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Journal des Savants : Juin-Décembre 2018

244 p., 110 ill.
Parution : décembre 2018
Abonnement : l’année 2018 en 2 fasc., particuliers : 80 € ; institutions : 100 €.







Sommaire et résumés

« L’Apollon de Piombino », par Nathan Badoud.

Bien que l’Apollon de Piombino occupe une place éminente dans l’histoire de l’art occidental depuis sa découverte en 1834, son importance véritable reste à établir. Elle tient d’abord à ce que cette statue de bronze n’est pas : elle n’est ni une oeuvre des VIe-Ve siècles av. J.-C. ni un pastiche produit un demi-millénaire plus tard pour satisfaire la demande d’un « marché de l’art » romain sur lequel elle aurait été introduite comme un « faux » dont l’apparente ancienneté aurait eu pour but de duper quelque acheteur potentiel. Cette dernière hypothèse a largement compromis la bonne intelligence de l’art dit « archaïsant » – lequel est en réalité une métareprésentation qui ne figure pas son sujet mais l’image de ce dernier, instituée comme telle par le recours aux conventions stylistiques d’un autre temps. L’Apollon de Piombino en est le plus parfait exemple : produit à Rhodes et consacré à l’Athéna de Lindos à la fin du IIe siècle av. J.-C., il était tout à la fois une offrande de son temps et la reviviscence d’une offrande archaïque, une exaltation de l’hellénisme des origines qui ne fut pas conçue pour Rome, mais contre Rome, au moment où le monde grec achevait de lui succomber. En 22 ap. J.-C. les Lindiens durent se résoudre à vendre une partie des statues élevées dans le sanctuaire d’Athéna pour faire face à la crise financière consécutive aux guerres civiles ; c’est alors seulement, sans doute, que l’Apollon fut envoyé en Italie, où le goût pour le style archaïque commençait tout juste à se développer, porté par la révolution augustéenne.

« Le commerce à Byzance (VIIIe-XIIe s.) : réglementation et pratique », par James Howard-Johnston.

La céramique conservée, tant les amphores, contenants des denrées que la vaisselle de table sigillée, diffusée dans tout l’empire, témoigne d’échanges commerciaux complexes, intenses et à grande échelle dans l’Antiquité. Les historiens de l’économie en ont inféré que l’État, comme organisateur d’un transport de masse des denrées vers les centres urbains, déterminait ainsi la structure des échanges des autres marchandises, évoquant à l’appui de leur thèse le corpus textuel limité centré sur les interventions publiques. Mais il est des textes qui indiquent plutôt le rôle déterminant des marchands et soulignent l’échelle et la variété de la production manufacturière. La lutte de Byzance pour sa survie (VIIe-VIIIe s.) conduisit à une organisation économique quasi-administrée mais ne mit pas fin à l’entreprise privée dans ses territoires centrés sur la mer Égée. Seuls quelques textes isolés traitent du commerce à l’époque suivante. Mais on en retire l’image d’un commerce dynamique dans lequel l’État se contentait de contrôler un marché libre en partenariat avec des guildes reconnues. Les mécanismes de régulation varièrent avec le temps mais visaient à séparer la production en phases distinctes supervisées par des guildes spécialisées, à organiser des cartels chargés de négocier le prix des importations et à instituer un système de bazar pour le commerce de détail. Cette production et ce commerce actifs peuvent être à nouveau suivis à l’époque où s’installe l’hégémonie italienne, et la céramique de table sert à nouveau de traceur archéologique.

« Gabriel de Chinon, missionnaire dans l’Empire safavide (1647-1668) », par Jean-Pierre MAHÉ, membre de l’Académie.

Quittant la France pour le Proche-Orient, puis la Perse safavide, à la fin du règne de Louis XIII, le Capucin Gabriel de Chinon meurt à Érévan en 1668. Ses Relations nouvelles du Levant paraissent à Lyon en 1671, dans un texte révisé par le savant Abbé Moréri, au service de Monseigneur François de Piquet. On y chercherait en vain des précisions biographiques sur l’auteur, qui s’interdit toute valorisation de ses activités personnelles. Le peu qu’on sache de lui se trouve dans les archives de son ordre. Son ouvrage se présente comme un traité de science missionnaire analysant les trois strates religieuses de l’Empire safavide : l’islam shî’ite, les christianismes orientaux (arménien et syriaque), et les « Gaures » zoroastreiens. Maîtrisant l’arabe, l’arménien, le turc et le persan au point de pouvoir mener des débats publics dans chacune de ces langues, Gabriel a produit des notices précises, pénétrantes et fort bien informées. Il est un des premiers Occidentaux à comprendre l’originalité de l’islam shî’ite, à décrire la famille patriarcale arménienne et les particularités de la christologie et des rites arméniens, à exposer exactement les dogmes, les mythes et les pratiques des zoroastriens de son époque à Kerman et à Ispahan. Sur ce dernier point, il a été plagié par Tavernier. Sa vision politique de la Perse safavide et son analyse des impasses du dialogue islamo-chrétiendemeurent fondamentales.



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