,
Madame et Monsieur les secrétaires perpétuels,
Monsieur le Président de l’Institut,
Excellences,
Mes chers confrères,
Mesdames et Messieurs,

L’Académie n’existe que par les savants qui la composent. C’est pourquoi chaque rentrée nous impose le devoir de saluer la mémoire des confrères qui nous ont quittés. Depuis le 25 novembre 2011, nous avons perdu 3 associés et 3 correspondants étrangers, qui avaient illustré leur patrie et nous faisaient l’honneur de partager avec nous les fruits de leurs travaux et de leurs découvertes.

Le 9 septembre 2011 s’est éteint à Munich à l’âge de 85 ans le Professeur Horst Fuhrmann, que nous avions élu correspondant en 1998. Né à Kreuzburg, en Haute Silésie, cet homme des marches balto-slaves était devenu responsable des institutions les plus centrales de la science allemande : les Monumenta Germaniae Historica, qu’il dirigea, de 1962 à 1994, et l’Académie des Sciences de Bavière, qu’il présida de 1992 à 1997. Editeur et critique des faux pontificaux les plus célèbres, il se passionna pour l’histoire de la papauté, « une institution, écrivait-il, qui a su s’installer dans la transcendance. Paru à Munich en 1980, et mis à jour en 2005, son ouvrage, De Pierre à Jean-Paul II (puis Benoît XVI), connut une grande popularité.

Le 31 octobre 2011 disparaissait à Linz, à l’âge de 85 ans, le linguiste et orientaliste Manfred Mayrhoffer, membre de l’Académie des Sciences d’Autriche, que nous avions élu correspondant le 12 mars 1976. A lui seul, il incarnait le noyau fort de la grammaire comparée des langues indo-européennes, c’est-à-dire les études indo-iraniennes, sur quoi il avait publié des ouvrages monumentaux, comme son Dictionnaire étymologique du sanskrit, la phonétique de La grammaire indo-européenne, où ses considérations sur les laryngales éclairent la théorie de la racine, ainsi que sa grande entreprise en cours, le Dictionnaire des noms de personnes iraniens.

Le 6 février 2012, décédait, à l’âge de 91 ans, l’épigraphiste et papyrologue belge, Jean Bingen, élu associé étranger en 1999. Il fit toute sa carrière à l’Université libre de Bruxelles, où il exerça les plus hautes responsabilités, tout en dirigeant à partir de 1963 la Fondation égyptologique de la reine Elisabeth et sa revue savante, la Chronique d’Egypte. On lui doit l’invention d’une « philologie du document », où l’examen précis des données matérielles et factuelles oriente et contient l’interprétation historique dans les strictes limites de la réalité concrète. C’est ainsi qu’il renouvela l’étude de la fiscalité de l’Egypte hellénistique et retraça l’acheminement, depuis les rives égyptiennes de la mer Rouge jusqu’à la capitale de l’Empire, des blocs de pierre qui servirent à construire le forum de Trajan. Ses éditions critiques du Grincheux et de la Samienne, deux comédies de Ménandre transmises sur papyrus, sont méthodologiquement exemplaires.

Le 8 février 2012 s’éteignait, à l’âge de 101 ans, son compatriote Jacques Duchesne-Guillemin, l’un des plus brillants critiques de Zoroastre, devenu notre correspondant depuis le 16 mars 1979. Avec lui disparaît un peu de la mémoire de nos plus grands maîtres. Il avait personnellement connu Antoine Meillet, Sylvain Lévi, Alfred Foucher et Louis Renou. Sous la direction d’Emile Benveniste, il publia en 1936 un célèbre mémoire sur Les composés de l’Avesta. Comme les études lexicales conduisent facilement à l’analyse des réalités, des usages et des concepts, Jacques Duchesne-Guillemin rejoignait sur ce point certaines des intuitions de Georges Dumézil, dont il accueillit avec enthousiasme la théorie trifonctionnelle. C’est Dumézil qui l’encouragea à écrire ses deux plus grands livres, Zoroastre en 1948 et Ormazd et Ahriman en 1953. Sa synthèse historique sur Les religions de l’Iran ancien reste une somme inégalée.

