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Journal des Savants : Janvier-Juin 2021

200 p., 42 ill.
Parution : juin 2021
Abonnement : l’année 2021 en 2 fasc., particuliers : 80 € ; institutions : 100 €.







Sommaire et résumés

« Les relations tragiques entre vivants et morts à l’aube du théâtre occidental », par Jacques JOUANNA, membre de l’Académie.

La première tragédie conservée du théâtre occidental a été l’objet d’une révolution philologique au cours du XXe siècle. Cette tragédie est bien une pièce d’Eschyle, mais ce n’est pas les Suppliantes, pièce mythique, comme on le croyait encore au début du XXe siècle par suite de l’importance du chœur ; c’est les Perses, tragédie connue surtout par son aspect politique, la victoire des Grecs contre les Perses lors de la seconde guerre médique, vue du côté des Perses au moment décisif où le chœur angoissé des fidèles du Roi restés à Suse et la Reine qui vient d’avoir un rêve prémonitoire vont apprendre la défaite de l’expédition de son fils Xerxès par la bouche d’un messager et se terminera par le retour lamentable de Xerxès entouré de quelques survivants. Il est procédé dans la présente étude à une relecture de toute la tragédie à partir des relations entre les vivants et les morts, en accordant une place essentielle aux rites qui règlent leurs relations entre eux et leurs relations avec les dieux. Bien loin d’être secondaires, les nécessités du rite constituent le moteur de l’action expliquant l’arrivée de la reine, son départ et son retour, et surtout contribuent au spectacle en permettant l’apparition de Darius mort au centre de la tragédie, puis à la fin de la pièce la déploration de Xerxès et du chœur en l’honneur des morts lors de l’expédition. Une telle étude n’est possible que par une analyse en réseau d’une foule d’indications dramaturgiques incluses dans son texte par l’auteur, qui renseignent soit sur ce qui se passe (indications dramaturgiques contemporaines), soit sur ce qui s’est passé (indications dramaturgiques régressives), soit sur ce qui va se passer (indications dramaturgiques progressives).

The question of the first preserved tragedy of Western theatre has been the subject of a philological revolution during the twentieth century. This tragedy is indeed a play by Aeschylus, but it is not the Suppliantes, a mythical play, as was believed at the beginning of the twentieth century as a result of the importance of the chorus ; it is the Persians, tragedy known above all by its political aspect, the victory of the Greeks against the Persians during the second Greco-Persian War, seen from the side of the Persians, at the decisive moment when the anguished chorus of the faithful of the King who remained in Susa and the Queen who has just had a premonitory dream will learn the defeat of the expedition of his son Xerxes by the mouth of a messenger and will end with the lamentable return of Xerxes surrounded by some survivors. In the present study a rereading of the whole tragedy is made from the point of view of the relations between the living and the dead, giving an essential place to the rites that regulate the relations between them and their relations with the gods. Far from being secondary, the necessities of the rite are the engine of the action explaining the arrival of the queen, her departure and her return, and above all contribute to the spectacle by allowing the appearance of Darius dead in the center of the tragedy, then at the end of the play the lamentation of Xerxes and the chorus in honor of the dead during the expedition. Such a study is possible only by a network analysis of a host of dramaturgic indications included in its text by the author, which inform either about what is happening (contemporary dramaturgic indications), or about what has happened (regressive dramaturgic indications), or about what will happen (progressive dramaturgic indications).

« Le philosophe Ménédème d’Érétrie et les Ptolémées : une réalité historique derrière le récit légendaire des origines de la Septante chez le Pseudo-Aristée », par Jacques JOUANNA, associé étranger de l’Académie.

