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Bilan 2004


Par M. Jean-Pierre CALLU, Président de l’Académie





Monsieur le Premier Ministre, Chancelier de l’Institut de France,
Monsieur le Grand Chancelier de la Légion d’Honneur,
Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Messieurs les Secrétaires perpétuels,
Mes chers Confrères,
Mesdemoiselles de la Légion d’Honneur,
Mesdames, Messieurs.


Comme les écoliers ou les magistrats, nous rentrons. Passe encore pour la date, un legs décalé de l’Université. Ce qui devrait davantage étonner et, cette fois, l’inconséquence affecte la plupart des cycles longs ou courts, avec quelque pompe se célèbre toujours la phase initiale : discours, cérémonies, costumes ; la fin des choses, en revanche, se perd généralement dans les sables. Notre Académie se veut plus équilibrée. Certes, aujourd’hui, nous nous réunissons sous la Coupole, mais on n’y parlera pas du futur ; le Président n’annonce pas un programme : se tournant vers le passé immédiat, il pose son regard sur l’an écoulé. Bref, nous nous acheminons moins vers 2005 que nous ne sortons de 2004.



Si active qu’elle ait été, l’année qui va s’achever ne pouvait se soucier d’être singulière. Dans une institution qui compte par siècles, la grandeur des modèles incite à l’émulation respectueuse. Y déroger serait croire que l’esprit humain, dans les personnalités qu’il façonne, dans les travaux qu’il produit, invente de nouvelles manières de penser. Les outils, sans doute, progressent et le champ de l’étude s’élargit mais l’érudition n’a pas à changer d’exigences intellectuelles et morales. Il est difficile de maintenir cette continuité, plus difficile, en tout cas, que de courir après l’originalité. Heureusement, les rites sont là, qui rappellent à la modestie.
Depuis que le nombre des correspondants a augmenté de manière sensible, deux classes d’âge sont associées dans l’œuvre commune. Au milieu de la vie, l’enthousiasme des projets stimule l’imagination ; plus tard, à l’heure du bilan, un filtrage s’opère et les hypothèses qui enchantaient doivent céder le pas à un petit noyau d’idées enracinées. Chacun de nous se trouve ainsi porté par le jeu des générations et voir les disciples devenir des maîtres console de l’inexorable effritement de l’imposante muraille par laquelle, si longtemps, on se sera cru protégé.
À trois reprises, ces derniers mois, les coups de boutoir ont ébranlé ce rempart imaginaire. Les composantes majeures de la Compagnie furent atteintes : Jean SCHNEIDER illustrait le Moyen Âge, Maurice EUZENNAT l’Antiquité classique, André CAQUOT les mondes orientaux. Ils sont décédés les 14 mai, 25 juillet, 1er septembre 2004.
Comme s’il eût reçu là un cognomen, Jean Schneider était le « Doyen Schneider ». La destinée avait mêlé les acceptions. Bien que la loi Edgar Faure ait supprimé les Facultés, leur nom subsiste dans le vocabulaire des étudiants ; voué à l’effacement, le titre de leurs responsables survit mal, réservé qu’il est par une courtoisie nostalgique à des honoraires, hélas ! de moins en moins nombreux. Et pourtant, qu’elle fut belle, la fonction décanale, quand, à Nancy, elle permettait à Jean Schneider de construire en pleine ville les nouveaux bâtiments des Lettres ou qu’elle l’aidait à promouvoir le plan Calcul et le Thesaurus de la Langue française ! De telles fondations correspondaient à l’attachement pour la province natale, à un tempérament de ferme autorité, à la vision de la Modernité. Dans une enceinte plus resserrée, la nôtre, le mot se colorait de teintes plus familières. Aîné de nos confrères, le Doyen Schneider avait, en novembre 2003, fêté son centenaire et son élection comme membre libre remontant à plus de 34 ans, il figurait en tête de nos fastes. L’âge croissait mais l’homme restait droit pour présenter à l’auditoire tout ce qui avait trait à ses domaines de prédilection : Metz d’abord et toujours, étudié aux XIIIe et XIVe s. en ses institutions : commune et paroisses, ses finances et métiers, son environnement campagnard, puis, au-delà, dans ses liaisons avec les évêchés voisins, la Bourgogne, la Champagne ; l’analyse du droit et de l’économie s’y variait d’une ouverture culturelle sur les poètes et l’historiographie et le Lorrain descendait alors en direction du Sud et des temps de moindre ancienneté. On devra se souvenir de ce grand universitaire, témoin d’une époque révolue.
