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Bilan 2002


Par M. Jean RICHARD, Président de l’Académie



Monsieur le Ministre,
Monsieur le Chancelier,
Mes chers confrères,
Mesdames, Messieurs et, je n’aurai garde d’oublier, Mesdemoiselles, puisque l’Institution de la Légion d’Honneur reste fidèle à une habitude qui nous touche, en se faisant représenter à notre séance solennelle par plusieurs de ses élèves.

Tous les ans, au moment de la chute des feuilles, l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres charge son Président en exercice, qui a cependant encore plus d’un mois avant d’achever son mandat, de rendre compte de l’année écoulée depuis la précédente séance solennelle. Ce décalage de dates pourrait avoir une signification si on voulait se reporter à l’usage des magistrats antiques ou des baillis du Moyen Âge qui devaient rendre compte de leur gestion en cessant leurs fonctions ; en anticipant son compte rendu, le Président pourrait laisser supposer qu’il ne se sent pas personnellement responsable des agissements de la compagnie. Je m’empresse de vous rassurer sur ce point : l’histoire de notre institution explique toutes ces apparentes anomalies ; si nous respectons nos traditions qui ont le mérite de fournir à nos activités un cadre commode, nous n’ignorons pas que chacune d’elles a pris naissance un beau jour. Pour m’en assurer, j’ai donc feuilleté la vieille Histoire de l’Académie qui, au XVIIIe siècle, était publiée tous les deux ans ; c’est là que le Secrétaire perpétuel (et non le Président) donnait un compte rendu qui commençait habituellement par cette formule : « La Compagnie a continué de vaquer à ses exercices avec son assiduité ordinaire ». Ce qui montre qu’il s’agissait de rassurer le public lettré sur la diligence des académiciens à remplir leur devoir. Je pourrais donc être tenté de faire de même : de fait, semaine après semaine, nos séances se sont tenues, nos commissions se sont réunies, les tâches qui nous sont imparties ont été assurées.
Mais j’ai conscience que si je me bornais à cette rassurante constatation, vous seriez en droit de douter que j’aie tenu mon contrat. La vie de l’Académie, pendant une année, est autrement remplie.
Il me faut tout d’abord m’acquitter d’un devoir : celui de faire part à nos auditeurs des pertes subies par l’Académie au cours de ces douze mois. Un de nos associés, le professeur Ekrem AKURGAL, nous a quittés le 2 novembre, à Smyrne. Professeur émérite à l’université d’Ankara, qui avait fait appel à lui en 1941, quand il avait terminé ses études à l’université de Berlin. Il était né en 1911 et il était le doyen de l’archéologie anatolienne. Il avait dirigé de très nombreuses fouilles sur les sites antiques de l’Asie Mineure, publiant de nombreux ouvrages , notamment sur l’histoire des arts hittites, ourartéens, hellénistiques et romains. Plusieurs de ses livres ont été publiés en français. Son autorité, reconnue internationalement, lui avait valu de faire partie de plusieurs académies et d’organes de direction scientifique. Nous l’avions élu membre associé en 1992. L’appui qu’il a apporté, en particulier, aux fouilles menées par Pierre Demargne et Henri Metzger, doit être mentionné : Ekrem Akurgal était très attaché à la coopération internationale, et sa bienveillance mérite d’être rappelée.
Nous avons eu un autre deuil à déplorer. Le décès de notre correspondant français, Gabriel Camps, mort le 6 septembre dernier, a été une perte bien douloureuse. Il était né en Algérie, à Misserghin, en mai 1927, et avait fait ses études à Oran et à Alger, en consacrant ses deux thèses aux Origines de la Berbérie et à Massinissa. Ce qui avait fait de lui le meilleur connaisseur de l’Afrique du Nord préromaine. Il dirigea jusqu’en 1968 le Centre de recherches d’anthropologie, de préhistoire et d’ethnologie d’Alger, en même temps qu’il était chargé de la direction du musée du Bardo. Il avait en particulier mené d’importantes missions au Tassili et au Hoggar, en ramenant d’abondantes moissons. Appelé à l’université d’Aix, il étendit ses recherches à l’ensemble des pays de la Méditerranée occidentale, publiant en particulier un livre sur la préhistoire de la Corse, mais sans perdre de vue son domaine de prédilection. C’est ainsi qu’il dirigeait la revue Libyca et qu’il mit en chantier l’Encyclopédie berbère. Nous l’avions élu notre correspondant en novembre 1987 ; il est venu plusieurs fois nous entretenir et nous avons tous apprécié son enthousiasme, son érudition et sa générosité.