Antonio Garzya, que nous avions élu associé étranger en 1999, est mort à Naples, le 6 mars 2012, à l’âge de 85 ans. Il était né à Brindisi en 1927, dans une région où des îlots hellénophones subsistent jusqu’à nos jours comme un vivant vestige de l’Empire byzantin et un lointain souvenir de la Grande Grèce. A force de patience érudite, il était devenu l’égal des plus grands éditeurs humanistes de la Renaissance. Egalement à l’aise à toutes les époques – archaïque, classique et byzantine -, il avait renouvelé notre connaissance de la poésie grecque, publiant, entre autres, Alcman, le fondateur du genre érotique au VIIe siècle avant notre ère, Euripide, dont il analysa la dramaturgie, et Synesius de Cyrène, un païen converti qui devint évêque de Ptolémaïs en 414. Ses recherches sur Aetius d’Amid, médecin du VIIe siècle, le conduisirent à organiser avec notre confrère Jacques Jouanna, des congrès triennaux sur la médecine grecque.

Le 7 mars 2012, mourut à Rome, à l’âge de 75 ans, Gherardo Gnoli, notre associé étranger depuis 1999. Il présidait, depuis plus de trente ans, aux destinées de l’orientalisme et de l’africanisme dans son pays. Dans les conditions économiques difficiles de ces dernières années, il lutta jusqu’au bout pour la défense de l’Institut italien d’Afrique et d’Orient, dont il avait la charge. Ses recherches portèrent sur la définition historique de l’Iran, le zoroastrisme et le manichéismes, dont il a étudié les sources dans les multiples langues où elles nous ont été transmises. Ses travaux sur les inscriptions sud-arabiques lui donnèrent l’occasion de collaborer avec notre confrère Christian Robin.

Les écrits de ces savants demeurent pour raviver la mémoire que nous gardons de leur présence parmi nous. Nous avons maintenant l’honneur de saluer l’élection de quatre membres et de huit correspondants français.

Madame Véronique Schiltz, élue le 2 décembre 2011 au fauteuil de Robert Bautier, était correspondante depuis 2003. Elle est spécialiste des peuples de la steppe, et en particulier des Scythes, du Ier millénaire avant au Ier millénaire après J.-C. Elle a été le maître d’œuvre d’expositions qui ont fait date, comme « L’Or des Scythes » en 1975, « L’Or des cavaliers thraces » en 1987, « L’Or des Sarmates » en 1995 et « L’Or des Amazones » en 2002. Agrégée de lettres classiques, docteur ès lettres et ancien directeur de la section d’archéologie et d’histoire de l’art de l’Université de Besançon, elle est membre associée du Laboratoire « Archéologies d’Orient et d’Occident » de l’ENS de la rue d’Ulm, et responsable du programme « Les peuples indigènes dans leurs rapports avec les Grecs », au sein du groupe de recherche « Pont-Euxin ». Auteur de plus d’une centaine de mémoires scientifiques, elle a publié de nombreuses traductions littéraires d’ouvrages russes. On lui doit notamment Histoires de Kourganes en 1992, ainsi que Les Scythes et les nomades des steppes en 1994.

M. Pierre Gros, correspondant depuis 2003, a été élu le 27 janvier 2012 au fauteuil de Jacqueline de Romilly. Normalien, ancien membre de l’Ecole française de Rome, agrégé de lettres classiques et docteur ès lettres, Professeur émérite de langue et civilisation latines à l’Université de Provence, et membre senior de l’Institut universitaire de France, c’est un historien de l’Antiquité classique, spécialisé dans l’étude des monuments et de l’urbanisme. Après sa thèse sur les Aurea Templa en 1976, il a notamment publié La France Gallo-romaine en 1991, L’Architecture romaine en 1996, qui connut deux rééditions successives en 1999 et 2007, le volume de la « Nouvelle Clio » sur l’Histoire de la civilisation romaine en 2005. On lui doit, en outre, une magistrale édition et traduction de Vitruve. Pendant 15 ans il a dirigé l’Institut de recherche sur l’architecture antique. En 2010, il a obtenu le prestigieux prix d’archéologie Antonio Feltrinelli.

