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Mission archéologique de Labraunda (Turquie)

Aux temps anciens, le peuple qui vivait au Sud-Ouest de l’Anatolie, entre les fleuves du Méandre (au nord) et de l’Indos (au sud-est), était connu sous le nom de Cariens (fig. 1). Ceux-ci parlaient une langue indo-européenne propre, proche de celle de leurs voisins de Lycie. À partir de 546 av. J.-C., la Carie passe sous la domination de l’Empire perse et elle est dirigée par un satrape nommé par le Grand Roi. Au IVe siècle av. J.-C., ce satrape est issu d’une dynastie locale, les Hékatomnides, dont le nom est dérivé de celui de son fondateur, Hékatomnos (392-377 av. J.-C.). Lui succédèrent ses cinq fils et filles : Mausole (377-352) et sa femme/sœur Artemisia (352-351), Idrieus (351-344) et sa femme/sœur Ada (344-341), puis le benjamin Pixodaros (341-336).

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Sous les Hekatomnides, Labraunda devint un centre particulièrement important dans l’affirmation de leur puissance politique, économique et culturelle. Le sanctuaire de Zeus Labraundos qu’il abrite devint notamment l’un des plus importants de Carie. À ce titre, et grâce à une exceptionnelle conservation de ses vestiges, le site de Labraunda est un témoin unique de la complexe identité carienne teintée de références grecque, anatolienne et perse (fig. 2).

Dirigées depuis 1948 par les membres de l’Université d’Uppsala, les fouilles du site sont passées sous autorité française en 2013. L’équipe, désormais dirigée par Olivier Henry (ENS-AOrOc), réunit une trentaine de spécialistes internationaux, entourés d’une quarantaine d’étudiants. La mise en place d’une telle équipe est possible grâce au soutien de plusieurs institutions dont le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, à travers l’attribution d’une allocation de recherche décernée par la commission consultative des recherches archéologiques à l’étranger.
Les projets développés à Labraunda visent à appréhender le site dans sa globalité (fig. 2). Ils couvrent des programmes de documentation, de prospection, de fouille, mais aussi de restauration/protection et de mise en valeur. Les saisons 2020-2021 seront consacrées à :

1. la continuité des travaux de documentation sur : le matériel céramique déposé depuis plus de 50 ans dans le dépôt de fouille, dans le but de dégager le faciès des productions locales cariennes ; le matériel architectural mis au jour ces dernières années, par photogrammétrie terrestre et aérienne et la création d’orthophotographies et de modèle 3d du sanctuaire et de ses bâtiments ; le plan général (fig. 3) digitalisé du sanctuaire, dans le cadre de la création d’un SIG (système d’information géographique) qui vise à intégrer l’ensemble des informations mises au jour sur le sanctuaire depuis le début des opérations de fouilles dont notamment l’ensemble des archives du site depuis 1948.

2. de la prospection : sur une zone étendue autour du site de Labraunda. Après la découverte de plusieurs communautés d’importance au cours des missions précédentes (fig. 4), il s’agira de compléter les zones encore non couvertes lors des missions 2017-2019 et d’entamer la prospection dans les quadrants septentrional et méridional de la région, soit les zones les plus montagneuses. Le but de cette prospection (qui couvre plus de 100 km2) est d’établir une carte archéologique de la région du sud Latmos, autour du site de Labraunda qui permettra de reconstruire l’histoire de l’occupation de cette zone et de mieux contextualiser l’implantation du site de Labraunda.

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3. de la conservation : avec la poursuite de plusieurs travaux entamés il y a quelques saisons, à savoir : le nettoyage et la protection des marbres d’architecture ; la protection des sols antiques de l’andrôn B de Mausole ; la consolidation des structures romaines ajoutées dans les pièces des oikoi hékatomnides ; la mise en valeur et la protection du bâtiment hypostyle, fontaine monumentale à triple colonnade érigée dans le courant du IIIe siècle av. J.-C. (fig. 6) ; la restauration des céramiques ; la protection/restauration des objets métalliques ; la consolidation du grand mur de terrasse nord qui surplombe la terrasse du temple.

4. de la fouille avec : la poursuite de plusieurs travaux entrepris précédemment : la stoa nord bâtie par Mausole et réaménagée à l’époque romaine (fig. 7) ; la stoa est et ses six andrônes datant de la période hékatomnide ; le cimetière byzantin installé autour des bains tétraconques ; les bains orientaux et le grand bassin de retenue au sud ; le bâtiment appelé oikos L, distyle in antis, localisé au pied des escaliers monumentaux.

5. de l’anastylose avec : si les financements nous le permettent, la réfection de la façade des Oìkoi, trésors du sanctuaire de Zeus construit et dédicacé par Idrieus, frère de Mausole, dans la première moitié du IVe siècle av. J.-C. (fig. 8).