Maurice Euzennat était, lui aussi, un bâtisseur. À l’instar de Jean Schneider, il prouve qu’un savant a pleine capacité pour inventer un organisme, le gérer au milieu des problèmes quotidiens et surtout lui assurer des missions ambitieuses. Il avait magnifiquement réussi au Maroc, transformé en base-école des jeunes archéologues du Farnèse. Son sens du concret : sur le terrain, il faut de la main-d’œuvre qualifiée, du carburant, de l’argent, s’alliait à une rigueur géométrique, alimentée par la lecture des sources et une observation de micro-géographe sur les strates de la coupe. Ces méthodes, maintenant banalisées, s’acclimataient à peine. Maurice Euzennat qui en tirera une synthèse de la Tingitane était, dès lors, naturellement conduit, à son retour sur le continent, à créer l’Institut d’Archéologie Méditerranéenne. À partir d’Aix, ce dernier essaimera sur la Libye de Bu Njem, la Tunisie de Byrsa et de Rougga, en Provence même, vers le port antique de Marseille, la nécropole d’Arles ou le littoral où cabotait l’Archéonaute. De pair, naissait la Revue Antiquités africaines ainsi que le commentaire, en collaboration avec son maître, William Seston, de la fameuse Table de Banasa. Trop tôt, les amis de Maurice Euzennat furent consternés par son retrait progressif. À 77 ans passés, il avait encore tant de projets dont sa présence, à pleins droits depuis 1995, nous promettait l’épanouissement.
« Il y a tant d’affinités d’expressions et d’imagerie entre la poésie ougaritique et la poésie biblique que les auteurs sacrés d’Israël doivent être tenus pour les héritiers d’une tradition littéraire remontant à l’âge du bronze ». Ainsi s’exprimait André Caquot à la séance de rentrée de 1983 : il entretenait l’assemblée des découvertes de Ras Shamra et, sous ses phrases habituées, au travers des siècles et d’un espace démesuré, à parcourir langues et civilisations sémitiques, se percevait, élégamment maîtrisée, la saisie des parlers et des pensées. Ce linguiste, quasi collectionneur d’idiomes, creusait les interrogations du philologue jusqu’à la rencontre de l’âme des peuples, c’est-à-dire, plus que tout, le Panthéon de leurs aspirations religieuses. Il déchiffrait les cunéiformes, lisait le phénicien, l’arabe ou le guèze, mais aux Hautes Études, ensuite au Collège de France, le spécialiste de l’hébreu et de l’araméen, poussé par une vocation scientifique et spirituelle, vécue jusqu’au dernier jour, scrutait inlassablement la Bible et ses Prophètes. De ce savoir protéiforme ne jaillissaient, d’ordinaire, que de denses interventions où les inflexions de la voix, toujours retenue, s’harmonisaient à une allure patricienne, un peu à l’écart dans la fidélité aux belles entreprises. À l’Académie, son regard pétillant régnait et, je puis le redire, avec lui nous avons perdu beaucoup de notre capital intellectuel.
Je croyais close cette triste commémoration, mais voici que le 30 octobre s’est éteint, à 92 ans, notre correspondant de Strasbourg, Robert Schilling. J’ai eu le privilège de commencer mon cursus dans l’ombre de ce fin latiniste dont la belle thèse sur Vénus se plaçait sous la double invocation de Jean Bayet et de Georges Dumézil. À l’École des Hautes Études, il aura entretenu une flamme à présent, grâce à lui, plus brillante que jamais.

