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Bilan 2001


Par M. Jean-Pierre BABELON, Président de l’Académie





Messieurs les ambassadeurs,
Monsieur le chancelier de l’Institut de France,
Messieurs les Secrétaires perpétuels,
Mes chers confrères,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,



Notre Académie vous convie à assister à sa rentrée solennelle de l’année 2001-2002. Les évènements du onze septembre ont prouvé que le nouveau siècle, premier du troisième millénaire, ne sera pas celui que quelques devins avaient prématurément annoncé, celui de la fin de l’histoire, dans un monde aseptisé où l’actualité se serait contentée de monter en épingle quelques anecdotes ressassées par les médias pour satisfaire la curiosité d’une humanité de spectateurs. L’histoire est bien là, elle nous a rattrapés avec une dramatique brutalité dans une conjoncture inédite et sous des formes nouvelles qui traduisent la haine et l’incompréhension, toujours présentes, et conduisent à des affrontements rendus plus terribles par le développement technologique.

L’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres réunit des savants qui ont analysé les convulsions de l’humanité depuis qu’il existe une histoire, et nous avons choisi précisément de rappeler aujourd’hui l’apparition de l’historiographie et de l’érudition, il y a exactement trois siècles, dans les activités d’une assemblée qui n’avait pas été créée dans ce dessein.

Il me revient tout d’abord de vous faire part des évènements qui ont marqué notre Compagnie durant cette année, et c’est en premier lieu le souvenir de nos membres disparus que je vous convie à honorer.
Nous avons déploré le 13 décembre 2000 le décès de Pierre DEMARGNE, brillant archéologue, historien de la Crète dédalique, qui avait inauguré sa carrière par des fouilles à Mallia avant d’en poursuivre d’autres en Lycie, à Xanthos. Né en 1903 à Aix-en-Provence, il avait été élu en 1969. Auteur d’un maître livre maintes fois traduit, Naissance de l’art grec, il forma en Sorbonne des générations d’archéologues et d’historiens et dirigea l’Institut d’art et d’archéologie de 1962 à 1969.
Décédé le 3 septembre 2001, le grand médiéviste Philippe WOLFF abritait sa studieuse retraite dans la république d’Andorre. Né en 1913 à Montmorency, il avait été élu à l’Académie en 1973. Professeur d’histoire du Moyen Âge à l’Université de Toulouse durant vingt-huit ans, spécialiste d’histoire économique et culturelle dans la lignée de Marc Bloch, il démontra l’importance des études d’histoire régionale solidement documentées, comme en témoignent sa grande Histoire du Languedoc et le soin vigilant avec lequel il dirigea longtemps les Annales du Midi. C’est plus encore la méthodologie nouvelle qu’il appliqua en priorité à l’histoire de Toulouse qui lui valut d’être reconnu en France et à l’étranger comme le maître de l’histoire urbaine.

L’Académie a perdu également trois de ses membres associés étrangers. Décédé le 26 mars, Cinzio VIOLANTE était né dans la province de Bari en 1921, il enseigna de longues années à Pise et à Milan et présida l’illustre Societa Storica Pisana. Nous l’avions nommé correspondant en 1979, puis élu associé en 1992. Son œuvre est consacrée à l’étude de la société et des institutions religieuses dans l’Italie médiévale.
Aurelio RONCAGLIA, mort le 28 juin, était né à Modène en 1917. Élu en 1998, il était l’historien de la littérature romane du Moyen Âge, de la Chanson de Roland aux troubadours et avait poursuivi ses travaux sur les œuvres et la langue de Boccace.
Tristano BOLELLI, mort le 18 octobre dernier, était, lui, né à Bologne, en 1913. Il enseigna durant près de quarante ans la linguistique à l’Université de Pise et s’était imposé comme le maître des études sur la langue italienne, dont il avait donné une brillante synthèse en 1967 avec son ouvrage Linguagio e Dialetti in Italia. Nous l’avions nommé correspondant en 1984, et élu membre associé en 1998.

Parmi nos membres correspondants, nous avons eu à déplorer le 12 décembre 2000 la mort d’André Berthier. Né à Beaumont-sur-Oise en 1907, archiviste paléographe en 1931, il mena une longue carrière en Algérie, d’abord comme archiviste, puis comme directeur de la circonscription archéologique de Constantine. Excellent connaisseur de l’Algérie romaine et des monuments de Numidie, il avait été nommé correspondant en 1961.