6. la publication de deux volumes : dont une monographie sur le projet hékatomnide à Labraunda, qui réunira l’ensemble de la documentation et des connaissances de cette importante période du site, dans les deux premiers tiers du IVe siècle av. J.-C. ; et un volume consacré au système défensif, développé entre le IVe siècle av. J.-C. et la fin du IIIe siècle av. J.-C. autour du site et qui comprend une acropole ainsi que plusieurs bastions et tours disséminés dans le territoire.

Nos objectifs à l’horizon 2022 sont : la préparation du volume de synthèse sur l’organisation du territoire de Labraunda de la Préhistoire à la période médiévale et la publication de la monographie portant sur les nécropoles du site du IVe siècle av. J.-C. au IVe siècle ap. J.-C. ; l’achèvement de la fouille des bains est ainsi que celle de l’oikos L ; l’avancement de la fouille de la stoa est qui devrait nous permettre d’en apprendre davantage sur l’identification du site et les modalités de son occupation dans les périodes post-hékatomnides ; la fouille de la stoa nord après consolidation de son mur de terrasse, qui devrait nous renseigner sur les caractéristiques matérielles du culte de Zeus Labraundos ; l’analyse ADN des vestiges biologiques et osseux issus du cimetière byzantin qui permettrait de caractériser les populations occupant le site aux périodes tardives ; et enfin la création du plan général décennal de gestion du site archéologique de Labraunda (fouille, mise en valeur, restauration, protection).

Olivier Henry, ENS-AOrOc (UMR 8546) olivier.henry@ens.fr


Lien complémentaire

www.labraunda.org

Bibliographie récente (2010- )

  • Monographies et ouvrages collectifs
  • J. Blid, Labraunda 4. Remains of Late Antiquity, Stockholm, 2016.
  • E. Durusoy, Tarihi Yoldan kültürel rotaya, Milas ile Labraunda Arasındaki Yolun Korunması ve Yönetimi, Ankara, 2016
  • P. Hellström, J. Blid, Labraunda 5, The androns, Stockholm, 2019.
  • O. Henry, Le projet hékatomnide à Labraunda (à paraître 2020).
  • O. Henry, Labraunda 7, Les nécropoles (à paraître 2022).
  • L. Karlsson et S. Carlsson éd., Labraunda and Karia (Boreas, 32), Uppsala, 2011.
  • L. Karlsson, S. Carlsson et J. Blid Kullberg éd., LABRYS, Studies presented to Pontus Hellstrom (Boreas, 35), Uppsala, 2014.
  • L. Karlsson, B. Vergnaud, Labraunda 6, The Fortifications (à paraître 2021).
  • F. Kuzucu et M. Ural éd., Mylasa Labraunda-Milas Çomakdag, Istanbul, 2010.