Pour combler les vides intervenus en ces dernières années, mais aussi pour répondre à la volonté de notre compagnie d’appeler parmi ses membres et ses correspondants des compétences nouvelles, nous avons procédé à plusieurs élections. Deux nouveaux membres nous ont rejoints. Le 8 février, c’était M. Jean-Marie DENTZER, professeur depuis 1980 à l’Université de Paris I, qui a exercé son activité d’archéologue et d’historien en Syrie, en Jordanie, au Liban et en Arabie, et qui a dirigé de 1996 à 1999 l’Institut français d’archéologie au Proche-Orient. Il est l’un des meilleurs spécialistes de la civilisation antique dans cette vaste région, où il a beaucoup œuvré pour la conservation du patrimoine historique ; il était notre correspondant depuis 1996.
M. André CRÉPIN, élu le 15 mars, avait également été élu correspondant en 1996. Professeur émérite à l’Université de Paris-Sorbonne, il représente parmi nous une discipline qui n’avait pas été représentée depuis longtemps : la philologie et la littérature anglo-saxonnes. Il en est le maître incontesté, et ceci tout spécialement en ce qui concerne la poétique du vieil anglais. Il me suffira de citer ses éditions du poème de Beowulf ou des Contes de Cantorbéry de Chaucer.
Nous avons élu quatre associés étrangers dans notre séance du 12 avril. M. Louis GODART, de nationalité italienne, professeur de philologie mycénienne à l’Université de Naples et directeur de la mission archéologique de cette Université en Crète. Il est l’auteur de très nombreux travaux sur les écritures et sur les textes de l’âge minoen et des plus anciens temps helléniques.
M. Boris MARCHAK, de nationalité russe, directeur de la section d’Asie centrale au musée de l’Ermitage, s’est fait connaître par ses remarquables fouilles de Penjikent ; il est l’un des meilleurs connaisseurs de ce monde sogdien qui fut en contact avec la Chine comme avec l’Iran et de l’art des steppes : il participa très activement à l’exposition consacrée à cet art et présentée en 2001 au musée Guimet.
M. Werner PARAVICINI, de nationalité allemande, a été d’abord chargé de recherche à l’Institut allemand de Paris où il est revenu comme directeur en 1993 après avoir été professeur d’histoire médiévale à l’Université de Kiel ; président de la commission d’histoire des résidences de l’Université de Göttingen, il a orienté ses recherches vers l’histoire de la noblesse et de la vie de cour au Bas Moyen Âge, en s’attachant plus spécialement aux ducs Valois de Bourgogne ; il a déjà publié de nombreux textes concernant ceux-ci, notamment dans une de nos collections.
Nous revenons vers l’Asie centrale avec M. Nicholas SIMS-WILLIAMS, de nationalité britannique, professseur à la School of Oriental and African Studies de l’Université de Londres, dont le domaine particulier est celui des langues indo-européennes parlées dans cet espace, telles que le khotanais, le sogdien, le bactrien et les langues iraniennes ; il a déjà publié de nombreux documents récemment découverts dans ces contrées. Selon notre habitude, tous ces nouveaux associés avaient d’abord été nos correspondants, et ils nous ont déjà fait profiter de leur érudition.