Le 15 mai disparaissait l’égyptologue Jean-Philippe Lauer, fixé depuis longtemps sur le territoire de ses découvertes, à Saqqarah. Parisien né en 1902, il avait suivi des études d’architecte qui le conduisirent sur les chantiers du Service des Antiquités d’Égypte avant qu’il ne devienne directeur des travaux sur le complexe de la Pyramide à degrés. Le grand découvreur, soucieux de transmettre dans le langage le plus clair les connaissances qu’il avait acquises sur Le Temps des pyramides, pour reprendre le titre de son ouvrage de la collection « L’Univers des formes », était une personnalité originale, universellement connue. Il avait été nommé membre correspondant en 1956.
L’un de nos correspondants étrangers nous a quittés le 13 août, l’excellent linguiste espagnol Manuel Alvar Lopez. Né à Benicarlo en 1923, il s’était imposé comme l’un des meilleurs connaisseurs de la dialectologie hispanique. Auteur d’un Atlas linguistique de la péninsule Ibérique et des Canaries en 23 volumes, il fut président de la Real Academia de Madrid. Nous l’avions nommé correspondant en 1998.

Les élections ont permis de faire entrer dans notre académie trois nouveaux savants dont la réputation scientifique est largement reconnue dans leurs différents domaines. M. Serge Lancel élu le 9 février au fauteuil d’André Vernet, était membre correspondant depuis 1997. Né à Cuba en 1928, élève de Jean Bayet, professeur à Alger puis à Grenoble, c’est un éminent connaisseur de l’Afrique du Nord dans l’Antiquité qui a mené d’importantes fouilles à Tipasa et dirige la mission archéologique française à Carthage. Il a également consacré ses recherches à l’œuvre d’un grand africain, saint Augustin.
Le 30 mars nous avons élu au fauteuil de Robert Mantran M. Jean-Pierre Mahé, qui était correspondant depuis 1997. Né à Paris en 1944, directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études, il est considéré comme l’un des meilleurs historiens des civilisations caucasiennes, depuis l’Antiquité jusqu’au développement des différentes chrétientés orientales, coptes ou arméniennes, et ses travaux portent sur les découvertes archéologiques, particulièrement à Any, tout autant que sur l’histoire des populations et de la pensée religieuse, et notamment sur les écrits gnostiques.
Quant à M. Philippe Gauthier, élu le 8 juin au fauteuil de Robert Marichal, correspondant depuis 1997, c’est un épigraphiste reconnu, dans la lignée du grand Louis Robert. Né à Paris en 1935, directeur d’étude à l’École pratique des Hautes Études, lui aussi, il est l’historien des cités grecques et de leurs institutions jusqu’à l’époque hellénistique et dirige le bulletin épigraphique de la Revue des Études grecques.

Lors de séances récentes, nous avons procédé à l’élection de correspondants français, choisis dans les différentes disciplines qui sont les nôtres : dans l’ordre alphabétique MM. Yves-Marie Bercé, François Déroche, Nicolas Grimal, Jean-Paul Morel, Olivier Picard, Roland Recht et Jean-Pierre Sodini. Tous ces nouveaux élus viennent ainsi participer à nos activités et assurer la relève.

Nos assemblées du vendredi nous ont permis, comme les années précédentes, d’entendre des communications sur l’Orient, de l’Égypte à la Chine, sur l’antiquité classique, sur le Moyen Âge et la Renaissance, la philologie et la linguistique, l’histoire de la pensée philosophique et religieuse.

