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2021

Claude Brixhe

Né à Serrouville (Meurthe-et-Moselle) le 20 avril 1933, Claude Brixhe, qui avait été nommé correspondant de l’Académie le 17 décembre 1993, à la place de Francis Rapp, est décédé à Ars-Laquenexy (Moselle) le 2 mars 2021, à l’âge de 87 ans.

Helléniste et linguiste, considéré comme le « père de la dialectologie grecque », c’était le spécialiste internationalement reconnu des langues non grecques de faible attestation de l’Asie Mineure. On lui doit des travaux pionniers sur la phonétique évolutive et les interrelations linguistiques. Professeur émérite de linguistique ancienne à l’Université de Lorraine (Nancy), il dirigea les Presses universitaires de Nancy et une équipe du CNRS intitulée : « Diversité géographique et socio-linguistique du grec ancien ». Son originalité de dialectologue et sa compétence d’épigraphiste sur le terrain le conduisaient très souvent à effectuer des séjours d’été en Anatolie où il eut, de 1962 jusqu’à sa retraite en 1998, à séjourner près de vingt fois. Ses enquêtes le conduisirent notamment à rencontrer Michel LEJEUNE (1907-AIBL 1963-2000) avec lequel il co-publia en 1985 un Corpus des inscriptions paléo-phrygiennes. De son ample bibliographie savante, on retiendra également sa thèse de doctorat sur Le dialecte grec de Pamphylie. Documents et grammaire, parue en 1976 dans la Bibliothèque de l’Institut français d’Études anatoliennes d’Istanbul, son Essai sur le grec anatolien au début de notre ère (1987), un recueil réunissant des articles parus depuis 1975 et mis en cohérence avec les derniers résultats de ses recherches paru en 1996 sous le titre : Phonétique et phonologie du grec ancien I. Quelques grandes questions, sa collaboration à Polyxeni Tsatsopoulou-Kaloudi et al., Το ιερό του Απόλλωνα, Αρχαία Ζώνη Ι (Le temple d’Apollon, Zôné antique I), paru en 2015, où trois notices sur le temple d’Apollon, les inscriptions et la langue sont dues à sa plume, enfin un volume paru en 2016 sous le titre : Stèles et langue de Pisidie fournissant l’étude d’une quarantaine de documents. Auparavant, il avait présenté devant l’Académie deux communications très remarquées, publiées ensuite dans les Comptes rendus de l’Académie (CRAI) : « La date d’élaboration des alphabets grecs et phrygiens » (2004) et « Zoné et Samothrace, lueurs sur la langue thrace » (2006). Claude Brixhe contribuait également régulièrement au Bulletin épigraphique de la Revue des Études grecques.

Cyril Mango

Né le 14 avril 1928 à Istanbul, Cyril Mango, qui avait été nommé correspondant étranger le 31 mai 2002, à la place de Alvar Lopez, est décédé à Oxford le 8 février 2021, à l’âge de 92 ans.

Tout à la fois historien de l’art, archéologue, épigraphiste et philologue, Cyril Mango était un géant des études byzantines qui consacra une partie de sa longue carrière internationale à l’étude de sa ville natale, Constantinople. De 1963 à 1995, il professa, tour à tour, au King’s College de l’Université de Londres dans une chaire de langue et littératures grecques modernes et d’histoire byzantine, à Dumbarton Oaks (Washington D.C.) où il enseigna l’archéologie, enfin à l’Exeter College de l’Université d’Oxford où il tint des enseignements et des séminaires célèbres. Il forma plusieurs générations d’étudiants dont nombre sont devenus des maîtres contribuant par leurs travaux à la vigueur des études byzantines en Europe et aux États-Unis. Traducteur et commentateur de sources majeures comme les Homélies de Photius (1958), le Breviarium du patriarche Nicéphore (1990), les Lettres d’Ignace le diacre (1997) et la Chronique de Théophane le confesseur (1997), il publia beaucoup en français. Ami du regretté Gilbert DAGRON (1932-AIBL 1994-2015), il donna en 1983 des cours au Collège de France sur « Le développement urbain de Constantinople, IVe-VIIe siècle » qui furent édités dès 1985, puis réédités et complétés en 2004 et dirigea avec ce dernier, en 1993, un symposium mémorable à Oxford sur « Constantinople and its Hinterland », publié en 1995. Sa bibliographie compte plus de deux cents articles, dont un certain nombre a été réuni en 1993 dans un recueil intitulé : Studies on Constantinople. Parmi ses principaux ouvrages, se détachent tout particulièrement : Byzantium. The Empire of New Rome (1980), Byzantium and its image. History and Culture of the Byzantine Empire and its heritage (1984), ainsi que son essai intitulé : Deux études sur Byzance et la Perse sassanide (1985) qui a profondément renouvelé les connaissances sur l’affrontement de ces deux empires aux VIe et VIIe siècles. Cyril Mango fut, en 2002, le principal contributeur de The Oxford History of Byzantium. Membre de la British Academy, de l’American Academy of Arts and Sciences et du Deutsches Archäologisches Institut, il avait fait don de l’ensemble de ses livres à la bibliothèque Gennadeion à Athènes.

