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Lauréats 2020

Prix 2020 : Mme Hélène Njoto


Le Prix Flora Blanchon couronne une thèse se distinguant dans les domaines d’études portant sur l’Extrême-Orient en vue d’en aider la publication.

La thèse soutenue en 2014, à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), par Mme Hélène Njoto, historienne de l’art et de l’Asie du Sud-Est, s’intitule : « Histoire des innovations architecturales à Java (XVIe s.-début XIXe s.) ». Elle montre que ces innovations, fruit d’une créativité sans égal de la part de souverains javanais, furent possibles grâce à leur collaboration avec des maîtres d’œuvre chinois et européens. 

En quête de prestige, alors que Malacca, Manille et Batavia étaient déjà bâties en dur, les nouveaux sultanats javanais tentèrent de rivaliser entre eux et avec ces comptoirs maritimes en adoptant de plus en plus systématiquement la technique de la maçonnerie à mortier, ceci dès la fin du XVIe s. Cette technique, apportée par les maîtres d’œuvre chinois puis par les Européens, bouleversa le paysage urbain javanais et plus tard indonésien. Elle permit de multiples innovations et une variété inattendue de formes du bâti, mêlant éléments locaux, sinisés et européens. Apparaissent également des pratiques d’habitation nouvelles dans des maisons désormais fermées avec un mobilier assis. 

Cette période correspond aux trois premiers siècles et demi de présence européenne à Java, un moment de liberté presque totale avant l’installation des administrations coloniales et l’intervention d’ingénieurs européens au milieu du XIXe s. L’émulation technique et artistique manifeste entre ces trois communautés nuance fortement l’idée d’une rencontre manquée, suggérée par l’étude de chroniques de cour et autres textes javanais et malais. L’étude de la culture matérielle met au contraire en évidence un intérêt certain pour les savoirs étrangers, chinois et européens sur le temps long. La guerre de Java (1825-1830), qui marque la fin de cette période d’émulation entre les trois communautés, signe l’interruption des grands projets architecturaux javanais à la période moderne.

Prix 2020 : Mme Diane Zhang-Goldberg


Mme Diane Wen Zhang-Goldberg, archéologue et historienne de l’art, a soutenu en 2017 sa thèse de doctorat en archéologie des périodes historiques à l’Université de recherche Paris Sciences et Lettres-École pratique des Hautes Études, sur « Les vestiges funéraires Xixia et leur interprétation : art, rites et croyances dans l’au-delà au royaume des Tangoutes ».

Sédentarisés dans le Nord-Ouest de la Chine sous la dynastie Tang, les Tangoutes créent sous les Song l’empire Xixia (en 1038), que les armées de Genghis Khan détruiront en 1227. Ce travail de recherche examine la culture funéraire des Xixia. Il se fonde sur une étude exhaustive des tombes fouillées à partir des années 1970. Leur nombre est limité, mais leur variété permet de dresser un tableau relativement complet dans la mesure où ces sépultures appartiennent à des classes sociales différentes, de la population ordinaire jusqu’aux souverains inhumés dans un cimetière impérial, en passant par des aristocrates et des moines. L’analyse des sources écrites vient étoffer celle des vestiges archéologiques. Peu nombreuses, elles présentent cependant l’avantage d’avoir plusieurs origines : il s’agit principalement de sources chinoises (annales historiques, témoignages de lettrés ou fonctionnaires), mais également de textes administratifs ou juridiques Xixia. Elles permettent entre autres de confirmer la diversité des pratiques funéraires (la crémation et l’ensevelissement constituant deux modes récurrents) et leur spécificité en fonction de la classe sociale, ou même de l’âge du défunt. La comparaison des vestiges funéraires Xixia avec ceux des Chinois et des autres peuples dits périphériques permet, quant à elle, de mettre en lumière l’originalité et la créativité des Tangoutes, en particulier dans leur architecture funéraire. Ces traits se manifestent d’ailleurs jusque dans la personnalisation des tombes ou l’élaboration de motifs décoratifs spécifiques. Les sépultures Xixia semblent ainsi constituer de véritables tombes-portraits, symboles d’idiosyncrasies collectives et individuelles caractéristiques d’une civilisation qui s’est développée sur un territoire propice aux échanges commerciaux et culturels, sous l’influence structurante du bouddhisme mais sans rupture avec la tradition tangoute.

Bourse 2020 : Mme Jade Thau

Mme Jade Thau, historienne de l’art, prépare une thèse de doctorat à Aix-Marseille Université intitulée : « L’affiche de propagande vietnamienne de 1945 à nos jours : entre manipulation idéologique et communication institutionnelle, approche de la rhétorique visuelle d’un médium à la portée de tous ».