Si la bienséance nous interdit de rompre ces deuils d’hier, nous avions, en décembre 2003, puis, en février 2004, coopté un membre ordinaire et deux membres associés. Au fauteuil de Pierre Demargne a donc été élu notre correspondant M. Robert MARTIN. Tout ensemble théoricien de la logique linguistique, historien de notre langue entre 1880 et 1945, lexicographe du moyen français, cet esprit clair et subtil, non dénué de Selbstironie a débuté par l’étude du mot « rien ». Il est loin d’être indifférent à l’évolution actuelle, notamment aux perspectives du traitement automatique.
Quant à nos confrères étrangers, le premier, l’orientaliste Paolo MATTHIAE, professeur à la Sapienza de Rome, vient régulièrement nous informer de ses chantiers de Syrie, à Ebla-Tell Mardikh. Le second, M. Heinrich von STADEN enseigne à l’Institut for Advanced Study de Princeton. Il y édite Hérophile et Erasistrate, des médecins d’Alexandrie et ses préoccupations trouvent ici un écho prolongé. Tous deux étaient devenus nos correspondants en 1998 et 2000. On constate la célérité avec laquelle l’Académie s’attache définitivement ceux qu’elle a prédésignés. C’est également expliquer pourquoi, en mai 2004, nous avons préparé ces apports complémentaires en introduisant huit correspondants issus d’autant de nations : l’Allemagne, la Belgique, les États-Unis d’Amérique, la Grèce, l’Italie, la Pologne, le Royaume-Uni et la Suède.
Ancien Regius Professor à Cambridge, Mme Patricia Easterling s’intéresse à la poésie grecque, en particulier, à Sophocle ; Mme Lellia Cracco Ruggini, membre de l’Accademia dei Lincei, domine l’histoire idéologique et culturelle de l’Antiquité tardive ; M. Richard Meadow, d’Harvard, dirige le Laboratoire de zooarchéologie dans le ressort du Pakistan ; M. Michael Gawlikowski poursuit les fouilles polonaises de Palmyre et de sa région ; Mme Angeliki Laiou, présidente de la Fondation Dumbarton Oaks, est la spécialiste de l’économie byzantine ; M. Anders Hultgard, d’Upsal, étudie les runes et aussi l’Iran et l’Arménie aux périodes hellénistique et romaine ; M. Jean-Louis Kupper, de Liège et M. Héribert Müller, de Francfort, dédient leurs recherches à la société médiévale, mais l’un préfère les Xe-XIIe s., l’autre, le XVe. Ainsi, les terres traditionnelles ne cessent-elles pas d’être arpentées, tandis que des avancées s’effectuent vers le Moyen Âge oriental et le Barbaricum germano-scandinave.

Ces procédures électorales et les autres Comités secrets ont néanmoins laissé l’essentiel de nos heures aux travaux érudits : en sus des hommages, nous avons, de décembre 2003 à novembre 2004, entendu 13 notes d’information et 39 communications, s’étageant du premier millénaire avant J.-C. au XVIIe s. de notre ère. Sans entrer dans le détail de la statistique, on observera qu’Antiquité et Orientalisme s’équilibrent et qu’à l’intérieur des rubriques le domaine grec égale Rome et le Proche-Orient sensiblement l’Extrême-Orient, de l’Asie centrale au Japon ; au contraire, l’époque médiévale continuée jusqu’à l’orée des temps modernes accuse un déficit relatif. L’impression, toutefois, serait vraisemblablement corrigée, si le calcul intégrait la très riche diversité des livres qui, déposés sur le Bureau, réapparaissent, pour partie, dans le Palmarès des prix.
Un deuxième point se fait jour : à l’évidence, l’Académie écoute avec gratitude ses invités venus de France, d’Europe, de plus loin encore et l’attention qu’elle leur porte montre bien la valeur primordiale que nous attribuons à ce qui nous instruit des récentes découvertes. Cependant, près de la moitié des exposés fut, sur onze mois, à l’actif de membres ordinaires ou associés, de correspondants français ou étranger. Qui plus est, trois correspondants parlèrent deux fois. Une telle implication dans notre Compagnie atteste de sa vitalité, de même que la répartition qui s’établit entre les zones géographiques vérifie la largeur de vues de l’institution. Aurait-on une réponse analogue au niveau des disciplines ? Probablement pas, car littérature et histoire, sauf pour le Moyen Âge et le sous-continent indien, s’inclinent devant l’archéologie et ses sciences auxiliaires : l’épigraphie, l’iconographie. Ne nous insurgeons pas contre cette disproportion : elle est la conséquence normale d’une planète excavée un peu partout.

