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2020

Marc FUMAROLI

Né à Marseille le 10 juin 1932, MARC FUMAROLI, qui avait été élu, le 2 mars 1995, membre de l’Académie française au fauteuil d’Eugène IONESCO, puis à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, le 30 janvier 1998, au fauteuil de Georges DUBY, est décédé à Paris le 24 juin 2020, à l’âge de 88 ans. A l’issue de la messe de ses funérailles, qui a été célébrée par le P. Jean-Robert Armogathe, correspondant de l’AIBL, et à laquelle de nombreuses personnalités ont assisté, dont le ministre de la Culture Franck Riester, les honneurs militaires lui ont été rendus par un détachement de la section d’honneur Île de France armée par le78e régiment d’artillerie d’Afrique.

Le Professeur Marc FUMAROLI était un historien de la rhétorique à la Renaissance et à l’âge classique, un spécialiste de la littérature française des XVIIe-XVIIIe siècles, mais aussi un grand connaisseur des arts en Italie et en France aux mêmes périodes ; il avait également consacré d’importantes études à la tradition de l’humanisme en France et notamment au comte de Caylus.

Agrégé de lettres classiques, ancien pensionnaire de la Fondation Thiers, docteur ès-lettres, Marc FUMAROLI avait occupé des postes d’enseignement à l’Université de Lille, puis à la Sorbonne, et dirigé, de 1984 à 1994, le Centre d’Étude de la Langue et de la Littérature française des XVIIe et XVIIIe siècles (Sorbonne-C.N.R.S.). Professeur au Collège de France de 1986 à 2003 (chaire « Rhétorique et société en Europe (XVIe-XVIIe siècles) »), « Professor at large » de l’Université de Chicago au titre du Department of Romance Languages and Literatures et du Committee on Social Thought de 1997 à 2006, il présida longtemps la commission générale de terminologie et de néologie, placée sous l’autorité du Premier Ministre.

Chacun sait que l’œuvre de Marc FUMAROLI était considérable – une trentaine de livres, devenus tous des classiques tel L’âge de l’éloquence : rhétorique et res literaria, de la Renaissance au seuil de l’époque classique (1980), Le Poète et le roi. Jean de La Fontaine en son siècle (1997), La Diplomatie de l’esprit (2001), Chateaubriand. Poésie et terreur (2003) ou bien encore La République des Lettres (2015) – et plus de 400 articles. Cette œuvre exceptionnelle lui avait valu une très large consécration nationale et internationale. Docteur honoris causa de plusieurs universités à travers le monde (Frédéric II de Naples, Bologne, Gênes, Munster, Complutense de Madrid), membre de l’Accademia dei Lincei, de l’Accademia Clementina, de la British Academy, de l’American Academy of Arts and Letters (New York) et de l’American Philosophical Society (Philadelphie), Marc FUMAROLI participait aux travaux de nombreuses sociétés savantes françaises et étrangères, et en présida plusieurs, dont la Société internationale pour l’Histoire de la Rhétorique, l’Association pour la Sauvegarde des Enseignements littéraires (SEL), la Société d’Histoire littéraire de la France et la Société des Amis du Louvre. Intellectuel de haute réputation, il donnait régulièrement des articles à des quotidiens et des hebdomadaires français et étrangers. Il avait reçu le grand prix de la Fondation Balzan en 2001.

Francis RAPP

Né à Strasbourg le 27 juin 1926, Francis RAPP, qui avait été élu membre de l’Académie le 26 mars 1993, au fauteuil d’Emmanuel LAROCHE, est décédé à Angers le 29 mars 2020, à l’âge de 93 ans.

Le Professeur Francis RAPP était un médiéviste, particulièrement renommé en France et en Allemagne, pour ses travaux fondamentaux sur l’histoire religieuse au bas Moyen Âge, et notamment sur les institutions et les sociétés ecclésiastiques, ou bien encore sur les mentalités et la spiritualité avec des études remarquables sur la mystique rhénane. Historien de la Réforme, spécialiste de l’histoire du Saint-Empire romain germanique, il était également réputé comme historien de l’Alsace, à laquelle il consacra plusieurs ouvrages et des dizaines d’études, toutes composées à partir des sources mêmes.

Reçu 1er à l’agrégation d’histoire en 1952, ancien pensionnaire de la Fondation Thiers et docteur ès-lettres, le Professeur Francis RAPP accomplit l’essentiel de sa carrière à l’Université de Strasbourg où il occupa la chaire d’histoire du Moyen Âge de 1974 à 1991. Homme d’une large et généreuse ouverture d’esprit, il siégea au sein de très nombreuses sociétés savantes et académies (Académie d’Alsace, Académie des Marches de l’Est, Akademie der Wissenschaften in Göttingen), et participa à l’activité de nombreuses commissions, dont le Conseil supérieur des Universités, le Comité national du C.N.R.S., les Conseils scientifique et d’Administration de l’École des Chartes ainsi que de l’École française de Rome ou bien encore, outre-Rhin, la Commission d’histoire de la civilisation urbaine de l’Académie de Göttingen et le comité de rédaction de la revue Archiv für die Reformationsgeschichte. Son œuvre, considérable, compte un grand nombre d’ouvrages incontournables dans les vastes domaines d’études qui lui étaient chers et dont il savait communiquer les enseignements avec une remarquable chaleur humaine. Bornons-nous à n’en citer que quelques-uns des principaux : son livre magistral sur L’Église et la vie religieuse en Occident à la fin du Moyen Âge (1971, réédité à quatre reprises), sa thèse de doctorat Réformes et réformation à Strasbourg. Église et société dans le diocèse de Strasbourg (1450-1525), son maître-livre de 1989 sur Les origines médiévales de l’Allemagne moderne. De Charles IV à Charles Quint (1346-1519), ou bien, plus près de nous, sa synthèse lumineuse sur Le Saint-Empire romain germanique d’Othon le Grand à Charles Quint, parue en 2000.

