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Journal des Savants : Janvier-Juin 2015


204 p., 47 ill.
Parution : juin 2015
Abonnement annuel (deux fascicules) : 100 €.


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Sommaire et résumés

Le tarandos de Théophraste, un animal réel à l’origine d’une créature de fantaisie », par Mme Suzanne Amigues, correspondant de l’Académie.

Des ouvrages zoologiques de Théophraste, seuls quelques fragments sont parvenus jusqu’à nous. Ainsi pouvons-nous lire un large extrait dû à Photius (Bibliothèque, 278 525 a30-b21) du traité de Théophraste, Les animaux qui changent de couleur. À côté du poulpe et du caméléon, tous deux bien connus en Méditerranée orientale, apparaît inopinément une description détaillée d’un animal sauvage appelé tarandos « qui se rencontre chez les Scythes ou les Sarmates », c’est-à-dire dans l’extrême nord de l’Europe. Bien que son nom reste inexpliqué, depuis longtemps cet animal de la taille d’un bœuf, à sabots fourchus, cornes ramifiées, et surtout remarquable par son changement de couleur, a été identifié avec le renne. Il restait à voir par quelle voie et de qui, aux environs de 350-300 av. J.-C. le naturaliste grec a pu obtenir de tels renseignements précis sur une espèce aussi peu commune, qui devint une créature de fantaisie dans la littérature plus tardive.

Autour des sources de la pensée politique dans l’Angleterre médiévale (XIIIe-début du XIVe s.) : la contribution de Thomas Docking, William de Pagula et Roger de Waltham à la réflexion sur les pouvoirs, par Mme Frédérique Lachaud.

On s’accorde généralement sur la pauvreté de la théorie politique en Angleterre après la publication du Policraticus (1159) de Jean de Salisbury, surtout en regard de la richesse de la documentation administrative et des innovations des réformateurs lors des crises de 1215, 1258-1265 et 1297. L’étude de l’œuvre de quelques auteurs jusqu’ici relativement négligés peut toutefois remettre en question cette vision des choses, ou du moins donner une idée des paramètres larges entre lesquels se développait la réflexion politique. Thomas Docking, un franciscain d’Oxford peut-être proche du mouvement baronnial au milieu du XIIIe siècle, William de Pagula et Roger de Waltham, qui écrivirent tous deux dans le contexte troublé de la fin du règne d’Édouard II et du début du règne de son fils, sont les trois auteurs dont l’œuvre est étudiée ici. Si les questions liées au conseil et à la limitation du pouvoir n’apparaissent pas au premier plan de leur réflexion, on voit cependant qu’ils ont tous à cœur de promouvoir un pouvoir marqué par la mesure et par le respect des sujets ; mais ce pouvoir est précaire, et sa sauvegarde repose sur les liens d’affection que le roi peut établir avec ses sujets.

D’un palais (1643) l’autre (1668) : les bibliothèques Mazarine(s) et leur décor , par M. Yann Sordet, directeur de la bibliothèque Mazarine.

L’examen de plusieurs documents inédits permet aujourd’hui de proposer une chronologie précise des localisations successives des bibliothèques parisiennes de Mazarin, de l’hôtel de Clèves à l’hôtel de Chevry-Tubeuf, puis sur le site actuel de la bibliothèque Mazarine. Cette enquête renouvelle la connaissance du décor de la grande « bibliothèque des colonnes » et identifie les acteurs responsables de sa mise en place (1648) et de son transfert, désormais daté en toute certitude de mai à août 1668. On révèle la part prise par plusieurs artisans, notamment les menuisiers Pierre Dionys, collaborateur du peintre Charles Errard dans les années 1640-1660, et Jean Charon, qui réajusta le décor dans le palais conçu par Le Vau pour le nouveau Collège Mazarin. On revient à cette occasion sur l’interprétation classique selon laquelle la Mazarine introduit en France le modèle architectonique de la bibliothèque moderne, on interroge les principes qui ont présidé à son aménagement, et on la confronte aux modèles qui ont inspiré son dessin : l’Escorial (1563-1584), l’Ambrosiana (1609), la Barberiniana (1630), la bibliothèque inachevée de Richelieu (1642). Plusieurs circonstances auraient pu entraîner la disparition, ou bien une modification significative de ce décor depuis le XVIIe siècle. La révérence au fondateur, le souci d’économie, les principes « patrimoniaux », mais également le fonctionnement bibliothécaire, constituent autant de facteurs qui tour à tour l’ont préservé, parfois contradictoirement et souvent in extremis.

Le voyage dans le Levant de Louis-Auguste de Forbin, peintre, directeur du musée royal du Louvre (1816-1841), en mission pour les antiques (1817-1818), par Mme Rose-Marie Le Rouzic.

Peintre de formation, issu de la noblesse provençale, Louis-Auguste de Forbin se forme dans plusieurs ateliers dont celui de David après la Révolution. Ses divers séjours en Italie entre 1802 et 1812 avec son ami Granet lui permettent de travailler sur le motif et de développer un réseau de relations parmi artistes et collectionneurs. En 1816, il succède à Vivant Denon à la direction du musée royal du Louvre. Sa nomination intervient juste après la phase des restitutions d’œuvres aux nations étrangères spoliées par Napoléon. La mission de Forbin est double : reconstituer les collections et encourager les artistes. Son rôle pour les antiques va s’exercer autant par des acquisitions en France que dans le Levant, où il se rend avec plusieurs artistes de son choix en 1817-1818. Ce périple qui le conduit successivement dans l’Empire ottoman, en Syrie, Égypte et Palestine, lui permet de faire des fouilles et d’acheter des œuvres pour le musée (statuaire, bas-reliefs, céramique). À son retour, il livre un récit de voyage et des planches inédites illustrant avec précision les sites traversés, que complètent les travaux de ses compagnons, Huyot et Prévot.

Rodolphe Dareste (1824-1911), helléniste : de la fable à l’histoire du droit, par M. Jacques JOUANNA, membre de l’AIBL.

Rodophe Dareste de La Chavanne, membre de l’Académie des sciences morales et politiques (1878), est connu surtout par sa carrière juridique et par ses œuvres sur le droit en général dont sa Justice administrative en France publiée en 1862. À l’occasion de la réimpression en 2012 de cet ouvrage, un colloque s’est réuni à la Cour de cassation le 28 mars 2013. Le présent article est l’une des communications présentées à cette occasion. Tout en étant juriste, Dareste n’abandonna pas sa passion première pour la Grèce. Il contribua en particulier par ses études sur l’histoire du droit en Grèce ancienne ou par ses traductions de Démosthène à fonder une science du droit grec éclipsé jusqu’alors par le droit romain. L’objet de l’article est de montrer en suivant les grandes étapes de sa vie et de son œuvre d’helléniste la place qu’il tint et le rôle qu’il joua dans l’hellénisme, dans la France de la seconde moitié du XIXe siècle et du début du XXe, soit seul, soit en collaboration avec Théodore Reinach et Bernard Haussoulier, qui furent, eux, membres de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Dans sa préface à ses Nouvelles études d’histoire du droit en 1902, vers la fin de sa vie, il écrivait encore : « La Grèce est pour nous une matière inépuisable. »



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