Nos activités ne se bornent pas aux rendez-vous du vendredi : d’une façon plus ou moins directe, nous participons à de multiples manifestations et, surtout, nous publions.
On égrènera d’abord un calendrier festif d’où sont absentes les initiatives simplement individuelles :
– en décembre 2003 : présentation aux Archives nationales des Comptes sur tablettes de cire de Jean Sarrazin, chambellan de saint Louis ;
– en janvier 2004 : dans la salle Hugot de l’Institut, promotion de la Biblioteca agiografica italiana et Journées d’étude sur « Les clients de la céramique grecque », organisées par les responsables du Corpus Vasorum Antiquorum ;
–en mars : en ce même lieu, débat sur « Les Célébrations nationales » à l’instigation de l’association « Communication publique du Conseil d’État » ; au Collège de France, colloque sur « L’image de Salomon : sources et postérités », avec l’intervention de plusieurs des nôtres, membres de la Société asiatique ; ajoutons une séance commune avec l’Académie des Beaux-arts en l’honneur d’une délégation roumaine conduite par le ministre de la Culture et des Cultes ;
–en avril : accueil de 65 lycéens de Flers, hellénistes ou latinistes ; réception de l’ancien directeur du musée du Palais impérial de Pékin ; inauguration à l’Institut historique allemand d’une exposition marquant le centième anniversaire de la mort de Théodore Mommsen ;
– en mai : patronage du colloque de Nancy sur les fragments d’historiens grecs ;
– en septembre : dixième conférence internationale des études méroïtiques et colloque interacadémique « Climats, cultures et sociétés aux temps préhistoriques : de l’apparition des hominidés jusqu’au Néolithique » ; – en octobre : hommage à Henri-Alexandre Wallon, « le père de la République », Secrétaire perpétuel de notre Académie durant 31 ans, de 1873 à 1904 ; quinzième rencontre de la villa Kérylos : « La Grèce antique sous le regard du Moyen Âge occidental » ; bicentenaire de la Société nationale des Antiquaires de France ;
–en novembre : colloque du Collège de France et de l’Institut « Jean Froissart dans sa forge » ;
Enfin, au-delà de cette séance, le 10 décembre prochain, le souvenir d’Émile Mâle sera solennellement évoqué à l’occasion du cinquantenaire de sa disparition.

