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Archives des séances


SOCIÉTÉ ASIATIQUE : séances tenues depuis juin 2011

Elles ont lieu les vendredis à l’Institut de France, 23 quai de Conti, salle Hugot (exception faite de l’Assemblée générale).




Rouleau en soies peintes et brodées, avec textes en chinois & mandchou et sceau impérial, du règne de Qianlong (XVIII<sup>e</sup> s.) - © Société Asiatique
Rouleau en soies peintes et brodées, avec textes en chinois & mandchou et sceau impérial, du règne de Qianlong (XVIIIe s.) - © Société Asiatique



 Séance du 13 décembre 2013

1 - Nouveaux membres :

  • Madame Sarah BERNARD, agrégée de grammaire, présentée par Messieurs Jean Haudry et Patrick Moisson.
  • Monsieur Alain DELISSEN, directeur de l’Institut d’Etudes Coréennes du Collège de France, parrainé par Messieurs Jean-Pierre Mahé et Marc Orange.
  • Monsieur Jean-Pascal BASSINO, professeur de sciences économiques à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, parrainé par Messieurs Frédéric Burguière et Jean Esmein.
  • Monsieur Jacques de GUERNY, docteur en sciences économiques, présenté par Messieurs Jean-Louis Bacqué-Grammont et Guy Lubeigt.
  • Monsieur Thibodi BUAKAMSRI, doctorant à Berkeley, département des études asiatiques, présenté par Mesdames Jeanne-Marie Allier et Marie de Réals.
  • Monsieur Alberto CANTERA, professeur d’études avestiques à l’Université de Salamanque, présenté par Madame Céline Redard et Monsieur Arlo Griffiths.
  • Monsieur Philippe POINDRON, professeur honoraire des Universités, présenté par Mesdames Céline Redard et Chantal Duhuy.

    2 - Décès  :
  • Monsieur Pierre BORDREUIL, entré en 1976 à la Société Asiatique, sous le parrainage de Messieurs André Caquot et Maurice Sznycer.
  • Monsieur Lucien KEHREN, entré en 1964 à la Société Asiatique, sous le parrainage de Messieurs Louis Bazin et Claude Cahen.

    3 - Communications :
  • Madame Madeleine SCOPELLO, directeur de recherche au CNRS Université Paris IV Sorbonne Correspondant de l’Institut, présente une communication intitulée : « La mystique juive et les textes gnostiques de NagHammadi ».
    Plusieurs textes gnostiques conservés dans la collection copte de NagHammadi ont subi l’influence des courants mystiques et ésotériques juifs. Si le motif du voyage au ciel constitue l’apport le plus évident, on peut néanmoins déceler des emprunts plus profonds, thématiques voire textuels. Les récits d’extase de quelques initiésgnostiques ainsi que les descriptionsde la cour et des palais célestes seront ici examinés à la lumière de quelques textes ésotériques juifs. Notre attention portera plus spécialement sur les traités de Zostrien (NagHammadi VIII, 1) et d’Allogène (NagHammadi XI, 3) auxquels on ajoutera l’Evangile de Judas du Codex Tchacos.
  • Monsieur Frédéric GIRARD, Directeur d’études à l’Ecole française d’Extrême Orient, présente une communication intitulée : « Xuanzang (602-664) et le Japon ».
    Xuanzang (602-664) est l’un des plus grands penseurs bouddhiques du Siècle d’Or chinois qui, en ayant voulu retourner aux sources du bouddhisme et en restaurer les doctrines qui étaient selon lui déformées en Chine, a acquis une grande notoriété comme traducteur, pèlerin et instaurateur de l’école du « Rien-que-conscience » ou de la « Pratique du Yoga ». Au Japon, son école a bénéficié depuis l’Antiquité de l’appui de la puissante famille des Fujiwara si bien que son influence s’est exercée en premier lieu dans les milieux de la noblesse. Nous tâcherons ici de voir si sa pensée et son image du pèlerin et sa Relation de voyage dans les Contrées occidentales n’ont pas également filtré dans d’autres milieux et donné lieu à sa vénération.

 Séance du 15 novembre 2013

1 - Nouveaux membres : Monsieur Alain DELISSEN, directeur de l’Institut d’Etudes Coréennes du Collège de France. Monsieur Jean-Pascal BASSINO, professeur de sciences économiques à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, parrainé par Messieurs Frédéric Burguière et Jean Esmein.

2 - Décès : Madame Nicole EDOUARD, traductrice, entrée à la Société Asiatique en 1991.

3 - Communications :

  • Monsieur Christophe POTTIER, architecte DPLG, archéologue, directeur du centre de l’EFEO à Bangkok, présente une communication intitulée « Un Buddha peut en cacher un autre. Nouvelles considérations sur la fin d’Angkor »
    En 1933, Georges Trouvé de l’École française d’Extrême- Orient exhumait les fragments d’une statue monumentale du Bouddha assis sur Nāga à l’intérieur du sanctuaire central du Bayon . Depuis, cette image a été célébrée comme étant la divinité centrale d’Angkor Thom, la capitale de Jayavarman VII, qui aurait disparue lors d’une réaction iconoclaste quelque temps après le règne de ce grand roi. Quatre vingt ans après, on revient aujourd’hui sur cette découverte spectaculaire, en s’attachant tout particulièrement à la tête d’une petite statue de Bouddha qui avait été trouvée avec le grand Bouddha du Bayon. Passée complètement inaperçue, cette petite image révèle pourtant beaucoup sur l’histoire d’Angkor entre les 13ème et 16ème siècles, et notamment sur la période très mal connue de l’abandon d’Angkor. Cette petite tête de Bouddha typique du style du début d’Ayutthaya et l’identification de plus de quarante autres images de ce type constituent les premières preuves matérielles de l’occupation d’Angkor par le souverain d’Ayutthaya au 15ème siècle. Au delà, cette petite tête démontre le maintien du culte rendu au grand Bouddha du Bayon, dont on montre qu’il a encore été restauré au 16ème siècle, et remet en cause l’interprétation de l’iconoclasme du 13ème siècle.