Le 4 mai 2012, nous avons élu académicien au fauteuil de Claude Nicolet, M. Jehan Desanges, correspondant depuis 2000. Agrégé de grammaire, docteur ès lettres, directeur d’études honoraire à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, c’est un spécialiste de l’Afrique dans l’Antiquité. Ses recherches portent aussi bien sur l’Afrique du Nord que sur l’Egypte et l’Ethiopie ; elles embrassent l’étude des structures tribales, des révoltes autochtones, des campagnes militaires et des expéditions lointaines menées par les Lagides et les Romains. Il s’intéresse à la géographie historique, à la toponymie, au peuplement et aux structures administratives. Il a concouru activement au développement de la « Société d’étude du Maghreb préhistorique, antique et médiéval », qu’il a présidée jusqu’en 2001. On lui doit des éditions critiques et commentées des sources essentielles, comme le livre XVII de la Géographie de Strabon, les livres V et VI de l’Histoire Naturelle de Pline l’Ancien (2008), ainsi que d’importantes contributions à l’Encyclopédie berbère.

Le vendredi 1er juin 2012, a été élu académicien au fauteuil d’André Laronde M. Jacques Verger, correspondant depuis 1999. Normalien, agrégé d’histoire, ancien membre de l’Ecole française de Rome et docteur ès lettres, il s’est consacré à l’histoire des universités médiévales, plus particulièrement dans le Midi de la France. Ses travaux portent sur l’époque de saint Bernard et d’Abélard, la culture scolastique et les rapports entre les milieux universitaires et les différents pouvoirs. Initialement paru en 1973, son ouvrage sur Les universités au Moyen Âge est devenu un classique, réédité à deux reprises, en 1999, puis en 2007. En 2006, avec Pierre Riché, il a évoqué les relations des maîtres et des élèves au Moyen Âge, dans une stimulante synthèse intitulée Des nains sur des épaules de géants.

Tout récemment, le 19 octobre, nous avons élu comme membre au fauteuil de Louis Bazin M. Laurent Pernot, correspondant depuis 2006, helléniste spécialisé dans la théorie rhétorique, qui est une voie d’approche majeure de la civilisation gréco-romaine. Loin de se limiter à l’étude des figures de style, elle implique tout un mode de pensée, véhiculant des valeurs esthétiques, philosophiques, morales et religieuses. Normalien de la rue d’Ulm, cacique de l’agrégation de lettres classiques, ancien pensionnaire de la Fondation Thiers, docteurs ès lettres, Laurent Pernot est aujourd’hui professeur de langue et de littérature grecques à l’Université de Strasbourg. De 2005 à 2007, il a présidé l’Association internationale de rhétorique, fondée en 1997 par notre confrère, Monsieur Marc Fumarolli, et il a organisé à Strasbourg le XVIe congrès de cette association sur le thème des rhétoriques religieuses.

D’autre part, ont été élus cette année huit nouveaux correspondants français :

  • M. Dominique Barthélemy, médiéviste, spécialiste des Capétiens et de la féodalité, professeur à Paris IV-Sorbonne et directeur d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes.
  • Madame Pascale Bourgain, professeur à l’Ecole Nationale des Chartes, spécialiste de la littérature latine médiévale, en particulier de la poésie et de l’historiographie.
  • Madame Françoise Briquel-Chatonnet, sémitisante, spécialiste des mondes de langue syriaque, directeur de recherche de 1ère classe au CNRS.
  • M. Dominique Charpin, assyriologue, directeur d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Il est également responsable, depuis 2008, du projet de l’Agence Nationale pour la Recherche « Archibab », archives babyloniennes du XXe au XVIIe siècle avant notre ère.
  • M. Denis Feissel, byzantiniste, épigraphiste et historien du droit, directeur d’étude à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes.
  • M. Carlos Lévy, historien de la philosophie hellénistique et romaine, professeur à Paris IV-Sorbonne, directeur de l’équipe de recherche « Rome et Renaissances ».
  • M. Olivier Soutet, linguiste, spécialiste de la grammaire historique du français, professeur à Paris IV-Sorbonne, doyen de la Faculté des lettres de l’Institut Catholique de Paris
  • Madame Monique Trédé, helléniste, professeur à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm

