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Lauréats du Prix Christiane et Jean Guilaine 2021

Le prix Christiane et Jean Guilaine 2021 est décerné à Anne-Marie et Pierre Pétrequin pour couronner leurs recherches archéologiques consacrées aux sites lacustres du Jura français, leurs programmes novateurs sur la circulation à travers l’Europe néolithique des grandes haches polies en jade provenant des Alpes occidentales, ainsi que pour leurs travaux pionniers d’ethno-archéologie, conduits notamment en Nouvelle-Guinée.

Anne-Marie Pétrequin, née en 1951, et Pierre Pétrequin, né en 1943, sont tous deux préhistoriens. Depuis 1972, ils travaillent ensemble et sont aujourd’hui rattachés à la Maison des Sciences de l’Homme et de l’environnement C.-N. Ledoux à Besançon, CNRS et Université de Bourgogne-Franche-Comté.

Depuis cinquante ans, ils dirigent des programmes de fouille et d’analyse sur les habitats néolithiques les mieux conservés de France : les villages littoraux des lacs du Jura français, où les vestiges organiques, en particulier bois, outils, vanneries, tissus et restes alimentaires ont été préservés sous le niveau de l’eau (4000-2600 av. J.-C.). Ce travail de longue haleine leur a valu le Prix national de l’Archéologie en 1992.

Pour proposer de nouveaux concepts de recherche, Anne-Marie et Pierre Pétrequin ont développé l’approche ethnoarchéologique, c’est-à-dire l’utilisation d’exemples ethnologiques actuels pour construire des hypothèses interprétatives à croiser avec les données archéologiques. Dans ce domaine autrefois contesté, leurs premières missions ont débuté dès 1976 en Afrique occidentale, en République populaire du Bénin, dans les villages amphibies du lac Nokoué. Puis à partir de 1984, ces chercheurs ont effectué vingt-quatre missions en Nouvelle-Guinée, en particulier sur le thème de la fabrication, la diffusion et la signification sociale des haches de pierre parmi des communautés d’agriculteurs en ambiance forestière. Pour la construction de ces nouveaux modèles théoriques et leur application au Néolithique d’Europe occidentale, Pierre Pétrequin a reçu la Médaille d’argent du CNRS en 1993.

Plus récemment, après dix années de prospection en altitude dans les Alpes occidentales, Anne-Marie et Pierre Pétrequin ont identifié en 2003 les exploitations de jade qui ont alimenté, durant tout le Ve et le début du IVe millénaire av. J.-C., des réseaux d’échange sur près de 2 000 km à vol d’oiseau. Cette découverte fondamentale a modifié en profondeur l’image que l’on se faisait du Néolithique. Le programme JADE : « Inégalités sociales et espace européen au Néolithique : la circulation des grandes haches en jades alpins », soutenu par l’Agence nationale de la Recherche (ANR), a permis l’analyse de milliers de haches polies entre Atlantique et mer Noire pour en retracer les axes et les modalités de circulation. Pour leurs travaux sur les haches alpines à l’échelle de l’Europe, Pierre Pétrequin et ses collaborateurs ont reçu en 2010 l’Europa Prize de la Prehistoric Society.

Les deux chercheurs abordent aujourd’hui l’imaginaire social, tant en Nouvelle-Guinée aujourd’hui qu’au Néolithique autrefois, et la signification idéelle des outils, des techniques et des comportements, dans un ouvrage en trois tomes publié en juin 2021.

Fig. 1. Anne-Marie et Pierre Pétrequin. Népal, 2013. Photo M. L. Guillot.

Fig. 2. La fouille du village littoral de CL VII à Clairvaux-les-Lacs (Jura), 2007. Premier tiers du IVe millénaire av. J.-C. Photo P. Pétrequin.

Fig. 3. L’introduction de la traction animale en France à la fin du IVe millénaire : le travois de CH 19 à Doucier (Jura), lac de Chalain, en cours de dégagement. 1999. Photo P. Pétrequin.

Fig. 4. Modèles ethnoarchéologiques d’habitat lacustre : le cas des villages actuels du lac Nokoué (République populaire du Bénin) : Awansouri-Toji. 1976. Photo P. Pétrequin.

Fig. 5. Reconstitution expérimentale d’une maison néolithique sur pilotis à Marigny (Jura), Îlot des Roseaux, d’après les données de fouille et les modèles ethnoarchéologiques du Bénin. Vue en eaux moyennes, un jour de brouillard. 1988. Photo P. Pétrequin.

Fig. 6. L’expérience de la vie sociale et technique en Nouvelle-Guinée. Anne-Marie dans l’abri-sous-roche de Wang-Kob-Me (West Papua, Indonésie), groupe Wano. 1985. Photo P. Pétrequin.

Fig. 7. L’outil emblématique du Néolithique : la hache polie. Abattage d’un arbre à l’herminette de pierre à Langda (West Papua, Indonésie). 1994. Photo P. Pétrequin.

Fig. 8. Les prospections entre 1000 et 3000 m d’altitude ont permis d’identifier des exploitations néolithiques de roches rares comme les jades ou la paragonite. Col des Thures, à 2000 m d’altitude entre Hautes-Alpes et Piémont. En bas à gauche, échantillons naturels de paragonite. À droite, anneau néolithique en paragonite découvert à Turin (Piémont), fin du VIe millénaire. Photo et DAO P. Pétrequin.

Fig. 9. Les grandes haches en jades alpins, dont la source principale est le massif du mont Viso (Piémont, Italie), ont été utilisées comme signes sociaux et objets sacrés, déposés dans des contextes cérémoniels. En bas, trois des haches du dépôt du Petit Rohu à Quiberon (Morbihan). En haut, alignements de menhirs du Ménec à Carnac (Morbihan). Photos et DAO AMP. et P. Pétrequin.

Publications fondamentales des lauréats :



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