  • Madame Cinzia TAVERNARI, Maître-Assistant à l’Université Abdullah Gül, Kayseri, Turquie, présente une communication intitulée :« Du chemin parcouru à l’itinéraire modélisé :nouvelles perspectives de recherche pour l’étude des routes médiévales de Syrie ».
    Si les sources historiques et archéologiques demeurent le plus souvent la base de tout travail cherchant à reconstituer les réseaux de communication d’une région donnée, le considérable développement technologique auquel l’on assiste ces dernières années ouvre désormais des nouvelles perspectives pour l’étude des routes. Dans ce domaine, l’utilisation de logiciels SIG (Système d’Information Géographique) semble en effet permettre de mieux appréhender le développement et les changements des réseaux routiers au fil des siècles. Si l’emploi de ces outils se généralise, leur usage n’est toutefois pas neutre et, par conséquence, il n’est pas exempte de problèmes. L’étude de la voie entre Damas et Alep va nous permettre d’illustrer clairement cette considération, qui est au cœur de notre questionnement. L’itinéraire Damas-Alep, l’un des plus importants de toute la Syrie médiévale a ainsi été examiné à travers une approche interdisciplinaire et rigoureuse qui combine les modèles prédictifs des routes réalisés avec les logiciels SIG avec les sources historiques et les informations archéologiques – c’est-à-dire la trace matérielle constituée par les caravansérails routiers. Cette étude détaillée permettra de saisir la complexité inhérente à l’utilisation des SIG dans les études historiques des réseaux routiers et d’en faire ressortir les réels apports.

 Séance du 17 mai 2013

1-Lecture du procès-verbal de la séance précédente.

2- Nouveaux membres :
Monsieur Matteo De Chiara, enseignant de pashto à l’INALCO, parrainé par Messieurs Faruk Bilici et Jean-Louis Bacqué-Grammont.

3- Décès :
Monsieur Jean Claude Gardin, entré à la Société en 1980 sous le parrainage de Messieurs Raoul Curiel et Jean Filliozat.

4-Communications  :

  • Monsieur Guy LUBEIGT, présente une communication intitulée : « Pagan, cité portuaire de la Birmanie médiévale. Approche géographique. »
    « Pagan, cité de légendes et de mystères fondée vers 849, dont les splendeurs furent révélées au monde par Marco Polo, fut la capitale du Premier Empire des Birmans (XIe- XIIIe siècles). Elle s’est partagée pendant trois siècles la domination de l’Indochine continentale avec l’Empire des Khmers d’Angkor. Située au coeur de la zone sèche de Birmanie centrale, dans un pays que les anciens désignaient déjà comme »torride« Pagan, cité royale, marchande, militaire et religieuse s’étendait sur la rive orientale de l’Irrawaddy. Elle détenait une position clé au carrefour des grandes voies d’échanges séculaires entre les mondes indien, chinois et malais. Comparées avec les activités agricoles de la région, qui sont bien documentées, les activités portuaires de Pagan, alors reliée aux grands ports de l’Océan Indien, ont été largement sous-estimées par les historiens. »
  • Madame Anne-May CHEW, présente une communication intitulée : « Le site de Po Win Taung. » (Résumé non communiqué)

 Séance du 12 avril 2013

1-Lecture du procès-verbal de la séance précédente.

2- Décès :
Madame Egly Alexandre, entrée en 1965 à la Société Asiatique sous le parrainage de Messieurs Philippe Stern et Jean Naudou.

3- Communications :

  • Madame Nathalie MONNET, Conservateur en chef, chargée des collections chinoises et des fonds de Dunhuang, département des Manuscrits, Bibliothèque nationale de France, présente une communication intitulée : « L’usage parcimonieux de la couleur dans les estampages chinois ».
    Deux camps s’opposent dans la culture visuelle de la Chine traditionnelle. Le premier exploite les effets de la polychromie par l’usage de tons éclatants, en opposition avec la monochromie, ou l’usage très modéré de la couleur prôné par l’autre camp. C’est parmi les adeptes de cette deuxième catégorie que s’est développée la peinture de lavis si caractéristique de l’esthétique du lettré chinois et c’est dans ce même milieu que le genre de l’estampage levé à l’encre noire n’a cessé d’être apprécié depuis au moins le VIIe siècle. Les estampages en couleur transgressent les codes d’une tradition de culture visuelle vers l’autre. Ils ne forment qu’un infime pourcentage dans les grandes collections muséographiques majoritairement en noir, ce qui fait de ces feuillets colorés des spécimens exceptionnels qui n’ont, semble-t-il, pas fait l’objet de recherches. Leur étude est ici préliminaire. Il n’est pas possible de situer les débuts de la technique, par manque de spécimens datés et d’information textuelle. En l’absence d’indices sur la fabrication, le seul élément de datation est celui de l’acquisition qui ne permet pas de remonter au-delà de la dynastie des Qing (1644-1911), même si une antériorité n’est pas exclue. La reproduction en couleurs vives d’images ordinairement en noir et blanc ajoute une valeur, le problème étant de savoir laquelle. Il n’est pas question ici de valeur monétaire, même si les encres colorées ont toujours été plus onéreuses et que la technique requiert le savoir-faire d’un artisan spécialisé probablement mieux rémunéré. Ces facteurs ont pu faire obstacle à la propagation de la technique mais n’expliquent pas pourquoi l’usage de la couleur est resté exceptionnel. Bien qu’il s’agisse d’une production artistique, ce n’est pas sous l’angle de l’esthétique mais sous l’angle de l’analyse paratextuelle que le sujet est abordé. L’emploi de touches colorées semble constituer un code employé pour ajouter un second message au premier transmis par les seuls traits de l’image. La coloration n’altère pas le contenu premier de l’image mais affecte implicitement son sens et informe notamment sur le statut de l’œuvre ou sa raison d’être. Lorsque la couleur est appliquée, l’estampage acquiert une vertu unique et une fonction spéciale. Hors contexte, il est difficile d’expliquer les raisons du recours à la couleur, mais des indices permettent de deviner quelques règles qui président à ce choix. Le rouge reste la couleur favorite, avec ses déclinaisons en vermillon, orange et rose. Ces couleurs sont celles de la réjouissance et signalent, par exemple, la découverte d’un objet ou d’une inscription. Le rouge est également chargé d’une puissance protectrice et des personnages, des thèmes ou des textes sont plus susceptibles que d’autres d’être estampés avec cette couleur.
  • Monsieur Jean-Claude CHABRIER, diplômé des Langues orientales, docteur en médecine, docteur en musicologie-études-islamiques et docteur en musicologie (analyses de musiques traditionnelles), présente une communication intitulée : « Un bastion syriaque orthodoxe en Turquie. Le monastère de Mor Gabriel ».
    Le monastère de Mor Gabriel, fondé en 397, maintes fois saccagé et objet d’une restauration spectaculaire entre 1972 et 2013. Les pierres sèches ont reçu des enduits en retrait et les fenêtres sont encadrées par des frises de style régional. On a créé des cours et des salles de réunions. On a dégagé le sanctuaire-Est à nacelle Nord-Sud de sa gangue de terre. La rotonde de Théodora, l’ancien réfectoire et la crypte ont été préservés. On a restauré le sanctuaire-ouest. Les terres entourant le monastère ont été défrichées et entourées d’un haut mur circulaire qui empêche les envahisseurs kurdes de lâcher leurs chèvres dans les vergers des chrétiens selon leur habitude constante. Cette communication à partir d’un film de 1957 et d’une vidéo de 2010 est faite par un orientaliste musicologue familier des lieux depuis plus d’un demi-siècle. Un plan de la visite sera distribué à l’assistance et, après la communication, cette vidéo rejoindra les vidéos des liturgies assyrienne, chaldéenne et syriaques sur le site christos.fr de l’auteur. L’auteur remercie Mgr Mor Timotheos Samuel Aktaş, igoumène, qui le reçoit presque chaque année et Mgr Mor Severios Hazail Soumi, archevêque pour la France et la Belgique qui a bien voulu interpréter les inscriptions en syriaque.