Jusqu’ici, les historiens de la Septante ont été très évasifs sur la question de savoir si l’intervention de Ménédème d’Érétrie (dans l’île d’Eubée) en tant que porte-parole des philosophes grecs lors du banquet offert par le roi Ptolémée aux soixante-douze traducteurs du Pentateuque hébraïque reposait sur un fond de vérité ou relevait, au contraire, de la pure fiction, comme l’estiment la plupart des érudits, puisque La Lettre d’Aristée à Philocrate est, depuis longtemps, tenue pour une œuvre à peu près complètement dépourvue de valeur historique. Ce qui peut, toutefois, justifier un réexamen du problème sur nouveaux frais, ce sont les progrès réalisés dans l’étude de la biographie du penseur eubéen, désormais mieux connue grâce à plusieurs découvertes. L’article présente d’abord (§ I) les textes antiques et byzantins qui, dans le sillage du Pseudo-Aristée (vers 150 av. J.-C.), font mention de la présence de Ménédème en compagnie du roi Ptolémée Philadelphe et de Démétrios de Phalère à l’époque de la fondation de la Bibliothèque d’Alexandrie. On s’interroge ensuite (§ II) sur les raisons qui ont pu conduire l’auteur de la Lettre à faire le choix – à première vue surprenant – de Ménédème pour tenir un tel rôle ; or, il s’avère que ce philosophe devait, en fait, jouir d’un grand prestige dans le milieu des lettrés alexandrins, car plusieurs œuvres, de nature biographique ou poétique, le mettaient en scène sous un jour positif, le dépeignant comme un amateur de poésie tragique, un sage versé à la fois dans l’art de la controverse et dans la pratique de la politique, ayant, en outre, entretenu des relations suivies avec plusieurs monarques, ce qui faisait de lui l’interlocuteur idéal pour débattre des devoirs de la royauté avec les herméneutes juifs et le souverain lagide lui-même.

Dans la section suivante (§ III), on montre pourquoi l’obstacle chronologique censé devoir exclure une présence de Ménédème à Alexandrie vers 280 est à écarter : la date de 287 admise sans discussion par plusieurs auteurs récents pour la mort de l’homme d’État érétrien n’est rien d’autre, en effet, qu’une corruption accidentelle (survenue en 1951) de la date de 278, communément adoptée dans les ouvrages d’histoire de la philosophie. Or, comme le prouve l’examen des premiers travaux ayant mis en doute, au XVIIe siècle, l’authenticité de la Lettre d’Aristée (§ IV), cette date même de 278 résulte d’une reconstitution depuis longtemps caduque de la vie de Ménédème, dont on pensait devoir alors placer la naissance vers 370 déjà pour lui permettre d’avoir été encore, vers 350, l’auditeur de Platon, en prolongeant son existence jusqu’en 278, quand il aurait dû brusquement s’exiler (suite à la proposition d’un décret en l’honneur du roi Antigone Gonatas) et serait mort à l’âge – arbitrairement fixé par conjecture – de 94 ans ! Mais il suffisait, en réalité, de le faire naître vers 350 seulement (en abandonnant tout lien avec Platon) pour pouvoir fixer sa disparition peu après 278, à l’âge de 74 ans, en conformité avec la leçon fournie par la plupart des anciennes éditions de Diogène Laërce.

La section suivante (§ V) traite de la façon dont s’est opérée au XXe siècle la révision de la chronologie de Ménédème. Quand apparurent, vers 1900, de nouveaux documents éclairant la composition de l’Amphictionie de Delphes après 280, K. J. Beloch en tira d’abord (1904), la conclusion qu’en 274/3 la cité d’Érétrie parvint à se libérer de la tutelle du roi Antigone à la faveur des succès de son rival Pyrrhos : c’est alors que Ménédème se serait exilé en Macédoine pour y mourir peu après. Mais la documentation s’étant bientôt enrichie de quelques pièces capitales, le même savant fut plus tard (1927) amené à reconnaître que l’indépendance de la cité devait remonter à une date antérieure, l’année 274/3 n’ayant marqué dès lors, selon lui, qu’un renversement politique, avec le remplacement de Ménédème par son adversaire Aischylos en tant que représentant des Eubéens à l’Amphictionie ; obligé de s’exiler peu de temps après cette « révolution », le philosophe serait mort vers 265 seulement (à l’âge de 74 ans). Reconstitution ingénieuse et très largement adoptée, qui ne peut plus, cependant, être acceptée telle quelle depuis qu’en 1956 a pu être daté très précisément un fragment inscrit prouvant que Ménédème était encore actif à Delphes vers 269/8 av. J.-C.