Depuis la séance solennelle du 25 novembre 2011, l’Académie a tenu 32 séances publiques, entendu 50 communications, 15 notes d’information, ainsi que de nombreux hommages d’ouvrages récents offerts à notre bibliothèque.
Nous avons ainsi bénéficié d’informations, sur des recherches archéologiques, historiques, linguistiques et littéraires, récentes et souvent inédites, qu’on trouvera dans les comptes rendus des séances de l’Académie.
Nous avons, d’autre part, réuni une fois le Comité scientifique de la Carte archéologique de la Gaule. Nous avons animé 49 Commissions, dont 2 pour l’administration, 3 pour les Ecoles d’Athènes et de Rome, 2 pour les Ecoles françaises de Syrie et de Palestine, 2 pour le classement des correspondants français, une pour les statuts, une pour les travaux scientifiques, une pour les recherches sur le Maghreb, une sur le Corpus des Inscriptions sémitiques, et 36 pour les prix.

Nos séances publiques ont permis d’accueillir neuf colloques, qui témoignent du rôle d’animateurs de la recherche que jouent nos membres et nos correspondants dans toutes les branches des Sciences humaines. M. Michel Zink, Secrétaire perpétuel, n’a pas seulement encouragé ces initiatives, mais il les a honorées par de stimulantes allocutions inaugurales.

  • Les 17 et 18 février 2012, la Société Asiatique, étroitement liée à notre compagnie depuis sa création en 1822, s’est jointe à l’INALCO pour évoquer les « Migrations de langues et d’idées en Asie ». Ce sont là des échanges plurimillénaires, qui échappent aux contrôles et aux restrictions imposées aux personnes et aux marchandises. L’ouverture des débats a été présidée par notre confrère, Pierre-Sylvain Filliozat, vice-président de la Société Asiatique.
  • Le 30 mars a eu lieu la VIe journée d’études nord-africaines conjointement organisée par l’Académie et la SEMPAM société d’études du Maghreb préhistorique, antique et médiéval, qui est présidée par notre confrère François Déroche. Le thème choisi « Voyages, déplacements et migrations » laisse pressentir qu’on ne prend pas la route toujours de son plein gré, en quête d’aventures et de connaissances ; il y a aussi des circonstances moins romantiques. Selon l’expression baudelairienne, « L’amer savoir qu’on tire du voyage » n’est jamais très éloigné.
  • Le 25 mai, ont été célébrés les fouilles et les travaux menés pendant 45 ans, de 1964 à 2009, sur le site d’Erétrie, en Eubée, par l’Ecole suisse d’archéologie en Grèce, qui ont abouti à une ample reconstitution architecturale de cette cité disparue. Nos deux confrères, Pierre Ducrey et Denis Knoepfler, associés étrangers, y ont pris une part éminente, l’un en dirigeant les fouilles de la Maison aux mosaïques, l’autre, en localisant le sanctuaire d’Artémis Aramynthos, et en démontrant qu’Erétrie est le berceau du mythe de Narcisse. Son Excellence M. Constantin Chalastanis, ambassadeur de Grèce, et M. Pascal Couchepin, ancien président de la Confédération suisse, nous ont fait l’honneur d’assister à la séance.
  • Le 8 juin, la IIIe journée d’études anglo-normandes, organisée par notre confrère André Crépin, était consacrée à « Adaptation, parodie et autres emplois », qui témoignent, par exemple dans le cas du poème de Tristan, de la vitalité des mythes et de la plasticité des formes littéraires, véhiculées par une savoureuse langue anglo-française.
  • Le 15 juin, nous avons accueilli un colloque, organisé par notre confrère Nicolas Grimal et M. Olivier Perdu, sur « Quelques aspects de la production artistique de l’Egypte tardive (de 1069 à 30 avant notre ère) ». Rendant hommage à la mémoire du regretté Jean Leclant, cette rencontre accompagnait l’exposition du Musée Jacquemart-André, « Le Crépuscule des Pharaons ». On y mit en valeur les racines africaines de la statuaire égyptienne et plusieurs lois fondamentales des représentations plastiques.
  • Les 20 et 21 septembre 2012, avec Marc Smith, professeur à l’Ecole Nationale des Chartes et Elisabeth Lalou, professeur à l’Université de Rouen, j’ai organisé un colloque « Formes graphiques et statut de l’écrit dans l’Europe médiévale ». Rassemblant pour la première fois le réseau qui s’est constitué autour des Monumenta Palaeographica Medii Aevi, projet N° 51 de l’Union Académique Internationale, fondé en 1995 par notre correspondant Jean Vezin et le regretté Hartmut Atsma, cette rencontre a montré comment l’écriture, sous des formes diversifiées, dans des champs d’application de plus en plus étendus, est devenu une composante fondamentale de la culture européenne, de la Méditerranée jusqu’à la Russie.
  • Les 5 et 6 octobre 2012, s’est tenu, à Beaulieu-sur-mer, sous la présidence de nos trois confrères Michel Zink, Jacques Jouanna et Henri Lavagne, le 23ème colloque de la Villa Kerylos, « La Grèce antique dans la littérature et les arts, de la Belle Epoque aux années Trente ». En ce premier tiers du XXe siècle où la culture classique constitue encore la base inattaquable de l’éducation libérale, le pastiche et la parodie prennent la saveur du fruit défendu, auquel ont pu également goûter notre consoeur Véronique Schiltz et notre correspondant Alain Pasquier.
  • Le 26 octobre, a eu lieu, sous la présidence de notre consoeur Juliette de la Genière, le colloque international du Corpus vasorum antiquorum, sur le « Cratère à volutes », organisé par notre Compagnie, conjointement avec l’Union Académique Internationale, l’Institut National d’Histoire de l’Art, l’Université Libre de Bruxelles et le Centre Jean Bérard. Supposant connues la stylistique et la typologie de ce type de vase, il s’agissait surtout d’en expliquer la destination. Cette forme ambitieuse était-elle exclusivement réservée aux dieux ? Il est vrai qu’aux abords de certaines trouvailles ont été découverts des sanctuaires disparus ; mais on connaît aussi des exemples de cadeaux diplomatiques, d’offrandes funéraires et de marqueurs du territoire.
  • Quarante ans après le premier colloque hippocratique, fondé à Strasbourg en 1972 par Louis Bourgey et notre confrère Jacques Jouanna, le 14ème colloque international « Hippocrate et les hippocratismes : médecine, religion, société » a été organisé, le 9 novembre, conjointement par notre Compagnie et par quatre autres institutions d’enseignement et de recherche. On a tout d’abord recensé les différents types de rationalité et de relations au contexte religieux et philosophique des Ve et IVe siècles, puis on a étendu la recherche à la transmission et à l’interprétation de l’hippocratisme dans la pensée polythéiste, ainsi que dans les trois grandes religions monothéistes.