 Séance du 22 février 2013

1-Lecture du procès-verbal de la séance précédente.

2- Communications :

  • Madame Annie BERTHIER, Conservateur général honoraire, BnF, manuscrits orientaux, présente une communication intitulée : « Istanbul. 1793. L’étrange destin des bagages du citoyen Sémonville, ambassadeur de la République française auprès de la Porte ottomane. »
    L’histoire de la représentation française à Constantinople pendant la Révolution est celle d’une période troublée et complexe, pleine d’embûches pour ceux qui circulent. Déjà bien connue par diverses études, l’année 1793 voit le remplacement de l’ambassadeur Choiseul-Gouffier dans des conditions bien particulières : son successeur désigné, Charles-Louis Huguet de Sémonville, alors ministre plénipotentiaire à Turin (fin renard surnommé par Talleyrand « le chat », qui réussit à traverser la tourmente révolutionnaire jusqu’à l’empire sans cesser d’être présent) n’arrive jamais à Constantinople, fait prisonnier en route par des sbires autrichiens dans les Grisons suisses, et dépouillé de « tout ce qu’il portait sur lui » ; prisonnier pendant deux ans, il est libéré en échange de Madame Royale, la fille de Louis XVI en décembre 1795 ; une part importante de ses bagages ayant suivi la route maritime arrive à bon port à Constantinople, en compagnie de quelques membres de son personnel. La succession de Choiseul-Gouffier n’est assurée qu’en 1795 à l’arrivée du nouvel ambassadeur Verninac ; pendant les mois de vacance du poste, ce sont des intérimaires qui représentent la République sur place, ne manquant pas de s’affronter. Conservée à la BnF, une grande partie de la correspondance de Félix Hénin, envoyé à Constantinople en même temps que le citoyen Descorches pour tenter de démêler les affaires, est consacrée aux « effets du citoyen Sémonville », caisses (avec des présents, soieries et dentelles, draps d’or et d’argent destinés à Sélim III, des diamants, peut-être des bijoux de la couronne) et personnel ; entreposées dans le magasin du marchand Borrely, les caisses deviennent l’enjeu d’une guerre entre les résidents français ; quant au personnel, maître d’hôtel, femme de chambre, ils n’échappent pas aux risques du voyage. Cet exemple permettra d’apporter au dossier des éléments sur les risques encourus sur les chemins si fréquentés qui reliaient la France à la capitale ottomane.
  • Monsieur François DELPECH, directeur de recherche honoraire au CNRS et associé à l’UMR 7192, présente une communication intitulée : « Entre Le Roman des sept sages de Rome et le Panchatantra : remarques sur les variations d’un thème narratif transculturel »
    Un bref récit médiéval européen, figurant dans plusieurs versions du Roman des sept sages de Rome, où est relatée l’origine supposée du culte de Janus, a été comparé à un conte du Panchatantra relatif aux aventures d’un tisserand qui se serait fait passer pour le dieu Vichnou, grâce à un artifice mécanique. Le thème de la pseudo-théophanie est effectivement commun aux deux textes, mais il est risqué d’affirmer, comme on a pu le faire, que le conte indien est la ”source”, directe ou indirecte, du récit occidental. On examinera quelques versions et variantes du thème fictionnel qui, entre mythe, légende, conte folklorique et littérature savante, sous-tend ces deux textes, et on se demandera dans quelle mesure ce cycle narratif migratoire, tout en s’adaptant aux schèmes culturels spécifiques des diverses sociétés qu’il a traversées, reflète peut-être aussi certaines composantes de leurs héritages communs.

 Séance du 1er février 2013

1-Lecture du procès-verbal de la séance précédente.

2- Communications :

  • Monsieur Robert DUQUENNE, membre retraité de l’EFEO, collaborateur à la rédaction de la revue Höbögirin, présente une communication intitulée : « Vocables indiens en japonais autochtone. Quelques cas spécifiques et d’autres spécieux »
    Résumé : Sans prétendre apparenter le japonais à aucune langue indoeuropéenne, bien entendu, il y a lieu de revenir sur plusieurs vocables japonais autochtones (et non sino-japonais) dont déjà certains lettrés des XVIIIè-XIXè siècles pressentaient l’origine indienne, ce que confirme à la fin du XIXè la connaissance des textes originaux par l’intermédiaire de la philologie occidentale. Ikari « ancre » est un exemple mal choisi, mais en reniant son article sur ce vocable qu’il s’était efforcé de rattacher au sanskrit larikoza « ornement , équipement (d’un navire) »,Sylvain Lévi a du coup condamné à l’impasse une voie où l’avait engagé son intérêt pour le rayonnement de l’Inde inpartibus ; une voie qui permet d’entrevoir certaines influences indiennes indépendantes du bouddhisme : influences minimes, il est vrai, et à juger cas par cas, mais qui touchent à l’esprit d’une langue et à la nature d’une tradition orale. Outre le vocabulaire proprement bouddhique, qui s’est transmis au japon en traduction chinoise ou dans des transcriptions phonétiques créées en Chine pour respecter l’acception spécifique de tel vocable indien dans son usage bouddhique, le vocabulaire japonais autochtone comprend plusieurs vocables à la fois homophones et synonymes de mots indiens d’usage courant et profane, tels kusa = sk..kusa, « herbe » (que le chinois traduit : cao) ou muda = mudha « en vain », voire l’enfantin : oppai lolo nénet = payas « lait » précédé de o –honorifique. Ce dernier vocable, plus particulièrement, qui n’est pas attesté (écrit) avant 1833, témoigne qu’à toute époque et à tous les niveaux, la langue autochtone a conservé des ressources propres en dépit de l’afflux des vocables empruntés au chinois puis aux langues occidentales : originellement non écrite, elle a maintenu un lien privilégié avec le sanskrit ; cultivé jusque dans sa propre poésie l’idée d’une relation immédiate entre son et sens, le fondement établi (siddham) de cette autre langue de tradition essentiellement orale et qualifiée de « parfaite » , de langue de Brahma , pure, (bongo). De même que les lexiques bouddhiques chinois des VIIIè-IXè siècles, elle peut avoir conservé des sens antérieurs à ceux qu’ont retenus les lexicographes indiens, et à leur suite, les dictionnaires occidentaux.