Plusieurs séances, et c’est là une innovation remarquée, ont été consacrées à des thèmes particuliers, choisis pour la plupart, en raison des commémorations. Nous avons ainsi célébré le centenaire de l’École française d’Extrême-Orient, le 8 décembre 2000, qui nous a permis de reconnaître les grandes voies défrichées durant un siècle et d’envisager les directions à prendre au XXIe siècle sous l’autorité de M. Jean-Pierre Drège.
Une autre séance a été organisée le 26 janvier 2001 en hommage au grand philologue disparu Michel Lejeune, hommage rendu par de nombreux savants étrangers venus rappeler l’importance capitale de son œuvre dans la connaissance des langues du monde antique.
Une troisième séance enfin, tenue le 14 juin, a permis de saluer la mémoire de Jean-Philippe Lauer, en présence de hautes personnalités.
L’Académie a également jugé opportun de manifester son intérêt pour les fouilles archéologiques entreprises dans les pays du Maghreb en réactivant son ancienne Commission d’Afrique du Nord. Une première journée d’études a eu lieu 16 mars 2001, avec la participation des meilleurs spécialistes algériens et tunisiens, en liaison avec la Société d’Étude du Maghreb préhistorique, antique et médiéval.

Si notre compagnie parvient à exercer des activités aussi nombreuses et aussi diverses, elle le doit d’abord à son secrétaire perpétuel, M. Jean Leclant, dont je voudrais saluer, une fois de plus, le dévouement et la vigilance. L’Académie lui a renouvelé cette année sa confiance, avec sa gratitude. L’équipe dont il s’est entouré mérite aussi nos félicitations pour son efficacité, M. Hervé Danesi qui est plus spécialement chargé de la publication des Comptes rendus de nos séances, Mme Danièle Pelgas qui assure l’organisation des séances et des commissions, M. Georges Demaimey qui prépare la publication des différentes collections, Mlle Cécile Vigneau qui veille à la bonne gestion financière de notre institution, et Mme Martine Brunet, nouvelle venue, qui a en charge la communication, tâche essentielle de nos jours.

Les publications de l’Académie sont nombreuses, comme vous le savez, et elles lui permettent d’assumer sa vocation scientifique sur le plan national et international. Les Comptes rendus, en fascicules trimestriels, paraissent avec une ponctualité rarement observée ailleurs, si l’on sait que le premier trimestre 2000 vient de paraître, épais volume de plus de 500 pages, pourvu de nombreuses planches en couleurs, et qui comporte, outre les communications, plus de cinquante critiques bibliographiques sur les ouvrages qui ont fait l’objet d’hommages par les soins des membres de l’Académie.
Le vénérable Journal des Savants, le plus ancien des journaux littéraires d’Europe, a publié deux fascicules qui portent le millésime 2001, les Monuments Piot, un fascicule en décembre 2000 et un autre sous presse. Quatre tomes de nos Mémoires sont parus depuis décembre 2000, le tome XX sur Tiddis, œuvre du regretté André Berthier, le tome XXI sur les amphores et les timbres amphoriques par Yvon Garlan, le tome XXII (2 volumes accompagnés d’un CD-Rom), sur Alésia, sous la direction de Michel Reddé et Siegmar von Schnurbein.
La Carte archéologique de la Gaule, publiée en collaboration avec les ministères de l’Éducation nationale et de la Culture et l’Association pour les fouilles archéologiques sous la direction de M. Michel Provost, a fait paraître quatre nouveaux tomes, les départements de l’Ardèche, de la Haute- Savoie, du Val-de-Marne et la ville de Langres.
Citons encore le Corpus des Inscriptions Sud-Arabiques, tome V sous la direction de M. Franzousof, et dans la série des « Documents financiers » les Comptes de l’Argentier de Charles le Téméraire, en collaboration avec l’Institut historique allemand de Paris et l’Académie des Sciences de Göttingen. Pour achever cette longue et peut-être incomplète énumération, mentionnons le dernier cahier des colloques de la villa Kérylos sur l’Histoire et l’historiographie dans l’Antiquité.

À cette activité éditoriale s’ajoute l’innovation impatiemment attendue, qui permettra une diffusion universelle d’informations sur nos activités, nos séances, nos membres et le contenu de nos publications. C’est un site Internet, mis au point par M. Hervé Danesi, qui est désormais à votre disposition et à celle des chercheurs du monde entier. Son adresse : www.aibl.fr. Enfin je tiens à signaler une autre innovation, notre Lettre mensuelle d’information, dont le n° 2, décembre 2001, vient d’être diffusé.

L’Académie participe encore à l’activité scientifique en couronnant des ouvrages et en encourageant des historiens, au moyen de prix et de bourses, dont M. le Vice-président va vous donner la liste.



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