L’organisation de ces rencontres de haut niveau a bénéficié de l’actif soutien du secrétariat et des services de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, aussi bien pour la préparation des programmes que pour l’organisation des séances, la publication des actes et la gestion, souvent complexe, des budgets. Nous exprimons notre vive gratitude au Secrétaire général et à ses collaborateurs.

Le 6 juin 2012, lors de la séance solennelle de remise des grands prix des Fondations de l’Institut de France, le prix d’archéologie, Simone et Cino del Duca, d’un montant de 200.000 euros a été remis sous la coupole par notre confrère Jean-François Jarrige à la Mission archéologique franco-turkmène d’Ulug Dépé, dirigée par Messieurs Olivier Lecomte, directeur du Centre de recherches archéologiques Indus-Baluchistan, Asie centrale et orientale, et Julio Bendezu-Sarmiento, archéo-anthropologue. Situé au sud-est du Turkmenistan, dans une zone aride, Ulug Dépé est l’un des plus grands sites proto-urbains d’Asie centrale, qui s’est développé, entre l’an 4 800 avant notre ère jusqu’à l’âge hellénistique. Son exploration renouvelle notre connaissance de l’Iran ancien et des origines de la dynastie achéménide. Les lauréats y ont retrouvé les vestiges d’une culture proto-iranienne, ancêtre et précurseur des Mèdes d’Iran.

La réunion annuelle du bureau de l’Union Académique Internationale, préparée par M. Jean-Luc de Paepe, Secrétaire général adjoint, s’est déroulée à l’Institut, du 2 au 4 mai 2012, sous la présidence de M. Janusz Kozlowski, Président de l’UAI, avec la participation de notre correspondant étranger, représentant du Secrétaire général de l’organisation, M. François de Callataÿ. Notre confrère Jacques Jouanna, membre du bureau de l’UAI, ainsi que moi-même, y avons participé comme délégués de notre Compagnie. Parmi les nouveaux projets, nos confrères François Déroche et Christian Robin ont exposé, en présence de notre Secrétaire perpétuel, M. Michel Zink, l’entreprise Philologia Coranica, patronné par l’AIBL et l’Académie de Berlin-Brandenbourg. Notre correspondant Jean-Paul Morel, responsable du Comité du Corpus des Antiquités phéniciennes et puniques, a fait le point sur l’état des travaux et sur les perspectives de développement.