  • Monsieur Benoit LURSON, Maître de conférences à la Frei Universität de Berlin , présente une communication intitulée : « Trois campagnes de fouilles dans le temple contigu au Ramesseum (2010-2012)
    Résumé : Parmi les éléments qui distinguent le Ramesseum, construit par Ramsès II (env. 1279-1212), des autres temples élevés par les pharaons du Nouvel Empire (env. 1543-1078) sur la rive gauche de Thèbes (Louxor), se trouve un petit monument qui touche au Ramesseum sur son côté nord : le temple contigu. Ce monument présente deux particularités. La première est d’avoir été consacré par Ramsès II à sa mère, la reine Touy, mais peut-être aussi à Néfertari, la grande épouse royale. La seconde est d’être un temple double, c’est-à-dire que les espaces s’y succèdent le long de deux axes parallèles et non d’un axe principal et central. Le temple a fait l’objet d’une première prospection archéologique dans les années 1930, puis de dégagements de surface dans les années 1970. Depuis 2010, il est l’objet d’une nouvelle fouille, systématique cette fois. L’objectif de cette fouille est bien sûr une reconstitution de la chronologie du site. Ceci étant, à terme, le projet vise aussi une restitution de l’architecture du monument et de sa décoration. Encadrée par un contrat de coopération entre le Centre National de la Recherche Scientifique et la Freie Universität Berlin, la fouille est financée par la Fritz Thyssen Stiftung. Ce sont les résultats des trois premières campagnes qui seront présentés ici.

 Séance du 18 janvier 2013

1-Lecture du procès-verbal de la séance précédente.

2-Nouveaux membres :

  • Monsieur Theerapong James Inthano, ATER et Doctorant à l’INALCO, spécialisé en langue et littérature thaï, présenté par Messieurs Jean-Louis Bacqué-Grammont et Michel Antelme.
  • Monsieur Didier Davin, ATER au Collège de France, spécialisé en bouddhisme japonais, présenté par Messieurs Jean-Noël Robert et Franciscus Verellen.

3- Communications :

  • Monsieur Dominique BEYER, directeur de la mission archéologique française Porsuk depuis 2003, présente une communication intitulée :« Zeyve höyük-Porsuk : Une fouille hittite au pied du Taurus ».
    Résumé : En hommage au Professeur Olivier Pelon, ancien directeur de la mission française, décédé il y a quelques semaines, on présentera un bilan des recherches menées depuis 1969 jusqu’à nos jours sur ce site de Cappadoce méridionale, fondé au XVIIe siècle av. J.-C., période où se forme l’ancien royaume hittite et où Hattusili Ier et ses fils s’intéressent particulièrement à ce qui apparaîtra plus tard dans la documentation écrite sous le terme de Bas Pays hittite. Le site fortifié occupe un emplacement stratégique important, au débouché de plusieurs vallées contrôlant les accès aux Portes Ciliciennes d’une part, et par là aux régions du Levant, et d’autre part aux voies de communications vers la plaine de Konya à l’ouest. En outre les Hittites, mais aussi leurs divers successeurs dans le temps, ont été attirés par les riches gisements métallifères (argent surtout) de la chaîne des montagnes du Taurus. Les travaux de fouille ont été compliqués par la présence d’épaisses couches archéologiques, le site ayant été occupé durant l’Âge du Fer, les périodes hellénistique et romaine, la dernière occupation correspondant à une nécropole chrétienne médiévale. Dans le cadre de cette présentation seront évoqués les résultats concernant les périodes hittite et néo-hittite.
  • Monsieur Mirjo SALVINI, directeur émérite de l’Institut sur les civilisations de l’Egée et du Proche Orient (Consiglio Nazionale delle Ricerche) Rome, présente une communication intitulée : Le “ Voyage littéraire ” de Friedrich Eduard Schulz en Asie occidentale (1827) et la découverte de la civilisation de l’Urartu
    Résumé : La mission d’étude du jeune savant allemand Friedrich Eduard Schulz, l’un des premiers membres de la Société Asiatique, fut nommée « Voyage littéraire » par l’Iraniste M. Saint-Martin, son mécène et protecteur, qui publia en 1828 dans le Nouveau Journal Asiatique une « Notice sur le voyage littéraire de M. Schulz en Orient, et sur les découvertes qu’il a faites récemment dans les ruines de la ville de Sémiramis en Arménie ». Selon les instructions du ministre des affaires étrangères français il aurait dû atteindre la légendaire « Ville de Sémiramis », et également chercher les documents du zoroastrisme ; mais sa mort tragique à l’âge de 30 ans, trois annnés après son départ de Paris, l’empêcha de continuer ses recherches. Son mérite principal, résultat de son premier voyage en Turquie Orientale dans l’été 1827, est la revélation de la civilisation du Royaume d’Urartu qui se développa sur le haut plateau arménien du IXè au VIIè siècle avant Jesus-Christ. Les 42 inscriptions cunéiformes qu’il découvrit et copia soigneusement sur le Rocher de Van, la Shamiramakert (Ville de Sémiramis) de la tradition arménienne, et dans ses alentours, furent publiées posthumes dans le Journal Asiatique de 1840. Ces textes nourrirent les travaux des orientalistes, qui aboutirent au milieu du XIXè siècle au déchiffrement de l’écriture cunéiforme. Les notes de ses voyages inédites font l’objet d’un long travail d’édition.

 Séance du 14 décembre 2012

1-Lecture du procès-verbal de la séance précédente.