Jean DELUMEAU

Né à Nantes le 18 juin 1923, Jean DELUMEAU, qui avait été élu membre de l’Académie le 26 février 1988, au fauteuil de Georges DUMÉZIL, est décédé à Brest le 13 janvier 2020, à l’âge de 96 ans.

Normalien, agrégé d’histoire, ancien membre de l’École française de Rome et docteur ès-lettres, le Professeur Jean DELUMEAU était un historien moderniste de haute renommée internationale, spécialiste du christianisme et de l’histoire de l’Occident chrétien – notamment à l’époque de la Réforme et de la Contre-Réforme –, mais aussi de l’histoire de la Bretagne, de l’époque de la Renaissance ou bien encore de l’histoire de la Rome pontificale des XVe et XVIe siècles. Maître de conférences, puis professeur jusqu’en 1970 à la faculté des lettres de Rennes, où il conçut ses premiers travaux dans le sillage de l’École des Annales, Jean DELUMEAU fut, à partir de 1963, directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, puis directeur associé, et professa de 1970 à 1975 à l’Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne. Auparavant, de 1964 à 1970, il avait dirigé le Centre armoricain de Recherches historiques. Élu, en 1975, Professeur au Collège de France, il y enseigna durant quelque deux décennies l’histoire des mentalités religieuses dans l’Occident moderne. Médaille d’argent du CNRS en 1962, médaille d’or de la ville de Rome en 1985, il était docteur honoris causa des Universités de Liège, Sherbrooke (Canada), Porto, Deusto (Bilbao-Saint-Sébastien) et Bucarest. Grand Prix Gobert de l’Académie française en 1968 pour La civilisation de la Renaissance, Grand Prix des Écrivains catholiques en 1977 pour Le christianisme va-t-il mourir ?, Grand Prix d’Histoire de la Ville de Paris en 1981, il reçut en 1986 le Prix de l’Association française des Écrivains croyants et, la même année, le Prix d’Histoire du ministère de la Culture.

L’un des principaux représentants de l’histoire des mentalités, on lui doit des travaux fondamentaux, immédiatement devenus des classiques, dans le domaine de l’anthropologie culturelle et religieuse : histoire de la peur, du sentiment de sécurité, de l’espérance. Il en a résulté plusieurs grands livres, souvent réédités et traduits dans un grand nombre de langues : La Peur en Occident (XIVe-XVIIIe s.). Une cité assiégée (1978) ; Rassurer et protéger. Le sentiment de sécurité dans l’Occident d’autrefois (1989) ; L’aveu et le pardon (1990) ; Une Histoire du paradis, t. I, Le Jardin des délices (1992), t. 2, Mille ans de bonheur (1995) ; t. 3, Que reste-t-il du Paradis ? (2000) ou bien encore A la recherche du paradis (2010), pour se borner à une brève sélection. Son dernier ouvrage, paru en 2015, s’interrogeait sur L’avenir de Dieu.

Intellectuel engagé dans son temps et homme de foi, Jean DELUMEAU était notamment membre du comité de parrainage de la coordination pour l’éducation à la non-violence et à la paix et membre d’honneur de l’Observatoire du patrimoine religieux, une association multiconfessionnelle qui œuvre à la préservation et au rayonnement du patrimoine culturel français.

Albrecht Dihle

Élu correspondant de l’AIBL, le 19 décembre 1986, à la place de Roberto Sabatino Lopez, Albrecht Dihle s’est éteint à Cologne, le 29 janvier 2020, à l’âge de 96 ans.

Albrecht Dihle était un helléniste internationalement reconnu pour ses études consacrées en particulier à l’histoire des idées morales de la Grèce considérées principalement dans leurs rapports avec la pensée chrétienne, et à celle des relations entre la Grèce et les pays orientaux, et en particulier avec l’Inde. Professeur aux Universités de Cologne puis de Heidelberg (1958-1989), il était familier des grandes universités américaines (Harvard, Stanford, Berkeley, Princeton) qui l’invitèrent fréquemment comme Visiting Professor, ce qui contribua à étendre sur une vaste échelle le rayonnement de ses travaux. Membre de nombreuses académies allemandes, de la British Academy et de l’American Academy of Arts and Sciences, il était docteur honoris causa des Universités de Berne, d’Athènes et de la Macquarie University in Sydney. Parmi les ouvrages les plus marquants de son oeuvre immense, on mentionnera notamment : Studien zur griechischen Biographie (1956, 19702), Die Goldene Regel. Eine Einführung in die Geschichte der antiken und frühchristlichen Vulgärethik (1962), The Theory of Will in Classical Antiquity (1982), Die griechische und lateinische Literatur der Kaiserzeit. Von Augustus bis Justinian (1989) ou bien encore Die Griechen und die Fremden (1994).



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