Le 20 janvier 2012, l’Académie a accueilli, à sa séance publique, son Excellence M. Tarald Brautaset, Ambassadeur de Norvège, son Excellence, Madame Berglind Asgeirsdottir, Ambassadeur d’Islande, ainsi que M. John Ole Askedal, Professeur de linguistique à l’Université d’Oslo, représentant l’Académie des sciences et des lettres de Norvège. Assistant à la communication de notre correspondant, François-Xavier Dillmann, « Remarques sur la chute du roi de Norvège, Olaf Haraldsson (1028-1030) », ils ont manifesté l’intérêt porté par leurs pays aux études scandinaves menées en France, et rappelé à l’Académie la réputation dont elle jouit auprès des milieux intellectuels du Nord de l’Europe.

Le 10 février 2012, l’Académie a accueilli, à sa séance publique, son Excellence M. Mirko Galic, Ambassadeur de Croatie en France, ainsi que M. Abdallah Naaman, Conseiller culturel du Liban. Notre Secrétaire perpétuel, M. Michel Zink, a fait un hommage développé, en présence de notre Associé étranger, M. Emilio Marin, des trois volumes en langue française d’un ouvrage monumental, La Croatie et l’Europe. Deux communications prononcées par des archéologues libanaises, Madame Martine Francis-Allouche, qui poursuit ses fouilles en collaboration avec notre confrère Nicolas Grimal, et Madame Jeannine Abdul Massih, sont venues illustrer la vitalité des relations scientifiques entre la France et le Liban.

A l’occasion des « Journées du Patrimoine » consacrées, en septembre dernier, au thème du « Patrimoine caché », l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a choisi, le 16 septembre, d’évoquer la singulière figure du Marquis Léon d’Hervey de Saint-Denys, élu membre ordinaire en 1878. Comme sinologue, il a souhaité instruire le grand public d’une civilisation encore mal connue à son époque. Sous le couvert de l’anonymat, il s’est aussi illustré dans la mystérieuse science de l’onirologie, explorant les arcanes du rêve.

Comme les années précédentes, notre Compagnie était présente au « Salon du livre des Sciences humaines », la semaine dernière, du 23 au 25 novembre 2012, à l’Espace des Blancs-Manteaux. Le thème de cette année, « Politiques de crise, crises du politique », concernant les tensions politiques, sociales et économiques de l’Europe et du monde contemporain, pourrait d’abord sembler bien éloigné des préoccupations érudites de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. On trouvera néanmoins sur notre site les références de travaux évoquant des crises du passé qui peuvent éclairer le présent, sans tomber dans l’anachronisme simplificateur.

Cette année nous avons publié trois volumes des Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, dont celui de janvier 2011 ; deux volumes du Journal des savants ; le tome 90 des Monuments Piot ; les tomes 45 à 47 de nos Mémoires, concernant Les Monnaies du Fonds Louis Robert, Les Fouilles françaises d’Eléphantine (Assouan) de 1906 à 1911, d’après les archives Clermont-Ganneau et Clédat, et L’Antiquité partagée : correspondances franco-allemande 1823-1861. Ont aussi paru six volumes d’actes de colloques : les Cahiers de la Villa Kérylos sur l’Eau en Méditerranée ; L’œuvre scientifique des missionnaires en Asie ; Enceintes urbaines, sites fortifiés, forteresses ; La deuxième journée d’études anglo-normandes ; La première journée d’études sur la Libye antique et médiévale, et enfin Expériences religieuses et chemins de perfection dans l’Occident médiéval. La Carte archéologique de la Gaule s’est enrichie de quatre volumes : les Ardennes, la Lozère, Béziers et Fréjus. Dans la série « Obituaires » du Recueil des Historiens de la France, ont été édités les Obituaires de l’Abbaye Saint-Andoche d’Autun.