Par ailleurs, une nouvelle donnée a été apportée, en 1991, à travers la réédition critique de la « Vie de Ménédème » chez Diogène Laërce (§ VI). En effet, l’auteur du présent mémoire a pu y démontrer que s’imposait, pour la durée de la vie du philosophe, la leçon – négligée depuis trois siècles ! – du témoin le plus fiable, le Burbonicus (B), qui donne le chiffre de 84 ans. Il n’y a donc plus aucune difficulté à admettre que, né vers 345 (et mort vers 262 seulement en Macédoine), Ménédème fut en mesure vers 280, à l’âge de 65 ans, de faire le voyage d’Alexandrie. De fait, il est rappelé (§ VII) que, d’après son biographe, il avait noué des liens avec les souverains de l’Égypte, ayant même été accusé en 288-287 – quand la flotte lagide prit le contrôle des Cyclades et put intervenir en Attique – de vouloir livrer la cité à Ptolémée ; d’autre part, c’est vers la fin des années 280 que l’on doit placer son ambassade – dûment attestée – « auprès de Ptolémée ». Cette délégation s’avère aujourd’hui identifiable à celle que les Érétriens, à l’instar des Athéniens, durent envoyer à Alexandrie pour la première célébration de la fête des Ptolémaieia en 282 (plutôt qu’en 278 seulement). C’est donc peut-être au titre d’architheôros, ou « conducteur de l’ambassade sacrée » – comme le fut l’Athénien Kallias au témoignage du décret voté en son honneur – que Ménédème se présenta devant Ptolémée Philadelphe : cela achèverait de rendre compte du rôle que le Pseudo-Aristée lui fit jouer lors de la prétendue réception des herméneutes juifs en 283/2 précisément (2e année de la 124e olympiade).

Dans un appendice (après publication d’un fragment épigraphique inédit trouvé naguère à Érétrie et prouvant l’existence d’un monument en l’honneur d’un « roi Ptolémée »), il est question de la plaque d’autel d’Arsinoè Philadelphos découverte en 1989 dans la fouille d’une maison érétrienne d’époque hellénistique. Document d’un intérêt historique peu commun, puisqu’il atteste que cette cité de l’Eubée – la plus occidentale de toutes les poleis égéennes à avoir livré (avec celles de Chypre) une plaque de ce type (dont la nature fut mise en lumière par L. Robert) – se trouva très temporairement, peu après 270, dans l’orbite ptolémaïque. Or, les vicissitudes de l’histoire érétrienne, telles qu’elles ressortent de la Vie de Ménédème, rendent probable que le culte d’Arsinoè fut institué à Alexandrie dès l’été 270, et non pas seulement en juillet 268 (date du décès de la reine selon la chronologie adoptée par un certain nombre de spécialistes depuis l’étude d’E. Grzybek en 1990) : tandis qu’une flotille ptolémaïque venait mouiller, début 269, dans le port d’Érétrie et que les autorités de la cité étaient invitées à faire adopter le nouveau culte royal, Ménédème fut accusé de vouloir livrer la ville à son « élève » le roi de Macédoine et dut s’enfuir à l’Amphiareion d’Oropos.

Érétrie n’en tomba pas moins – encore avant l’automne de cette année-là – aux mains d’Antigone. Ce fut le casus belli déclenchant la guerre de Chrémonidès, déclarée par Athènes contre la Macédoine en septembre 269 (selon la nouvelle datation proposée par S. Birne et M. Osborne pour l’archonte athénien Peithidèmos), et cela avec le soutien explicite de Ptolémée Philadelphe, agissant conformément à la volonté de sa sœur-épouse (alors déjà décédée, selon toute probabilité). Ainsi prenait fin, à Érétrie, l’époque – des plus brillantes – caractérisable comme « Siècle de Ménédème ».

The historians of the Septuagint have remained uncertain about whether the intervention of Menedemos of Eretria (on the island of Euboea) as a spokesman for Greek philosophers at the banquet offered by King Ptolemy to the seventy-two translators of the Hebraic Pentateuch relied on facts or, as most scholars believe, on pure fiction. Indeed, the Letter of Aristeas to Philocrates has long been considered to lack historical value. However, a fresh reexamination of the problem is now justified by the progress made in the study of Menedemos’ life, thanks to several discoveries. This article first presents (§ I) the ancient and byzantine texts that, in the wake of Pseudo-Aristeas (ca. 150 B.C.), mention the presence of Menedemos with king Ptolemy Philadelphos and Demetrios of Phaleron at the time of the foundation of the Library of Alexandria. The article then (§ II) examines the reasons that made the author of the Letter select Menedemos for such a mission — a surprising choice at first glance. It appears that the philosopher enjoyed great prestige among the intellectuals of Alexandria. Several biographical and poetical works present him in a favorable light, depicting him as a lover of tragic poetry, a wise man accomplished in the art of debate and politics, who enjoyed influential connections with several kings, thus making him the ideal speaker for debating the duties of kingship with the Jewish interpreters and the Ptolemaic king.