2-Nouveaux membres :

  • Monsieur Alain Porte, Indianiste, traducteur, présenté par Mesdames Colette Poggi et Chantal Duhuy.
  • Monsieur Cheng Pei, Conservateur à la BNF, présenté par Madame Nathalie Monnet et Monsieur Pierre Marsone.
  • Monsieur Haitao Xie, Doctorant à l’Université de Fudan (Chine) présenté par Mesdames Caroline Gyss et Nathalie Monnet.
  • Monsieur Brice Vincent, Docteur en archéologie khmère, présenté par Madame Hélène Supya Nut et Monsieur Michel Antelme.
  • Réintégration de Monsieur Joseph Thach, Maître de Conférences en linguistique khmère à l’INALCO (parrains Monsieur Drège et Madame Saveros Pou)

3- Décès : Monsieur Olivier Pelon, entré à la Société Asiatique en 1987 sous le parrainage de Messieurs Jean-Louis Bacqué-Grammont et Daniel Gimaret.

4- Communications :

  • Monsieur Victor Gysemberg, allocataire moniteur à l’Université de Reims, rattaché à l’équipe de recherche CRIMEL- EA 3311, présente une communication intitulée Culte des morts et magie à Assur : les données nouvelles d’un rituel inédit néo-assyrien.

Résumé : Suite à une courte présentation des rituels mésopotamiens dirigés contre les revenants, une tablette cunéiforme inédite provenant d’Assur sera étudiée. Ce document sera replacé dans son contexte archéologique, la « maison de Kitsir-Assur ». Son déchiffrement permet de connaître presque intégralement deux rituels jusqu’à présent lacunaires et mal compris (n°13 et 14 chez J. Scurlock, Magico-Medical Means of Treating Ghost-Induced Illnesses in Ancient Mesopotamia). Le commentaire portera entre autres sur la religion et la vision du monde qu’exprime le texte, ainsi que sur la canonisation des textes savants en Mésopotamie et les rapports entre les pratiques magiques et leur théorisation.

  • Monsieur Süleymanoglu Valy, chercheur, traducteur et poète en langue et civilisation turques anciennes, présente une communication intitulée : Autour de Qutadgu Bilig, une présentation.

Résumé : Reconnue comme la première oeuvre turco-musulmane, Qutadğu Bilig (106-1070) est une source encyclopédique du savoir et de de la réflexion écrite à l’époque de la dynastie Qarakhanide par le penseur et l’homme d’Etat Yusuf de Balasagun, une oeuvre charnière qui a joué un rôle capital dans le développement de la langue turque et dans l’évolution de tous les pans de la société turque ancienne. En principe, le contenu majeur de l’oeuvre s’articule autour de la description de la mission du souverain et de son chancelier, discutant deux à deux de l’administration de l’Etat, du gouvernement, de la société, la justice sociale et la vertu des être humains, du rôle de la science, de la raison, et du törü, (considéré comme l’institution juridique et la constitution des Turcs anciens) et le qut (considéré comme imperium et fortune) dans l’administration de l’Etat. En outre, ces éléments, sujets de discussion, sont mis en scène de façon théâtrale : les quatre personnages essentiels dialoguant deux à deux. Malgré tout cela, on y découvre à la fois la langue, la grammaire, la poésie, des aphorismes, des proverbes, des citation d’épopées turques anciennes, et Yusuf de Balasagun nous parle également de l’éducation, de la famille, du mariage, de la chasse, des échecs, des sports ; on y côtoie des ambassadeurs, des chamanes (qam) et des poètes. Et de la même façon il nous révèle la pensée traditionnelle, religieuse, philosophique, sociale, éthique des Turcs anciens. De plus Qutadğu Bilig nous expose à la fois l’influence linguistique et culturelle des religions qui se sont succédées dans le monde turc avant l’arrivée de l’Islam : le chamanisme, le manichéisme, le nestorianisme, le bouddhisme, et celle de la philosophie grecque classique. Parallèlement à l’évolution linguistique, cette œuvre, qui est en principe une sorte de « Science du gouvernement », nous expose les cultures et civilisations des Turcs anciens dans les domaines de la politique, de la diplomatie, de l’éthique et du fonctionnement de l’Etat ainsi que de la société : palais, armées, commerçants et paysans ; évolution qu’on ne trouve dans aucun autre ouvrage contemporain. Et il nous révèle aussi un point important de la connaissance de la société médiévale : les Turcs que Qutadğu Bilig nous décrit étaient sédentaires ; ce qui pour la plupart des chercheurs occidentaux demeure un point peu étudié. Autre caractéristique mal connue, pour la première fois dans le monde musulman, le Qutadğu Bilig nous livre une vision qui traite les affaires de l’Etat en les séparant des préceptes religieux.

 Séance du 16 novembre 2012

1-Lecture du procès-verbal de la séance précédente.

2-Nouveaux membres :

  • Monsieur Rocco Rante, archéologue au Musée du Louvre, Département des Arts de l’Islam, présenté par Messieurs Chahryar Adle et Jean-Louis Bacqué-Grammont.
  • Monsieur Chen Zhenghong, professeur à l’Université de Fudan, présenté par Mesdames Amina Abudureheman et Jeanne-Marie Allier.

3- Décès : Madame Sophie Kessler-Mesguich, spécialiste de linguistique hébreu, entrée à la Société Asiatique en 2007 sous le parrainage de Messieurs Christian Robin et Arnaud Serandour.

4- Communications :

Monsieur Marc Ballanfat, professeur de philosophie en classes préparatoires, traducteur de textes sanscrits, présente une communication intitulée : Le végétarisme de Porphyre et l’évocation de l’Inde au IIIè siècle.

Résumé : Au IIIe siècle de notre ère, le philosophe Porphyre compose un plaidoyer philosophique en faveur du végétarisme et de la non-violence, intitulé « De l’abstinence ». Bien qu’il se situe très largement dan la tradition pythagoricienne, où il puise la plus grande partie de son argumentation, Porphyre recense, dans le livre IV, tous les témoignages qui viennent à l’appui de son propos. C’est dans ce contexte qu’il mentionne, à l’image de ses prédécesseurs grecs, les gymnosophistes indiens, dans un chapitre court mais dense, que l’on se propose ici d’évoquer.

Monsieur Thomas Lorain, docteur en archéologie islamique de l’EPHE, Chargé de cours à l’Université de Paris Sorbonne et à l’Institut Catholique de Paris, présente une communication intitulée : Topographie de l’ostentation dans les remparts de Diyarbakir (Xè -XIIIè siècle).