Huit nouveaux correspondants étrangers ont été élus le 31 mai. M. Filippo Coarelli, professeur à l’Université de Pérouse, est bien connu par ses travaux sur la topographie de la Rome antique, mais aussi sur l’art hellénistique et sur la vie municipale de l’Italie romaine.
M. Pierre Ducrey, qui enseignait l’archéologie et l’histoire grecques à l’Université de Lausanne dont il a été le recteur, dirige l’École suisse d’archéologie en Grèce ; nous lui devons en particulier des travaux importants sur la guerre dans la Grèce antique.
M. Oskar von Hinüber, professeur à l’Université de Fribourg en Brisgau, spécialiste du bouddhisme, l’est aussi de la langue pâli ; il dirige la publication du dictionnaire critique de cette langue.
M. Cyril Mango, de l’Université d’Oxford, est un byzantiniste de grande autorité, à la fois philologue (il a édité plusieurs textes byzantins) et historien, en particulier des rapports entre Byzance et la Perse, où il a renouvelé les données généralement admises.
M. Neil Stratford, précédemment conservateur du département médiéval du British Museum, actuellement professeur invité à l’École des Chartes, est regardé comme le meilleur spécialiste de la sculpture romane bourguignonne ; il a consacré à celle de Cluny et de Vézelay des travaux remarquables ; mais il fait aussi autorité dans le domaine des émaux du Moyen Âge.
M. Miklos Szabo, professeur d’archéologie antique et protohistorique à l’Université de Budapest, dont il est le vice-recteur, est bien connu par ses travaux sur la civilisation des Celtes, tant orientaux qu’occidentaux, et il est un conseiller fort écouté par les chercheurs français.
M. Josef Van Ess, professeur émérite à l’Université de Tubingen, est un spécialiste de la théologie musulmane, auteur de nombreux travaux dont plusieurs en français.
Mme Olga Weijers, membre de l’Académie royale des Pays-Bas, est une lexicographe qui s’est attachée à la rédaction du dictionnaire néerlandais du latin médiéval ; elle a d’autre part tout spécialement étudié la vie intellectuelle à l’université de Paris.

Le recrutement de ces savants, qu’une modification de nos règlements a permis d’associer plus étroitement à nos travaux, nous permet d’étendre le cercle de nos compétences. Mais, en ce qui concerne plus particulièrement nos correspondants français, je voudrais souligner le dévouement dont ils font preuve en acceptant de participer au labeur, quelquefois ingrat et toujours prenant, de nos commissions où ils nous apportent leur aide, ainsi que leur assiduité à nos séances où leurs observations et les hommages dont ils se chargent sont pour nous un enrichissement.

Ces communications, auxquelles il faut joindre les notes d’information qui, sous une forme plus concise, font connaître des découvertes ou des acquis encore tout frais de la recherche , et ces hommages représentent la partie publique de nos séances hebdomadaires, alors que nos huissiers referment les portes lorsque, selon la formule consacrée, « l’Académie se forme en comité secret », secret qui ne recouvre aucune sombre machination, puisqu’il s’agit d’une partie le plus souvent purement administrative de notre tâche. Puisque la statistique est reine de notre siècle, précisons que nous avons entendu 34 communications, 14 notes d’information tandis que le nombre des hommages s’élevait au chiffre, probablement le plus élevé atteint jusqu’à présent, de 124 – ce qui, j’y reviendrai, n’est pas sans signification. Pour être complet, ajoutons une notice sur la vie et les travaux d’un de nos confrères décédés, Bernard Frank, le grand japonisant dont M. Jacques Gernet a fait revivre pour nous la figure si attachante . Ce devoir de piété envers nos disparus appartient à nos usages ; je souhaite vivement que cet exemple soit le plus largement suivi.
Le Président, depuis le poste où il se tient pour écouter les notes et les communications, est particulièrement bien placé pour apprécier leur extrême variété. De fait, il s’agit là de l’accomplissement de la mission qui a été confiée à notre Académie : recevoir et diffuser l’information sur les avancées de la connaissance en matière historique, archéologique et linguistique dans tous les territoires de l’humanité. Et, pour parler comme nos prédécesseurs d’il y a deux siècles, nous avons essayé de ne pas faillir à cette tâche. Je pourrais vous donner tous les titres de ces exposés ; mais la Lettre d’information qui, depuis l’an dernier, rend compte de nos activités mois par mois, s’en acquittera mieux que moi. Pour en donner une idée, j’effeuillerai nos éphémérides.
Dans le domaine des américanistes, des orientalistes, des préhistoriens, voici le système d’écriture figurative des Précolombiens du Mexique, les moines bouddhistes du Japon et ceux de la Thaïlande, les acquisitions domaniales des rois de Mari, les monuments éthiopiens de Lalibela, la civilisation celtique de l’Europe centrale ou la vie d’un village copte du Fayoum à l’époque fatimide. Pour l’Antiquité classique, j’insisterai sur la découverte de la ville romaine d’Uchi majus, fait majeur dans cette histoire de l’Afrique du Nord à laquelle nous attachons un intérêt tout particulier ; mais les mosaïques des maisons de Zeugma sur l’Euphrate, qui portent un témoignage sur l’histoire de la peinture hellénistique, la topographie antique du territoire de Delphes et celle de la ville d’Alexandrie nous ont aussi retenus.