In a following section (§ III) the author deals with chronology, showing why the supposed obstacle to accepting the presence of Menedemos in Alexandria around 280 should be removed. The date of Menedemos’ death in 287, accepted without discussion by several modern scholars, is an accidental corruption (which occurred in 1951) of the date of 278, which has been commonly accepted in historical and philosophical works. However, the date of 278 results from a long-obsolete reconstruction of Menedemos’ life, as shown by the examination of the first studies questioning the authenticity of the Letter of Aristeas in the 17th century (§ IV). Indeed, it was believed that his birth, around 370 allowed him to be student of Plato in ca. 350. This extended his life until the brutal end of his career in 278, marked by a decree honoring king Antigonos Gonatas, after which he died in exile at the age — arbitrarily reached by conjecture ! — of 94. A birth around 350 (thus discarding any link with Plato) would set his death shortly after 278, at the age of 74 years old — in accordance with most of the older editions of Diogenes Laertius.

The following section (§ V) offers a revised chronology of Menedemos’ political career. Based on inscriptions — discovered at the very end of the 19th century — throwing new light on the composition of the Delphic Amphictiony after 280, K.J. Beloch first concluded (1904) that Menedemos exiled himself to Macedonia in 274/3 (and died shortly after), when Eretria managed to escape Antigonos’ control thanks to the successes of his rival Pyrrhos. Several significant pieces were later added to this dossier. In 1927 Beloch was forced to admit that Eretria’s independence must have taken place earlier, while the year 274/3 marked only a political upheaval with the replacement of Menedemos as Euboean representative to the Amphictiony by his opponent Aischylos. Forced to exile himself a little after that event, Menedemos would have died around 265. Although this ingenious reconstruction was widely followed after its publication, it cannot be accepted because an inscription revisited in 1956 proved that Menedemos was still active in Delphi around 269/8.

Moreover, new evidence was provided in 1991 thanks to the critical edition of Diogenes Laertius’ Life of Menedemos (§ VI) by the author of the present article. This study demonstrated that the Burbonicus testimony, neglected in the past three centuries, provided a reliable lifetime of 84 years rather than 74 years for the philosopher. Therefore, no obstacle prevents us from recognizing that Menedemos, who was born around 345 and died ca. 262 in Macedonia, was able to travel to Alexandria at the age of 65. In fact (§ VII), according to his biography, Menedemos established links with the Ptolemaic kings and was even accused of handing over Eretria to Ptolemy in 288-287 when the Ptolemaic fleet took control of the Cyclades and intervened in Attica. Moreover, it is towards the end of the 280s that one must date his embassy, well attested, “to king Ptolemy”. This mission can now be identified with the delegation sent by the Eretrians (as well as the Athenians) to Alexandria for the first celebration of the festival of the Ptolemaieia in 282 (rather than in 278). Therefore, it is probably as architheôros (“leader of the sacred embassy”) — a title held by the Athenian Kallias based on the decree voted in his honor — that Menedemos met Ptolemy Philadelphos. This would account for the role Menedemos played during the alleged reception of the Jewish interpreters in 283/2 staged by Pseudo-Aristeas (second year of the 124th Olympiad).

The appendix (after the publication of a new inscribed fragment discovered in Eretria and proving the existence of a monument dedicated to “King Ptolemy”) deals with the forepart of an altar of Arsinoe Philadelphos discovered in 1989 during the excavation of a Hellenistic house. Eretria is the westernmost Aegean polis to provide, along with cities of Cyprus, a fragment of this type (whose nature was brought to light by L. Robert). This document of exceptional historical value shows that Eretria was temporarily in the Ptolemaic sphere of influence shortly after 270. The vicissitudes of Eretrian history, recorded in the Life of Menedemos, suggest that the cult of Arsinoe was instituted in Alexandria from the summer of 270, and not in July 268 (still considered by many scholars to be the date of the Queen’s death according to Erhard Grzybek’s 1990 chronology). While a Ptolemaic flotilla dropped anchor in the harbor of Eretria at the beginning of 269 and the authorities were invited to adopt the new royal cult, Menedemos was accused of handing over the city to his “student” the King of Macedonia and was forced to flee to the Amphiareion at Oropos.