Résumé Parce qu’elle a su su préserver les traces de plus de seize siècles de constructions, d’adaptations et de restaurations de ses remparts, et parce qu’elle présente l’un des plus grands nombre d’inscriptions dédicatoires du monde musulman médiéval, l’enceinte de Diyarbakır (Sud-Est anatolien) mérite de figurer parmi les plus remarquables du Proche-Orient. Ainsi, sur une période courant du Xe au XIIIe siècle, plus de 40 inscriptions ont été répertoriées et ont fait l’objet de l’attention particulière d’éminents épigraphes, tels que Max van Berchem, Jean Sauvaget ou plus récemment Sheila Blair. Véritables témoignages de la propagande véhiculée par leurs commanditaires, ces inscriptions n’ont pourtant que rarement été mises en relation avec leur support, c’est-à-dire avec les éléments architecturaux dont ils commémoraient l’érection ou la restauration. En présentant les édifices qui portaient ces inscriptions et leur position sur l’enceinte de Diyarbakır, il s’agira de mettre en lumière les motivations qui ont présidé au choix de ces emplacements, et leur évolution au fil des siècles.

 Séance du 11 mai 2012

1-Lecture du procès-verbal de la séance précédente.

2-Nouveaux membres :

  • Monsieur Jean Claude Muller linguiste et indianiste, parrainé par Messieurs Pierre Sylvain Filliozat et Jan Houben.
  • Madame Léonie Allard, étudiante spécialisée de coréen et d’arabe, parrainée par Messieurs Pierre Sylvain Filliozat et Jean-Pierre Mahé.

3-Communications :

Monsieur Damien CHAUSSENDE, Chargé de recherches CNRS (UMR 8155-CRCAO), présente une communication intitulée : Le Bureau de l’histoire en Chine sous la dynastie des Tang (618-907)

Résumé : L’histoire est, dans la Chine classique, une discipline reine ; elle y est conçue comme un miroir pour le prince et un guide pour le fonctionnaire. Depuis le deuxième siècle avant notre ère, la tradition historiographique chinoise est continue, chaque dynastie s’étant en effet donné pour tâche de rédiger l’histoire du ou des pouvoirs politiques l’ayant précédée. L’élaboration de cette historiographie officielle connut un tournant décisif au début de la dynastie des Tang (618-907) lorsque l’empereur Taizong (r. 626-649) créa le Bureau de l’histoire (shiguan), une institution qui, installée à l’intérieur même du palais impérial, avait pour mission de contrôler et d’encadrer étroitement l’écriture de l’histoire. La communication portera sur les conditions dans lesquelles le bureau fut institué, son fonctionnement, quelques unes des œuvres qu’il produisit et les critiques qu’il suscita.

Monsieur Eric LEFEBVRE, Conservateur du patrimoine, Musée Cernuschi-Creops, présente une communication intitulée : Les influences des études épigraphiques sur la peinture des maîtres de l’école de Shanghai

Résumé : Au cours de la dynastie Qing, l’école des vérifications et des preuves (kaozheng xue) a eu des effets remarquables sur le champ de l’épigraphie. La méthode empirique prônée par ce courant de pensée a suscité en particulier la recherche de témoignages matériels de l’antiquité. Les découvertes de bronzes et de stèles dont les inscriptions sont diffusées au moyen de l’estampage et de la publication font l’objet d’une réception enthousiaste. Elles vont donner lieu à un profond renouvellement de la calligraphie dès la fin du XVIIIème siècle. Au XIXème siècle, les maîtres de l’école de Shanghai en associant l’art du trait calligraphique et l’incision sigillaire de manière inédite transposent ces découvertes dans le domaine de la peinture.

 Séance du 16 mars 2012

1. Lecture du procès-verbal de la séance précédente.

2. Nouveaux membres
Madame Danielle LE GALL, présentée par Mesdames Lyne Bansat-Boudon et Silvia d’Intino. Monsieur Lei YIN, présenté par Mme Kuo Li Ying et Monsieur Pierre Marsone. Monsieur Grégory CHAMBON, présenté par Messieurs Michael Guichard et Jean Marie Durand. Monsieur Pierre VUONG, présenté par Mme Caroline Gyss et Monsieur Jean-Louis Bacqué-Grammont. Monsieur Nicolas SCHLUMBERGER, présenté par Messieurs Jean Esmein et Gilles Béguin. Monsieur Sébastien GARNIER, présenté par Messieurs Ali Amir Moezzi et Abdallah Cheikh Moussa.

3. Communications

Madame Claudine Salmon, directeur de recherches émérite au CNRS : _« Epigraphie chinoise en Asie du Sud-Est – Etat des lieux »

Résumé : En Chine les inscriptions constituent une source importante pour toutes les périodes historiques, et leur pertinence y a été appréciée beaucoup plus tôt qu’en Occident. De semblables inscriptions se trouvent aussi hors des frontières. Les chefs de campagnes militaires, voire d’expéditions maritimes, ont parfois laissé derrière eux des inscriptions célébrant leurs visites à l’étranger, notamment au Vietnam, en Birmanie, en Inde et à Sri Lanka. Les pèlerins bouddhiques ont également composé des inscriptions commémoratives ainsi que des ex-voto, tels ceux de Bodh-Gayâ. Occasionnellement, on trouve aussi les épitaphes de personnages officiels chinois morts en mission, telles celles trouvées à Brunei et à Hội An 會安 (Vietnam). Toutefois la plupart des inscriptions chinoises d’Asie du Sud-Est dont les plus anciennes connues remontent aux dynasties des Sui et des Tang furent érigées par des émigrants et leurs descendants en tant qu’individus ou en tant qu’organisations privées et semi-privées tels que sanctuaires, temples ancestraux (citang祠堂), associations funéraires, guildes (hanghui 行會), associations régionales (huiguan 會館, littéralement hall d’assemblée ou Landsmannschaft), sociétés secrètes, et écoles. La structure de ces inscriptions suit plus ou moins le modèle de celles composées officiellement et semi-officiellement en Chine même. De fait, la plupart de celles trouvées à l’étranger furent rédigées par des lettrés résidant dans la mère-patrie. Bien que ce matériel épigraphique constitue une source précieuse pour maints aspects de l’histoire des communautés chinoises d’Asie du Sud-Est, elles ont été longtemps négligées et depuis la Seconde guerre mondiale, leur destruction a été accélérée par les processus d’urbanisation et le développement économique et, dans certains pays, par des mouvements antichinois. Ce n’est réellement qu’à partir des années 1960 que l’attention des chercheurs s’est portée sur ces corpus virtuels en particulier en Malaysia, à Singapour, en Indonésie, et en Thaïlande.

Madame Muriel Debié, chargée de recherches au CNRS : _« Alexandre le Grand en syriaque : une figure identitaire du christianisme d’Asie occidentale »

Résumé : Il existe en syriaque comme dans les autres traditions de l’Orient chrétien toute une littérature tournant autour de la figure d’Alexandre le Grand, à commencer par une traduction du Roman du Pseudo-Kallisthènes. A côté de cette littérature qui tend à christianiser Alexandre en situant son périple vers l’Orient dans une histoire et une géographie du monde lues à la lumière de la Bible, Alexandre occupe une place particulière dans la mémoire identitaire des chrétientés de langue syriaque. C’est à ce rôle historique, religieux et politique que joue la figure d’Alexandre le Grand dans les chrétientés syriaques que s’intéressera cette séance.