Une dizaine d’années après avoir créé son premier site internet, l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres s’est dotée d’une version refondue, enrichie, au graphisme entièrement rénové. Tout en procurant aux internautes un accès plus dynamique et intuitif, elle leur fournit ainsi toute une série de nouveaux services. L’espace dévolu à la Société Asiatique a, lui aussi, donné lieu à une rénovation complète. Le texte de présentation de l’Académie est désormais accessible en plusieurs langues d’Europe et d’Asie : anglais, allemand, espagnol, italien, grec, suédois, portugais, russe, arménien, arabe, turc, hébreu, sanskrit, chinois, japonais et coréen ; d’autres versions sont en cours.

La numérisation de nos publications prend une ampleur croissante. On peut consulter gratuitement sur le portail « Persée » la collection complète des Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et une partie du Journal des savants. Les premiers fascicules des Monuments Piot viennent de s’ajouter à cette bibliothèque numérique. Ce nouveau mode de diffusion rencontre un grand succès. En octobre 2012, on comptait plus de 60 000 visites, rien que sur le site des Comptes rendus ; ce qui signifie environ 6 000 téléchargements par mois et classe cette publication parmi les cinq premières revues du portail « Persée ». De 1857 à 2006, la collection embrasse 574 fascicules et plus de 20 000 communications, qui retracent 150 ans d’histoire de la recherche française.
Les prochaines expansions prévues comprennent les Cahiers de la Villa Kerylos, l’ancienne série des Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (de 1798 à 1975), les Mémoires présentés par divers savants à l’Académie (1844-1975), les Comptes de l’argentier de Charles le Téméraire (parus dans les Documents financiers du Recueil des historiens de la France).

Lors de son comité secret du 29 juin 2012, notre Compagnie a approuvé la création d’une fondation dédiée à la mémoire de l’éditeur et historien des religions Pierre-Antoine Bernheim, trop tôt disparu. Spécialiste du judaïsme et des débuts du christianisme, c’était un exégète estimé, dont les travaux sur Jacques, frère de Jésus, ont fait date. Il se consacrait à l’étude des écrits pauliniens et à la préparation d’une vie de l’apôtre Paul, quand il fut brusquement arraché à l’affection des siens le 19 juillet 2011. Due à la générosité de ses parents, le regretté Antoine Bernheim et Madame Francine Bernheim, la Fondation Pierre-Antoine Bernheim décernera notamment chaque année un prix de dix mille euros, destiné à couronner un ouvrage de haute valeur contribuant à nourrir la réflexion sur la place de la religion dans les sociétés contemporaines, sur les enjeux qui en découlent, ou encore à éclairer d’un jour nouveau la problématique des contacts entre les religions.

Lors de la même séance, l’Académie a également approuvé la création de la Fondation Jean-Charles Perrot, linguiste réputé, éminent spécialiste de la langue hongroise qui fut notre correspondant de 1997 à 2011. Créée à sa mémoire par Madame Marcelle Perrot, en exécution d’un testament holographe, cette fondation récompensera de jeunes linguistes titulaires d’un doctorat en linguistique ou qualifiés par un ensemble de publications de haut niveau dans cette discipline. Elle s’attachera à récompenser par un prix des travaux portant sur les langues ouraliennes, avec une extension possible aux langues du monde sibérien et au domaine eskimo-aléoute.

J’aurais souhaité, au lieu de ce bilan trop schématique, vous brosser un tableau suggestif et vivant des nombreuses activités de l’Académie, de ses membres et de ses correspondants. Le champ des découvertes archéologiques ou documentaires ne cesse de s’élargir. Parallèlement, toutes sortes d’instruments scientifiques et techniques, renouvelant continuellement les méthodes d’analyse, les rendent toujours plus exigeantes. Attentive à ces évolutions, l’Académie veille à les encourager, en couronnant les ouvrages les plus novateurs par des prix dont M. le Vice-Président va vous lire à l’instant le palmarès. Il me reste à remercier, au nom de notre Compagnie, tous les savants qui, semaine après semaine, nous ont fait part de leurs recherches au cours de nos séances publiques. J’ai confiance que, l’an prochain, mon successeur vous présentera une moisson encore plus riche et plus variée que celle, déjà si substantielle, de l’année 2012.



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