Pour le Moyen Âge, je citerai les origines de la renaissance de l’enseignement du droit romain, la remise en cause de certaines identifications des églises de Famagouste ou l’étude très fouillée de la personnalité du fou du roi, figure apparemment romantique mais bien réellement présente dans la vie des cours ; nous avons suivi le Dominicain Julien de Hongrie sur les routes qu’allaient suivre les Mongols, ou les recherches des constructeurs gothiques qui devaient aboutir aux formules de l’art flamboyant, avant de rencontrer un humaniste, Guillaume Budé… Mais je n’oublierai pas cette excursion dans un jardin botanique aux fleurs merveilleuses, qui défilaient sur notre écran pour évoquer les descriptions de ce Théophraste dont plus d’un ne connaissait guère le nom que par l’imitation qu’avait faite La Bruyère de ses Caractères. Chacune de ces communications ouvre éventuellement un débat qu’il appartient au Président – ministre de l’horloge – de clore ; il lui appartient aussi, paraît-il, de veiller à ce que ce débat ne prenne pas un tour trop vif. Mais dois-je vous avouer que cette dernière obligation n’est que de pure forme, et que le ton ne s’élève jamais ? Par contre il me paraît très satisfaisant pour l’esprit de constater que les questions et les remarques jaillissent souvent des côtés de la salle où on ne les attendrait pas. Le refus de l’excès de spécialisation continue donc à caractériser notre culture empreinte de la tradition des humanistes que nous avons recueillie.
Quant aux hommages qui sont faits à l’Académie d’ouvrages récemment parus, ils représentent une autre forme d’information, qui porte cette fois sur les livres qui ont franchi le seuil de l’impression, c’est-à-dire qui apportent les résultats de recherches parvenues à leur maturité, ou qui seront des instruments de travail utiles pour les recherches à venir ; et c’est ce caractère, et les services que l’on attend d’eux, qui forment la matière de leur présentation - une présentation dont nous avons dû limiter la durée sous sa forme orale, pour satisfaire aux exigences de l’horaire, mais qui prend éventuellement plus d’ampleur dans nos Comptes rendus. Il s’agit en effet d’un type d’information attendue par les chercheurs, qui s’apparente aux recensions critiques que donnent les revues, mais qui doit être disponible plus tôt que celles-ci.

En dehors des séances publiques vient le travail courant, préparé et mis en forme par les soins de notre secrétariat dont la compétence et le dévouement ne peuvent assez être soulignés, et à un rythme que la vigilance de notre Secrétaire perpétuel ne permet pas de relâcher. Quarante-quatre commissions réunissent un nombre variable de membres et de correspondants de l’Académie et préparent les décisions qui seront adoptées en comité secret. Il s’agit de l’attribution des prix et des bourses dont notre Vice-président vous donnera dans un instant la liste ; de la tutelle des Écoles françaises de Rome et d’Athènes et de l’École biblique de Jérusalem ; de la commission des fouilles archéologiques et de la commission d’Afrique du Nord, et de celles qui ont charge de notre administration. Je disais tout à l’ heure combien nous sommes reconnaissants à ceux, en particulier à bon nombre de nos correspondants, qui consacrent une part de leur temps à participer à ce labeur, et tout spécialement à l’élaboration de rapports que nous transmettons aux autorités responsables. Nous avons en effet à donner notre avis sur des orientations, à juger de la qualité des travaux des membres de ces écoles, et l’une de nos préoccupations actuelles tient à la difficile adaptation de la forme qui doit être celle des mémoires en question du fait du nouveau régime des thèses, lequel amène la thèse à interférer avec le travail de terrain ou d’archives spécifique de l’école.