Jean RICHARD

Né au Kremlin-Bicêtre le 7 février 1921 dans une famille d’industriels d’origine autunoise, le Doyen Jean RICHARD, qui avait été élu membre de l’Académie, le 3 avril 1987, au fauteuil de Marcel SIMON, après avoir été nommé correspondant le 18 décembre 1970, à la place de Henri Rolland, est décédé à Dijon le 25 janvier 2021, à l’âge de 99 ans.

Médiéviste de très haute réputation internationale, il était universellement reconnu comme le meilleur spécialiste de deux domaines. D’une part, l’histoire de la Bourgogne depuis ses origines. D’autre part, celle des Croisades et de l’Orient latin. Sa maîtrise et son érudition dans chacun de ces domaines était d’ailleurs telle que certains savants étrangers ne voulaient pas croire que ses travaux émanaient d’une même personne. Personnalité scientifique exceptionnelle, il se distinguait par sa profonde courtoisie, une modestie enjouée et une bienveillance manifestée à chacun.

Ancien élève de l’École des Chartes, diplômé de l’École pratique des Hautes Études (IVe section) et ancien membre de l’École française de Rome, Jean RICHARD était professeur émérite de l’Université de Dijon où il enseigna durant plus de 30 ans, et ce dès l’âge de 34 ans, tout ensemble l’histoire, la littérature et le patois de la Bourgogne, après avoir exercé les fonctions d’archiviste de la Côte-d’Or. Doyen de la faculté des Lettres de cette Université de 1968 à 1971, il dirigea le Centre d’Études bourguignonnes de Dijon pendant pas moins d’un quart de siècle. Rédacteur dès 1948 des Annales de Bourgogne, Jean RICHARD fut l’animateur inégalable des sociétés savantes de la région, et au premier chef de l’Académie des Arts, Sciences et Belles-Lettres de Dijon, qu’il présida de 1978 à 1981. Membre d’honneur de la Société des Études chypriotes et associé honoraire de la Société des Arts de Genève, il avait été le premier à présider la Society for the Study of the Crusades and the Latin East. En 1995, l’Université d’Indiana lui conféra sa Golden Medal for Altaic Studies, et il reçut en 2006 le doctorat honoris causa de l’Université de Chypre. Très actif jusqu’il y a peu au sein de notre Académie qu’il présida en 2002 et dont il dirigeait avec un soin extrême la collection des Documents relatifs à l’Histoire de Croisades, il était l’une des figures tutélaires de la commission de Syrie-Palestine de notre Compagnie, où sa compétence exceptionnelle et la rigueur de son jugement l’appelait à siéger comme au sein de tant de nos commissions de prix. Autant de qualités réunies lui avaient valu auparavant d’assumer des responsabilités diverses au sein de nombre de conseils et organismes du monde universitaire et scientifique. Membre, entre autres, du Comité national de la Recherche scientifique à plusieurs reprises, puis du Conseil supérieur des Universités, membre actif durant quelque 25 années du Comité des Travaux historiques et scientifiques, il présida aussi le Comité de direction de l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes et la Société de l’École des Chartes.