Nevertheless, before the autumn of the same year, Eretria fell into the hands of Antigonos. This was the casus belli sparking the Chremonidean War, which was declared by Athens against Macedon in September of 269 (according to the new date suggested by S. Birne and M. Osborne for the Athenian archon Peithidemos), and with the explicit support of Ptolemy Philadelphos, acting on behalf of his sister-wife (already deceased, in all likelihood). So ended at Eretria one of the brightest periods of its history, the so-called “Age of Menedemos”.

(Translated by Professor Sylvian Fachard, Lausanne and Athens)

« La « villa maritime » des Lecques à Saint-Cyr-sur-Mer (Varl. Documents inédits et essai de synthèse », Henri LAVAGNE, Vice-Président de Ι’Académie, et Claude Varoqueaux.

La villa des Lecques à Saint-Cyr-sur-Mer (Var) avait fait l’objet de plusieurs études parcellaires depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle, certaines étant dues à des « antiquaires » comme le célèbre abbé Barthélemy ou à des archéologues modernes comme Adrien Blanchet au début du XXe siècle. Cet article s’appuie à la fois sur ces premiers comptes rendus mais aussi sur un rapport inédit de l’architecte M. R. Penchaud conservé dans les archives de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. On a également eu recours à des rapports de l’archéologue Claude Varoqueaux qui avait pratiqué dans les années 70 une série de sondages de contrôle dans les parties hautes de la villa afin de préciser les diverses étapes de sa construction. L’ensemble de ces témoignages permet de présenter aujourd’hui une synthèse sur cette « villa maritime » dont certaines sculptures permettent d’assurer qu’elle appartenait à un membre de l’ordre équestre.

The roman villa at Saint-Cyr-les-Lecques (department of the Var, in the south east French Riviera) has been partiallly studied from the XVIIth century, by famous archaeologists such as abbot Barthélemy and Adrien Blanchet. The article is an essay for a synthesis using these preliminary reports but also a long inedited account written by the architect M. R. Penchaud at the beginning of the 19th century. Eventually, Mrs. Cl. Varoqueaux, archaeologist of the CNRS, who made excavations on the site more recently, has also given a new contribution to confirm the chronology of the different phases of the construction. Paintings and mosaics of italic style are also more fully described. Sculptures also authorized the hypothesis that the owner was a member of the equestrian order.

« Liberté personnelle et dynamique sociale dans la Catalogne carolingienne. L’exemple du comté de Conflent autour de l’abbaye d’Eixalada-Cuxa », par Alain Sigoillot.

Une exceptionnelle série de procès et des extraits d’actes privés laissent entrevoir la société du Haut-Conflent dans la seconde moitié du IXe siècle. Des petits propriétaires, qualifiés de civiti, parfois relativement riches, exploitent un parcellaire morcelé dans lequel vint s’insérer, via des achats ou des donations, la communauté d’Eixalada-Cuxa, fondée dans les années 840. Tandis que la villa de Prades faisait l’objet d’un peuplement planifié par le monastère de La Grasse, le patrimoine d’Eixalada-Cuxa épousa la forme éclatée de la propriété paysanne. L’élevage, en particulier de chevaux, semble avoir constitué l’essentiel de ses ressources. L’abbaye dynamisa la vie économique du Haut-Conflent sans en bouleverser les structures sociales. Le comte et les abbés entrèrent, parfois, en conflit avec la population libre. Ils ne sont, cependant, pas parvenus à instrumentaliser l’appareil judicaire et, dans le cas d’un procès de liberté, le comte fut même contraint d’abandonner ses prétentions.

An exceptional collection of placita and private charters extracts allow a glimpse of the Haut-Conflent society in the second half of the 9th century. Small peasant owners, called civiti, sometimes relatively wealthy, farmed fragmented parcels in which the abbey of Eixalada-Cuxa, founded in the 840s, has inserted itself through land purchases or donations. While the villa of Prades was the subject of a settlement planned by the monastery of La Grasse, the Eixalada-Cuxa estate took the scattered form of the peasant property. Breeding, especially horses, seems to have made up the bulk of its resources. The abbey energized the economy of the Haut-Conflent without upsetting its social structures. The count and the abbots sometimes clashed with the free peasants. They were, however, unable to manipulate the judicial apparatus and, in the case of a dispute about a peasant free status, the count was even forced to abandon his claims…



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