La « colloquite », cette maladie du siècle que dénonçait il y a peu un historien en renom, n’épargne pas les académiciens qui sont appelés à participer à ces réunions, grandes consommatrices de temps, mais dont il faut bien reconnaître les vertus tout en déplorant les défauts. L’Académie, dans le cadre de ses fondations, a charge d’en organiser elle aussi ; je citerai seulement celui qui s’est tenu cet automne à la Villa Kérylos sur le thème de la poésie grecque antique. Et j’ajouterai que nous en avons accueilli plusieurs dans notre salle Hugot.

Nos publications se poursuivent à un rythme qui fait honneur tant à la diligence de notre Secrétaire perpétuel, fidèle à la tradition du XVIIIe siècle que j’évoquais tout à l’heure (on explique dans notre Histoire, que si tel volume de celle-ci a paru en retard, c’est du fait de l’indisponibilité du titulaire, victime de quelque accident de santé), qu’à l’activité et à la compétence de notre secrétariat, qui maîtrise avec le sourire les technologies parfois redoutables ou capricieuses de notre XXIe siècle. Nos grandes collections poursuivent leur chemin. Quatre volumes des Mémoires de l’Académie auront paru d’ici la fin de décembre : l’Atlas de la diffusion des cultes isiaques, les Inscriptions d’Apulum, en deux volumes, les Études de botanique antique et l’édition de la Correspondance des orientalistes entre Paris et Saint-Pétersbourg (1887-1935), le tome VII de l’Inventaire du corpus des inscriptions sud-arabiques, le tome V des Obituaires, le n° 39 du Corpus Vasorum Antiquorum, le tome du Nouvel Espérandieu consacré à Vienne sur le Rhône, un tome de l’Histoire littéraire de la France, et pas moins de six tomes (soit sept volumes), de la Carte archéologique de la Gaule, auront paru dans le même temps. Pour les actes de colloques (et ceci doit être signalé, car parallèlement à la multiplication de ces réunions le retard de la publication de ce type de recueils a tendance à devenir chronique), les textes présentés lors des réunions tenues à la Villa Kérylos et à la fondation Singer-Polignac en juin, octobre et novembre 2001 (respectivement Rites et cultes dans le monde antique, Tradition classique et modernité, Au fil du Nil) ont paru dans l’année qui a suivi leur présentation.
Le même souci de ne pas laisser se périmer l’information s’est marqué en ce qui concerne les publications périodiques de l’Académie, et tout d’abord les Comptes rendus de nos séances dont l’importance matérielle n’a cependant cessé de croître, tandis que leur illustration s’enrichissait elle aussi : les fascicules de novembre-décembre 2000, janvier-mars, avril-juin et juillet-octobre 2001, auront paru en 2002, apportant dans leur intégralité les textes des communications, des notes d’information et des hommages d’ouvrages d’une année toute entière (on peut noter que deux plaquettes ont été tirées pour donner de manière isolée les actes de la Journée d’Afrique du Nord et de l’hommage à Michel Lejeune). De même auront paru les tomes 80 et 81 des Monuments Piot et les deux fascicules annuels du Journal des Savants.