À cause de la bonne volonté des auteurs, de l’efficience du Secrétariat et, on le redira, du régime sain de l’Académie, le rythme des publications est, pour sa part, soutenu. Il suffit de se reporter à notre Lettre d’information mensuelle pour le percevoir.
Les Comptes rendus, nos CRAI à la couverture verte, sont parvenus aux tomes I à III (janvier-octobre) de 2002, soit dans des délais incompressibles après la récupération des manuscrits. Le Journal des Savants témoigne d’une exactitude similaire, le premier fascicule biannuel de 2004 ayant été distribué. Les Mémoires de l’Académie ont accueilli quatre ouvrages : t. XXVII, Liturgies de l’initiation bachique à l’époque romaine, documentation littéraire, inscrite et figurée, signée par notre Confrère, M. Robert Turcan ; t. XXVIII, La peinture décorative antique en Russie méridionale de Mikhaïl Rostovtseff ; ce livre, écrit en 1913-1914, n’avait jamais été traduit ; désormais remanié et imprimé dans notre langue sous la direction de Mme Alix Barbet, assistée de notre correspondante, Mme Véronique Schilz, le volume de texte est complété par un second de 112 planches ; t. XXIX, Le minaret ghouride de Jam, un chef-d’œuvre du XIIe s. par Mme Janine Sourdel-Thomine ; t. XXX, enfin, Inventaire dressé après le décès en 1661 du Cardinal Mazarin que son auteur, M e Tomiko Yoshida Takeda nous a présenté, il y a une semaine.
Deux autres séries léguées par la tradition ont avancé : dans le Recueil des historiens de la France, sous-section des Obituaires, MM. Jean-Loup Lemaître et Daniel Le Blévec ont édité Le Livre du chapitre de saint- Guilhem-le-Désert. Au titre des Chartes et diplômes relatifs à l’Histoire de France, M. Michel Nortier a supplémenté par un tome V le Recueil des Actes de Philippe Auguste.
Depuis que M. Michel Provost en tient les rênes, la Carte archéologique de la Gaule connaît un développement rapide. Cette année aura vu successivement la parution des tomes 84, 1 : Vaison et ses campagnes ; 34, 3 : Le Montpelliérais ; 84, 2 : Le Luberon et Pays d’Apt ; 91 : L’Essonne ; 54 : La Moselle.
Il reste à signaler le tome XV des Cahiers de la Villa Kérylos consacré à la médecine grecque antique, le tome VIII du Hôbôgirin, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme d’après les sources chinoises et japonaises. enfin, la récentissime livraison des Monuments Piot (t. LXXXIII), où éclate, en Afghanistan, la symbiose de l’hellénisme et de l’Inde de nos premiers siècles.

Ces publications, je le répète, reflètent une gestion librement maîtrisée dont nous bénéficions grâce à notre Secrétaire perpétuel lequel sait toujours consulter ses collaborateurs immédiats, nos représentants ou bien à la Commission centrale ou bien à celles des Écoles sous notre tutelle, sans omettre– cela va de soi – le Conseil technique de l’Institut . Pareille santé budgétaire le confirme : pourvu que l’organisation ne s’embarrasse pas de charges adventices, un homme de science – nous l’avons déjà remarqué à propos de Jean Schneider et de Maurice Euzennat- peut être un administrateur compétent.

On me permettra, en conclusion, d’insister sur cette réflexion. Je le ferai, en me laissant convaincre par Bertrand de Jouvenel de relire l’Evangile de Luc : « Jésus entra dans un village et une femme nommée Marthe le reçut dans sa demeure. Elle avait une sœur nommée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole, tandis que Marthe s’occupait à divers soins domestiques ». Jouvenel s’emparait de l’épisode et le transformait en apologue. Pour lui, Marie incarnait l’intellectuelle, en quête des problèmes de l’esprit, Marthe, la besogneuse qui fait marcher la maison. En passionné qu’il était de l’organisation du travail, l’essayiste jugeait nécessaire de réhabiliter ce que l’on commençait à valoriser sous le néologisme de « management ». Il s’amusait donc à contredire gentiment le Christ. Les chercheurs, pensait-il, sont très utiles, mais il importe de les encadrer, de planifier leurs projets, d’uniformiser leurs repères. En un mot, ils ont besoin d’être administrés. Jugerait-il de même aujourd’hui ? Les débats prouvent les craintes du public à l’égard de structures qui d’insuffisantes tendent à peser. Bon gré, mal gré, l’Administration, à tous les niveaux, secrète des organigrammes hiérarchiques et beaucoup de paperasses. Quand la recherche est en cause, les inconvénients prennent de la gravité : on perd du temps, une mentalité nouvelle se crée, l’indépendance du savant est menacée. Le contrôle, personne n’en doutera, reste indispensable ; pourtant, lorsque des institutions font fructifier un héritage érudit, ne vaudrait-il pas mieux que Marie qui réfléchit à ce qu’elle écoute garde les commandes ?
Avec prudence et sans prétentions, notre Académie jouit de son autonomie égalitaire. L’âge de ses membres, l’inactualité de la culture qu’elle protège l’écartent des tentations et des risques. Dans l’imaginaire de nos contemporains, puisse-t-elle conserver le mérite d’être une référence qui a contrario tempère tant soit peu les emportements et la servitude !



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