 Séance archéologique du 13 janvier 2012

1. Lecture du procès-verbal de la séance précédente.

2. Nouveaux membres
Mme Agnès AUGER, professeur de chinois, parrainée par Mme Sylvie Hureau et M. François Martin.

3. Décès
Madame Francine TISSOT, entrée à la Société Asiatique en 1974.

4. Communications

Les deux exposés seront accompagnés d’une série de projections.

Mme ZHAO Bing, Chargée de recherche CNRS (UMR 8155) :
« Les potiers faussaires de Longquan (Zhejiang, Chine) de la période républicaine (1911-1949) »

Résumé : Lors des enquêtes ethnoarchéologiques auprès des potiers faussaires actuels du district de Longquan au Zhejiang, la conférencière s’était intéressée à un manuscrit. Chaque page de ce dernier est composée d’un ou deux dessins de céramique, chaque dessin étant complété à son tour d’une courte légende. Cet ouvrage était jusqu’alors considéré par l’élite locale comme un catalogue de pièces majeures de céramiques anciennes de Longquan (connues en occident sous le nom de céladon de Longquan). Or, après l’examen attentif du manuscrit en vue d’une publication, la conférencière y a relevé des représentations d’objets falsifiés. En fait, Chen Zuohan (1907-1952), l’auteur du catalogue, était à la fois chef du canton, collectionneur, dessinateur, potier faussaire, et marchand d’art. Dans le canton de Baoxi que Chen Zuohan supervisait entre 1938 et 1950, des ateliers de faussaires étaient actifs dès les années 1920. Le manuscrit est le seul des deux ouvrages de Chen qui ait été conservé en dépit des bouleversements tragiques de l’histoire. Il permet aujourd’hui d’aborder des questions clés de l’étude des faux : classification de faux, rapport entre modèles et objets falsifiés, techniques de simulation des dommages accidentels, etc. La conférencière analysera par ailleurs divers phénomènes culturels qui seraient en rapport avec la recrudescence de faux pendant la période républicaine (1911-1949) dans le contexte local de Longquan.

Mme Bertille LYONNET, Directrice de Recherche au CNRS (UMR 7192) :
« Les pays du Caucase aux marges du monde mésopotamien, VIe-IIIe millénaires »

Résumé : Région longtemps restée méconnue des Occidentaux, le Caucase, au moins dans sa partie méridionale, présente pourtant de nombreux liens avec le monde mésopotamien qui interpellent le chercheur. Les travaux archéologiques que nous menons dans cette région depuis une dizaine d’années ont porté tant sur des établissements à l’architecture de briques ou de pisé, que sur des cabanes en structures légères, ou encore des kourganes. Ils ont permis de mettre en évidence une succession de cultures datant du Néolithique au début de l’Age du Bronze, certaines étant jusqu’alors totalement inconnues. Toutes présentent, à des degrés divers, des preuves de relations avec celles que l’on connaît plus au sud. Toutefois, elles n’ont jamais connu l’écriture et, de ce fait, les fondements de leurs contacts avec la Mésopotamie ne sont pas clairs. On présentera un certain nombre de nos découvertes et on discutera des possibles raisons sous-jacentes.

 Séance du 16 décembre 2011

1. Lecture du procès-verbal de la séance précédente

2. Communications

Mme Isabelle KLOCK-FONTANILLE (Professeur à l’Univ. de Limoges et membre senior de l’Institut Universitaire de France) :
« La langue Hattie : état de la question et perspectives nouvelles »

Résumé : Le hatti est la langue qui a précédé le hittite (langue indo-européenne) en Anatolie centrale. C’est le substrat de ce dernier. C’est une langue de type agglutinant qu’on ne peut rattacher à aucune famille linguistique connue. Les utilisateurs de cette langue étaient les Hattis, porteurs de la culture de l’Anatolie centrale au 3ème millénaire avant J.-C. A la fin du 3ème millénaire, des éléments proto-indo-européens s’infiltraient dans la péninsule, s’intégraient dans la société hattie et assimilaient leur langue, qui a fini par disparaître. Le hittite est devenu la langue officielle du nouveau royaume et le hatti est alors devenu une langue morte, reléguée au rôle de langue liturgique. Mais, plus tard, les scribes hittites ont transcrit/noté en cunéiforme des textes rituels, des mythes, des prières, etc. – des textes appartenant tous à la sphère religieuse. Donc, le hatti ne nous est connu que par la tradition scribale hittite tardive, soit sous la forme d’insertion dans les textes hittites, soit sous la forme de bilingues.
Le hatti est un cas intéressant à plusieurs niveaux : (i) c’est une langue qui a disparu, sans descendance, mais qui, grâce à une volonté politique, a en même temps le statut de langue morte (et donc nous est – partiellement – parvenue) ; (ii) les scribes qui ont transcrit les textes ne comprenaient plus (bien) le hatti et l’ont donc transcrit à l’aune de leur propre système d’écriture et de langue ; (iii) la langue hattie a disparu, mais elle a influencé la langue hittite ; (iv) le chercheur moderne n’a que ces textes notés souvent approximativement et ces traces dans la langue hittite pour reconstituer la langue hattie.

M. Samuel THÉVOZ (Docteur ès lettres de l’Univ. de Lausanne) :
« L’éveil de Jacques Bacot à la tibétologie : du drame sacré de Gata aux horizons de Népémakö »

Résumé : « Bien peu ont su que Jacques Bacot avait été un voyageur audacieux, mieux encore : un explorateur ». Ainsi Marcelle Lalou, son élève et collègue dévouée, soulignait-elle dans la nécrologie qu’elle lui consacrait en 1965, la discrétion du célèbre tibétologue ; c’est ce même passé ignoré que rappelait Anne-Marie Blondeau en 1988 dans sa préface à la première réédition du Tibet révolté, second des récits de voyage de Bacot dont la publication remontait à 1912.
L’on connaît mieux, sans doute, le parcours métropolitain de Bacot. Celui-ci se met à fréquenter les cours de Sylvain Lévi à partir de 1908, soit au retour de son premier voyage (Dans les marches tibétaines, récit publié en 1909). En termes académiques, l’on est donc en droit d’identifier là le début de sa carrière dans les cercles orientalistes parisiens et internationaux. Pourtant, c’est avant tout à ses deux périples au Tibet et à sa rencontre avec les Tibétains que Bacot doit son intérêt pour l’orientalisme et la tibétologie. Or, dans le récit même de son expérience vécue in situ, se dessinent le regard renouvelé et les objets d’étude inédits que Jacques Bacot apportera à ce qu’on appelait encore les « études thibétaines ».