L’œuvre de Jean RICHARD est un monument. Sa bibliographie compte plusieurs gros ouvrages, devenus tous des classiques, ainsi qu’un nombre considérable d’articles dont beaucoup ont été réunis dans les quatre volumes parus entre 1976 et 1992 de la série Variorum portant sur les Croisades, la diffusion du christianisme dans l’Orient latin, les récits de voyages et de pèlerinages jusqu’en Asie centrale. Parmi les principaux ouvrages de Jean RICHARD, on se bornera à citer son Royaume latin de Jérusalem de 1953, son édition des manuscrits chypriotes des archives du Vatican de 1962, celle de l’Histoire des Tartares de Simon de Saint-Quentin de 1965, son Histoire de la Bourgogne plusieurs fois rééditée, ou bien encore son Saint Louis de 1983, situé au confluent de ses deux domaines de prédilection, et qui fut couronné par l’Académie française.

Giles CONSTABLE

Né le 1er juin 1929 à Londres, Giles CONSTABLE, qui avait été élu associé étranger de l’Académie le 11 février 1994, au fauteuil de Denis ZAKYTHINOS, après avoir été nommé correspondant étranger le 22 février 1985, à la place de Claudio Sanchez-Albornoz, est décédé à Princeton le 17 janvier 2021, à l’âge de 91 ans.

Spécialiste de la vie et des institutions monastiques de la France des XIe et XIIe siècles, et en particulier de l’histoire de l’abbaye de Cluny et de la réforme bénédictine, Giles CONSTABLE était un médiéviste de haute réputation internationale. Diplômé de l’Université de Cambridge, docteur de l’Université Harvard, il débuta sa carrière d’enseignant, après un bref passage à l’Université de l’Iowa, au sein de cet établissement fameux (1958-1977), puis gagna Princeton où il professa à l’Institute for Advanced Study (1985-2003) ; dans l’intervalle, il dirigea la Dumbarton Oaks Library and Collection (Washington D.C.). Il présida aussi, de 1980 à 1990, la Medieval Academy of America et, à ce titre, fut directeur de Speculum, la grande revue américaine d’histoire médiévale, dont il avait été l’un des co-directeurs dès 1958. Membre de nombreuses sociétés savantes, dont la Royal Historical Society (Londres), la Société des Bollandistes (Bruxelles), l’American Philosophical Association (Philadelphie), la Società Internazionale per lo Studio del Medioevo Latino, les Monumenta Germaniae Historica (Munich) ou encore l’Instituto Lombardo (Milan), il avait été élu par plusieurs académies européennes parmi les plus prestigieuses : la British Academy, l’Accademia dei Lincei à Rome et la Bayerische Akademie der Wissenschaften de Munich. Sa notoriété et l’ampleur de son œuvre lui avaient valu de recevoir les doctorats honoris causa des Universités Panthéon-Sorbonne, de Georgetown, du Longwood College ainsi que du Pontifical Institute for Medieval Studies de Toronto. De son œuvre impressionnante qui compte une vingtaine de livres et de très nombreux articles, on rappellera seulement ici son édition en 2 vol. des lettres de Pierre le Vénérable qui fut abbé de Cluny de 1122 à 1156 (1967), celle des statuts qu’il promulgua en 1146-1147 (1975), sa monographie sur Liberty and Free Choice in Monastic Thought and Life in the XIIth and XIIIth centuries (1985), ou bien ses deux dernières publications qui font la synthèse de son œuvre : The Reformation of the Twelfth Century (1996) et Cluny, from the Tenth to the Twelfth Century (2000). Très attaché à notre pays qui l’avait honoré en lui conférant les insignes de chevalier de la Légion d’honneur, Giles CONSTABLE avait fait don à la ville de Cluny des 13 000 volumes de sa gigantesque bibliothèque d’érudition. Installés au premier étage du bâtiment jouxtant le palais Jean de Bourbon, musée de cette ville, ils constituent le fonds de cette Bibliotheca cluniacensis dont cet éminent médiéviste souhaitait qu’il permette aux chercheurs de venir poursuivre leurs travaux sur cet ordre monastique qui rayonna même au-delà de l’Europe.



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