Choix d’articles

  • J. Blid, "The Andron of Maussollos at Labraunda and its architectural sculpture”, in Achaemenid Anatolia, A. Dahlén éd., BOREAS, Uppsala Studies in Ancient Mediterranean and Near Eastern Civilizations, Uppsala (à paraître).
  • ——, “Anta construction and design in the Hekatomnid building programme”, in Karia and the Dodekanese : Cultural interrelations in the south-eastern Aegean ca. 500 BC-AD 500, P. Pedersen et B. Poulsen éd., Oxford (sous presse).
  • ——, “Architectural polychromy at Hekatomnid Labraunda”, in Restituer les couleurs. Le rôle de la restitution dans les recherches sur la polychromie en sculpture, architecture et peinture mural, M. Mulliez éd., Bordeaux (à paraître).
  • Ö. D. Çakmaklı, “Labraunda Su Kompleksi Kazıları ve ince Cidarlı Seramigi ( Ön Rapor) / The Thin Walled Pottery from the Excavation at Labraunda Water Complex (Preliminary Report)”, Pamukkale University Journal of Social Sciences Institute 28, 2017, p. 257-269.
  • ——, “Labraunda’nın Yeni Bilmecesi : Su Kompleksi Kazıları 2013-2015 Kazı Sezonu Degerlendirmesi / The Mistery of Labraunda : Water Complex Excavations”, Journal of History Culture and Art Research 5/3, September 2016, p. 15-25.
  • ——, “Zeus Labraundos Kutsal Alanı Su Kompleksi Kazıları Cam Buluntuları / Glass Finds from Water Complex in the Sanctuary of Zeus Labraundos”, Seleucia VII, 2017, p. 279-297.
  • N. Carless-Unwinn, O. Henry, “A new Olympichos Inscription from Labraunda : I. Labraunda 137”, Epigraphica Anatolica 49, 2016, p. 27-45.
  • A. Frejman, “En måndag vid Zeus helgedom”, Nya Populär Arkeologi 1, 2016, p. 30-31.
  • ---, “Some thoughts on ancient maps, travel, and the location of Greek rural sanctuaries”, Thiasos 7/2, 2018, p. 101-110.
  • P. Hellström, “Feasting at Labraunda and the chronology of the Andrônes”, in Labraunda and Karia, L. Karlsson et S. Carlsson éd., (Boreas, 32), Uppsala, 2011, p. 149-157.
  • O. Henry, “Karia, Karians and Labraunda”, in Mylasa Labraunda-Milas Çomakdag, F. Kuzucu et M. Ural éd., Istanbul, 2010, p. 69-80.
  • ——, “Necropolis of Labraunda” in ibid., p. 93-105.
  • ——, “The Pi shape tomb from Labraunda and Karian parallels”, in Labraunda and Karia, L. Karlsson et S. Carlsson éd., (Boreas, 32), Uppsala, 2011, p. 159-176.
  • ——, “Le Sanctuaire de Labraunda. Historique, état des lieux et perspectives de recherche”, Anatolia Antiqua XX, 2012, p. 227-260.
  • ——, “Tombes cariennes, tombes lyciennes : un processus analogue de pétrification architecturale ?”, in Euploia. La Lycie et la Carie antiques, P. Brun, L. Cavalier, K. Konuk et F. Prost éd., Bordeaux, 2013, p. 257-270.
  • ——, “Then whose Tomb is That ?”, in LABRYS, L. Karlsson, S. Carlsson et J. Blid Kullberg éd., (Boreas, 35), Uppsala, 2014, p. 71-85.
  • ——, “Quel(s) portrait(s) pour les Hékatomnides ?”, in Bilder der Macht, Das griechische Porträt und seine Verwendung in der antiken Welt,D. Boschung et F . Queyrel éd. (Morphomata, Band 34), Leiden, 2017, p. 101-119.
  • ——, “Hekatomnus, Son of Hyssaldomus : A Unicum in Persian History”, in The Persians : Power and Glory in Anatolia, K. Iren et al. éd., Istanbul, 2017, 350-365.
  • ——,“Sanctuaire et pouvoir : nouvelles pistes de réflexion à partir des recherches archéologiques récentes sur le site de Labraunda en Carie (Turquie)”, Comptes rendus des Séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2017, p. 545-579.
  • ——,“Eléments de réflexion sur l’identification du site de Labraunda en Carie”, in Bulletin de la SFAC XLVIII, 2016-2017, Revue archéologique 2018/1, p. 137-145.
  • O. Henry, A. Ingvarsson-Sundstrom, “The story of a tomb at Labraunda”, in Labraunda and Karia, L. Karlsson et S. Carlsson éd. (Boreas, 32), Uppsala, 2011, 177-198.
  • O. Henry, D. Aubriet, “Le territoire de Mylasa et le serment d’Olympichos : autour d’une nouvelle inscription découverte au sanctuaire de Zeus Labraundos en Carie”, Comptes rendus des Séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2015/2, p. 673-702.
  • Lungu, V., “Un thymiaterion à décor floral de Labraunda ?”, Bollettino dell’Associazione Iasos di Caria 23, 2017, p. 44-49.
  • A. Sitz, “Inscribing Caria : The Perseverance of Epigraphic Traditions in Late Antiquity”, in Early Christianity in Asia Minor, S. Mitchell et P. Pilhofer éd. (sous presse).
  • Récents rapports de fouille
  • O. Henry et al., “Labraunda 2018”, Anatolia Antiqua XXVII, 2019, p. 183-229.
  • ——, “Labraunda 2017”, Anatolia Antiqua XXVI, 2018, 209-320.
  • ——, “Labraunda 2016”, Anatolia Antiqua XXV, 2017, p. 187-266.
  • ——, “Labraunda 2015”, Anatolia Antiqua XXIV, 2016, p. 339-457.
  • ——, “Labraunda 2014”, Anatolia Antiqua XXIII, 2015, p. 301-394.
  • ——, “La mission Labraunda 2013 – Rapport préliminaire”, Anatolia Antiqua XXII, 2014, p. 255-325.
  • ——, “Labraunda 2012 – Rapport préliminaire”, Anatolia Antiqua XXI, 2013, p. 285-355.
  • ——, “Labraunda 2011”, KST 34/2, 2013, p. 455-471.

Légendes des illustrations

  • fig. 1 : carte de la Carie
  • fig. 2 : orthophotographie du site de Labraunda (2016)
  • fig. 3 : façade restituée de l’andrôn B de Mausole (J. Blid)
  • fig. 4 : plan général du site archéologique de Labraunda (2019)
  • fig. 5 : l’habitat fortifié de Tepe Hisar dans le territoire de Labraunda (2018)
  • fig. 6 : vue aérienne du bâtiment hypostyle (2018)
  • fig. 7 : les bains orientaux en cours de fouille (2017)
  • fig. 8 : façade restituée du bâtiment des oikoi de Labraunda (J. Blid)


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