 Séance du 18 novembre 2011

1. Lecture du procès-verbal de la séance précédente

2. Nouveaux membres
-Mme Agathe Keller, historienne des sciences en Inde, parrainée par MM. Jean-Pierre Mahé et Pierre-Sylvain Filliozat ;
-M. Ali Mousavi, spécialiste de l’Iran ancien, parrainé par MM. Chahryar Adle et Jean-Louis Bacqué-Grammont ;
-M. Frédéric Burguière, analyste à la Société Générale, parrainé par MM. Jean Esmein et Pierre-Sylvain Filliozat ;
-M. Boris Alexandrov, docteur en Assyriologie, parrainé par MM. Jean-Marie Durand et Lionel Marti ;
-M. Suleymanoglu Valy, spécialiste de théologie musulmane, parrainé par MM. Jean-Louis Bacqué-Grammont et Michel Bozdemir ;
-Réintégration de Mme Karine Chemla (parrains MM. Gernet et Schipper).

3. Décès
-Mme Lucette Boulnois ;
-M. Jean Leclant, Secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et Président d’honneur de la Société Asiatique ;
-M. Jean Michel Batbedat ;
-M. André Raymond ;
-M. Christian Bouy (nécrologie de M. André Padoux).

4. Communications

Mme Cristina Scherrer-Schaub (EPHE) :
« De Lhasa à Rome : l’entrée de la vacuité dans le monde moderne. Les écrits tibétains d’Ippolito Desideri »

Résumé : Le 26 juin 1715, Ippolito Desideri, accompagné de son aîné le Père Manoel Freyre, arrive à Leh, capitale du Ladakh en route vers Lhasa, capitale du Tibet. Le voyage durera huit mois. Alors que Freyre, éprouvé par les conditions de vie particulièrement difficiles, rentre immédiatement en Inde, Desideri passera cinq ans à Lhasa. Une rencontre exceptionnelle s’opère alors entre des savants de même taille et des discussions philosophiques se tiennent au monastère de Sera avec, en arrière plan, les Sommes de deux géants : rJe Tsoṅ kha pa, le scoliaste bouddhiste (1357-1419) et Saint Thomas d’Aquin, le « Doctor Angelicus ». (1224/5-1274). En 1728 Desideri est de retour à Rome : la « vacuité » (Tib. stoṅ pa ñid, Skr. śūnyatā) fait ainsi son entrée triomphale dans le monde moderne, tout comme la recette du thé salé tibétain. Mais au delà des récits savoureux sur le Pays des neiges, et des discussions passionnantes sur la « métempsycose », à savoir le cycle des existences (Tib. srid pa‘i ‘khor, Skr. bhava-cakra) ou transmigration (Tib. ’khor ba, Skr. saṃsāra), transparaît un pan de l’histoire intellectuelle des hommes où les problèmes de traduction et d’interprétation, pour ainsi dire, s’universalisent.

L’exposé sera accompagné d’une projection d’images.

M. Hugo David (EPHE, en séjour à l’Université de Leyde) :
« De l’objet “lié” (anvita) à l’objet “indivis” (akhaṇḍa) : Prakāśātman et la question du langage »

Résumé : On connaît généralement le Vedānta comme l’un des six « systèmes » (darśana) de la philosophie brahmanique classique, caractérisé par ses thèses d’ordre métaphysique et sotériologique. Ses fondateurs – à commencer par le grand Śaṅkara (VIIe-VIIIes.), qui initia sa tendance « moniste » (advaita) – et ses principaux représentants se considéraient pourtant avant tout comme des spécialistes de l’exégèse védique et, pour certains d’entre eux, comme des théoriciens de la parole. C’est ce courant aujourd’hui largement oublié de réflexion linguistique, qui traverse l’histoire de l’école, qu’on s’efforcera de saisir dans ses premières formulations systématiques autour du Xesiècle, à travers l’une de ses figures emblématiques, Prakāśātman, auteur d’une synthèse magistrale sur la question : le Śābdanirṇaya (« Réflexions sur la connaissance verbale »). La considération de deux de ses thèses les plus caractéristiques – celle de l’objet « lié » et celle de l’objet « indivis » – permettra notamment de reconstruire le contexte intellectuel dans lequel elles se sont formées et de mettre en évidence les malentendus auxquels elles ont pu donner lieu parmi les Vedāntin alors même qu’elles devenaient l’héritage commun de l’école durant les premiers siècles du second millénaire.

 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 2011

1. Lecture du procès-verbal de la précédente Assemblée générale (juin 2010).

2. Lecture du rapport moral du Président, M. Mahé.

Texte du rapport 2011 :

Vote sur le rapport.

3. Lecture du rapport de la Trésorière et de celui des Censeurs.
Quitus au Trésorier.

4. Communication de M. Philippe PAPIN, Directeur d’études à l’EPHE :
« La diversité de l’imagerie vietnamienne. À propos de la réédition du livre de Maurice Durand »

Résumé : L’imagerie populaire vietnamienne frappe par son extrême diversité. Elle prend pour thèmes de grandes pages de la littérature ou des scènes de la vie aux champs, des motifs religieux ou des jeux d’argent, la morale ordinaire, les réjouissances villageoises, la piété filiale, les animaux et les paysages. À cette diversité des sujets s’ajoute celle des qualités de traitement, de supports, et celle des manières de représenter les choses et d’appliquer les coloris. Si l’imagerie vietnamienne est variée, c’est que sa clientèle l’était aussi. Les images, vendues à la pièce dans les échoppes et dans les rues, s’adaptaient à la demande. Créatives et d’exécution supérieure pour les uns, elles étaient pour les autres plus communes et standardisées, avec entre ces deux pôles une gamme de nuances très étendue. Cette richesse apparaît dans l’étude magistrale réalisée par Maurice Durand, L’imagerie populaire vietnamienne, qui vient d’être rééditée dans une version augmentée et en couleurs.

6. Dépouillement des votes concernant le renouvellement des membres au Conseil.

L’Assemblée générale a été suivie d’une réunion amicale sur place.


© 2011 - Textes et conception des pages Société Asiatique : Pierre-Sylvain Filliozat et Annick Fenet – tous droits réservés.


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