L’affiche de propagande vietnamienne se développe en 1945 lors de l’émergence du mouvement d’indépendance vietnamien envers le régime colonial français. Suite à la reconnaissance de la République démocratique du Vietnam en 1954, elle devient un « outil officiel d’État » dont l’organisation de la production et de la diffusion s’institutionnalise, augmentant ainsi son nombre de tirages et sa visibilité. Jusqu’en 1975, le pays est divisé en deux et, dans le Nord, en liason étroite avec le bloc socialiste, le réalisme socialiste devient le facteur déterminant de l’art, si bien que même après la réunification, malgré́ la stabilisation et l’ouverture du pays, l’art est toujours géré par le Parti et les autorités selon les normes établies dans les années 70-80.

En raison du cadre classique de la peinture politique qui est déterminée par un programme iconographique imposé par l’instance publique, l’affiche de propagande est rarement considérée par la société́ civile comme étant artistique. Cependant, l’importance de sa production et de sa diffusion pendant plusieurs décennies et sa prédominance sur la scène artistique vietnamienne jusqu’à la réunification en 1975, ont très probablement impacté la culture visuelle populaire de cette société́ ainsi que sa définition et sa conception de l’art et de l’artiste. Grâce à une étude prosopographique des peintres, une étude de l’organisation institutionnelle de la production et de la diffusion de la propagande ainsi qu’une analyse des thèmes, de l’iconographie et des slogans, cette thèse a pour objet de déterminer en quoi et comment l’usage de l’affiche de propagande, objet mêlant art et politique, a eu des répercussions sur la culture visuelle populaire du pays et a conditionné l’idée de l’art et de l’artiste dans la société́ contemporaine.


Bourse 2020 : Mme Junyuan Jia


Mme Junyuan Jia, historienne, prépare une thèse de doctorat à l’École des Hautes Études en Sciences sociales (EHESS) sur : « La circulation du label Pathé en Chine (1906-1949) : circulation et réception de la musique entre la Chine et l’Occident ».

La recherche de Mme Junyuan Jia consiste à étudier les activités professionnelles de la compagnie Pathé Frère en Chine républicaine (1912-1949). Aujourd’hui, en Chine et dans l’aire culturelle chinoise, l’appellation Bǎi dài 百代, la transcription phonétique de Pathé en chinois mandarin, ainsi que le logo de coq de Pathé Frère reste toujours bien connue et emblématique dans le monde discographique, musicologique et dans le domaine du théâtre traditionnel, bien qu’en France, la compagnie Pathé Frère ait arrêté ses activités dans l’édition musicale depuis les années 1930. Cet écart a attiré l’attention de Mme Junyuan Jia et l’a encouragée à engager une recherche sur l’histoire du label Pathé en Chine. À travers de l’exemple de Pathé, le but de cette recherche est de donner une analyse historique et socio-culturelle sur les activités artistiques et commerciales dans l’industrie discographique chinoise au cours de sa phase initiale, ainsi qu’une étude sur la circulation de la musique chinoise et la réception de celle-ci en Europe dans la première moitié du XXe siècle.

Source d’illustration : baidai yuekan, No.1 Vol.1, 1937 juillet

Bourse 2020 : Mme Daphné Sterk

 

Mme Daphné Sterk, historienne de l’art, prépare une thèse de doctorat à la Sorbonne sur : « Les premiers musées chinois : enjeux patrimoniaux, scientifiques et esthétiques (1911-1949) ».

Cette étude porte sur le développement des musées en Chine durant la période républicaine (1911-1949) et analyse en particulier la constitution et l’exposition des collections d’art et d’archéologie. Trois parties structurent cette thèse. La première (compréhension et appropriation du concept de musée) a pour fonction d’éclairer le contexte culturel et intellectuel dans lequel les premiers musées se sont développés et de revenir en détail sur la genèse de cette histoire en Chine. Elle entend montrer que l’implantation du musée n’a pas pris la forme d’une simple et unique « réception » du concept européen mais d’une adaptation au sein d’une culture riche d’une longue tradition de conservation des œuvres d’art. La deuxième partie (développement institutionnel et enjeux nationaux) a pour objectif d’améliorer nos connaissances sur les institutions muséales et leur fonctionnement durant la période républicaine. Il s’agira d’étudier la signification symbolique de ces lieux, leurs acteurs et l’usage qu’ont pu en faire les pouvoirs en place. Enfin, la troisième partie (aspects muséographiques et architecturaux) est centrée sur l’étude des musées en tant qu’espaces vécus dans leur réalité quotidienne et technique. L’enjeu sera aussi de montrer comment les nouvelles pratiques d’expositions publiques ont fait évoluer les regards sur certaines œuvres exposées. Ce travail de recherche adopte une approche transdisciplinaire afin d’offrir un aperçu global du phénomène muséal durant la période républicaine, des « représentations » qui y sont en jeu aux réalités matérielles.



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