Tout ceci témoignera de notre désir de mettre le plus rapidement possible à la disposition de la communauté scientifique les informations que nous recueillons ou que nous élaborons. Il nous a menés plus loin encore, en nous amenant à nous doter des moyens de diffusion que nous fournissent les techniques actuelles. Il ne s’agit pas pour nous de céder à une mode dont nous entretiennent les quotidiens ou les périodiques qui nous parlent de l’avènement d’un monde dont la communication serait la raison d’être. Plus simplement, il nous faut rester fidèles à notre vocation dans un état donné de la civilisation matérielle. Le rôle primordial des Académies a été de recueillir les nouvelles connaissances pour les soumettre à leur examen et les diffuser par les organes disponibles à chaque époque. J’évoquais les XVIIe et XVIIIe siècles. La grande presse était alors représentée par le Mercure de France qui faisait écho à nos débats ; notre Journal des Savants donnait en particulier connaissance des ouvrages récemment parus ; et l’Histoire de l’Académie rendait compte des communications en réservant aux Mémoires des textes plus développés. Il me souvient de la première communication que je présentais à notre Compagnie – cela fait plus d’un demi-siècle… – : un journaliste m’attendait dans l’antichambre pour me soutirer un bref aperçu de mon exposé qui allait figurer, quelque peu retouché, dès le lendemain dans la livraison du Monde, lequel s’efforçait alors encore de maintenir la tradition du Temps, en donnant semaine après semaine ce résumé de nos séances. Ce rôle de la grande presse a disparu, alors que le Journal des Savants poursuit sa publication, mais en se libérant de la formule qui rattachait ses articles à des comptes rendus d’ouvrages ; nos Comptes rendus restent fidèles à celle du fascicule trimestriel. Mais il a semblé que les chercheurs comme ceux que l’on désigne parfois comme constituant le « grand public », et parmi lesquels nos Académies et les sociétés savantes ont toujours trouvé une part essentielle de leur audience, étaient en droit de bénéficier d’une information plus rapide aussi bien sur les questions faisant l’objet de communications que sur les ouvrages apportant des données nouvelles ou constituant de nouveaux outils de la recherche. Aussi l’Académie s’est-elle dotée d’un accès au réseau de l’Internet, qui lui permet de diffuser presque immédiatement les informations dont il s’agit. Les échos que nous avons pu recueillir paraissent indiquer que cette initiative a connu un accueil très favorable et rend véritablement des services. Tout ceci ne s’est pas fait sans beaucoup de travail : comment ne pas rendre à nouveau hommage, et à notre secrétaire perpétuel, et aux membres de son équipe qui l’ont mené à bien ?

Mais un regard en arrière nous montre que nous n’avons pas, ce faisant, fait autre chose que de répondre aux exigences, je dirais immuables, du labeur des historiens. Il y a quelques semaines, le secrétariat me communiquait une question émanant d’une personne d’outre-Atlantique et transmise par courrier électronique ; je n’ai pas mis de manchettes de dentelles ni pris une plume d’oie, comme l’aurait fait un académicien imitant M. de Buffon, mais la réponse écrite au stylo-bille donnait des informations voisines de celles qu’aurait pu donner un érudit du XVIIIe siècle ! Et je constatais les mêmes permanences en lisant telles lettres par lesquelles le savant abbé Lebeuf rappelait à tel de ses émules qu’il lui avait promis une contribution pour un travail collectif (l’entreprise des Pouillés, que l’Académie a recueillie au XIXe siècle). Or les propos des deux savants, abordant plusieurs domaines, témoignaient de ce qu’était ce commerce épistolaire des hommes de science, instrument essentiel du progrès des connaissances, commerce qui débouchait bien souvent sur des communications aux Académies, quand celles-ci n’en avaient pas été le point de départ. Le recours aux techniques avancées nous permet d’aller plus vite et de toucher des destinataires plus éloignés. Il ne change pas l’essence du travail. Et ceci me donne l’occasion d’évoquer un des ouvrages qui va sortir des presses dans la collection de nos Mémoires : l’édition, sous la direction d’un de nos associés étrangers, de la correspondance échangée entre orientalistes russes et français entre 1887 et 1935. La richesse de ces échanges montre qu’à travers les siècles, c’est toujours la mise en commun des connaissances qui permet d’avancer nos travaux. Et nos Académies, en se dotant de moyens nouveaux, restent le terrain favori de ces échanges.

Mais il reste une de nos activités que je n’aurais garde d’oublier. Elle fait l’objet de bien des réunions ; elle n’est pas sans lien avec les hommages présentés à notre compagnie. Celle-ci a pour tâche d’encourager la recherche grâce à bien des fondations dont les auteurs ont eu à cœur de perpétuer leur souvenir en aidant dans leur travail ceux qui continueraient à explorer des champs d’étude qui les passionnaient. Ainsi avons-nous la charge d’attribuer des prix et des bourses, soit pour récompenser des œuvres parvenues à leur réalisation, soit pour faciliter la poursuite de recherches dans tel domaine qui a paru devoir appeler de nouveaux travaux. La moisson est abondante. Nous allons nous en convaincre en écoutant le palmarès dont notre Vice-président va nous donner lecture.



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