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Hiroshige, l’art du voyage


Pinacothèque de Paris, 3 octobre 2012-17 mars 2013.



La Pinacothèque de Paris a accueilli, le mardi 5 mars 2013, un groupe composé de membres et de correspondants de l’Académie, guidés par MM. Alain Briot, japonologue et collectionneur, et Jean-Noël Robert, membre de l’Académie, pour une visite de l’exposition Hiroshige, l’art du voyage proposant une sélection de près de deux cents estampes du Maître d’Edo.

Après avoir expliqué les étapes de la réalisation d’une estampe où interviennent non seulement l’artiste qui compose le dessin, mais également l’artisan qui grave le dessin dans des planches de bois et celui qui imprime à l’aide de ces planches le trait à l’encre de chine et les différentes couleurs, l’ensemble étant coordonné par l’éditeur dont le rôle dans le choix des thèmes et des couleurs est aussi crucial, M. A. Briot s’est attaché à mettre en lumière la richesse et la subtilité de ces « images du monde flottant » – ainsi qu’il est d’usage de traduire en français le terme d’ukiyo-e – paysages poétiques et scènes de la vie quotidienne qui rythment le voyage le long du Tōkaidō et du Kisokaidō, les deux routes reliant la capitale Edo à la ville de Kyoto.

Les savants commentaires ont aussi permis d’évoquer les liens avec l’Occident et l’art européen. Hiroshige a exercé durant la première moitié du XIXe siècle, une époque antérieure à la grande ouverture du Japon, mais où existent déjà des échanges avec le monde occidental, notamment par le biais des Hollandais qui diffusèrent au Japon non seulement des images de l’art européen, mais aussi des techniques nouvelles comme l’utilisation du pigment appelé bleu de Prusse qui permet un usage renouvelé de cette couleur si appréciée, jusqu’alors limité par l’instabilité à la lumière de l’indigo qui servait à la fabriquer.

Hiroshige fait montre d’une attitude ambivalente face à ces apports extérieurs, entre intégration et réticence, comme cela se manifeste dans son utilisation des règles de la perspective établies par les artistes européens : des règles qu’il maîtrise à la perfection et auxquelles il déroge non par ignorance mais par intention. Ses œuvres, dont la composition très moderne préfigure le cadrage photographique, sont à la fois familières et singulières au regard européen et connaissent un grand succès en Europe à la fin du XIXe siècle.

M. J.-N. Robert a souligné à différentes reprises les références à la culture bouddhique et notamment le caractère symbolique selon certains, du nombre de cinquante-trois que comptent les étapes du Tōkaidō et celles de la quête de l’Eveil du jeune moine Sudhana (Zenzai-dôji) qui se rendit auprès de cinquante-trois maîtres selon le Sūtra de l’ornement de splendeur. On a aussi rapproché ce nombre d’une version bouddhique du jeu de l’oie japonais (sugoroku) qui comprend cinquante-trois étapes jusqu’au paradis (Terre Pure) d’Amida.

Pour en savoir plus sur l’exposition sur le site du musée :

  • La page de présentation de l’exposition sur le site de la Pinacothèque >>>
  • Le dossier de presse de l’exposition >>>

Commissaire de l’exposition : Pr. Matthi Forrer, conservateur au musée de Leyde.

L’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres s’est intéressée très tôt au vaste champ d’études offert par la civilisation japonaise. Parmi ses membres s’est distingué l’éminent spécialiste du Japon de l’époque Heian (IXe-XIIe s.), Bernard Frank (1927 - O 1983 - 1996), qui s’est aussi consacré à l’histoire des études japonaises en France ainsi qu’aux relations entre la France et le Japon.


Voir également les actes de la Journée de célébration à l’occasion du 150e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre le Japon et la France, AIBL, 23 mai 2008, J.-N. Robert et J. Leclant éd., 2009.


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