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Séance du 23 mars 2018

Note d’information de M. Pascal Arnaud, professeur d’histoire romaine à l’Université de Lyon 2, sous le patronage du Président Jean-Louis FERRARY : « Le chargement et le déchargement des marchandises dans la loi douanière d’Asie ».

Résumé : La traduction et l’interprétation des verbes ἐμβάλλεσθαι et ἐξαίρεσθαι étaient considérés comme une vexata quaestio dans la dernière édition du document fondamental qu’est la lex portorii Asiae d’Ephèse. Ces verbes, le premier très largement attesté, le second beaucoup moins, mais assez pour être clairement interprété, ont respectivement le sens de « charger » et « décharger » un navire. Ils appartiennent l’un et l’autre à un vocabulaire très technique de la pratique maritime. Leurs équivalents latins sont imponere et exponere.

Ἐξαίρεσθαι apparaît principalement aux époques anciennes, et le nom du lieu du port auquel il est lié – l’exairesis – s’éteint avec l’Empire. Une comparaison avec les passages publiés de la loi douanière de Lycie semble confirmer que l’usage de ce verbe est un indice, parmi d’autres, de l’ancienneté de la traduction grecque affichée à Éphèse.

La clarification du sens de ces deux mots permet de mieux comprendre la façon dont se déroulent matériellement les opérations douanières dans ce qui semble être la pratique romaine. Dans une statio d’un des ports dont la liste est donnée au début de la loi, ou à défaut dans une custodia, se font la déclaration et l’enregistrement écrit de la cargaison (quantité et nature) et de sa valeur, ainsi que des lieux exacts de chargement et déchargement. Le paiement s’effectue dans une statio. Le chargement ou le déchargement s’effectuent de jour, sous le contrôle de la custodia la plus proche à une distance maximale de 150 m. du lieu déclaré.

Cette traduction impose de revoir la restitution proposée de plusieurs chapitres de la loi douanière, et jette un nouvel éclairage sur plusieurs textes douaniers ou fiscaux d’importance (loi d’Hadrien sur l’huile, décret de Kaunos, décret de Myres).

Abstract :

The exact meaning of the verbs ἐμβάλλεσθαι and ἐξαίρεσθαι were considered a vexata quaestio by the editors of the so-called Roman customs Law of Asia found at Ephesus. There are many occurrences of the former while the latter is much rarer, but evidence is sufficient to determine their meaning. Ἐμβάλλεσθαι means ‘lading’ and ἐξαίρεσθαι ‘unloading’ a ship. Both are part of the technical vocabulary of maritime trade. Their Latin equivalents would be imponere and exponere.

Occurrences for ἐξαίρεσθαι are mainly characteristic of older periods, and the exairesis – or the place within the port it is relating to – disappears under the Empire. A comparison with that little that has been published of the lex portorii Lyciae strongly suggests that the vocabulary of the Greek translation of the lex portorii Asiae displayed at Ephesus is much older.

The meaning of these verbs sheds new light the details of Roman customs procedure. Both declaration and registration were made at a statio in one of the ports listed at the beginning of the Law, or if no statio was available, at the nearest custodia. These documents included the detail of the cargo (quantity and nature) and of its value, and the place where it would be loaded or unloaded. Duties were payed at a statio. The cargo was loaded or unloaded, by day, no further than 150 m. away from the declared place, under the control of the nearest custodia.

Accordingly, the reconstructed text of several paragraphs of the Law has to be revised, and several aspects of important documents, such as Hadrian’s Law on Athenian oil, the customs regulation of Caunus and the decree of Myres are to be reconsidered under this new light.

Communication de M. Charles Guérin, professeur de langue et littérature latines à l’Université Paris Est Créteil, sous le patronage du Président Jean-Louis FERRARY : « Des déclamateurs grecs sur la scène romaine : les enjeux de l’altérité culturelle dans les textes de Sénèque le Père ».

Résumé : Les Controverses et les Suasoires de Sénèque le Père représentent notre plus ancienne source d’information sur la déclamation antique. Rédigées dans les années 30 ap. J.-C., elles rassemblent des extraits de déclamations prononcées par des rhéteurs de la fin de la République et des débuts du Principat qui, parfois, s’expriment en grec. Cette dimension bilingue de la déclamation romaine n’est pourtant pas mise en valeur par Sénèque le Père, qui, tout en préservant leurs discours, s’efforce de présenter les Graeci declamatores comme un groupe à part, distinct non seulement par sa langue, mais aussi par ses références, son style et son comportement. Dans cette communication, on tentera d’analyser les raisons pour lesquelles Sénèque met ainsi à distance la pratique grecque de la déclamation et de montrer que la barrière qu’il tente d’ériger entre monde grec et monde latin est en grande partie une construction idéologique. Car s’il fait tout pour souligner l’altérité culturelle de ces déclamateurs grecs, Sénèque ne parvient pas à dissimuler l’existence d’une véritable déclamation gréco-latine, où les textes, les thèmes et les praticiens eux-mêmes circulent sans difficulté d’un monde à l’autre. Derrière les catégories rigides mises en place par les Controverses et les Suasoires, le lecteur prêt à déjouer la construction sénéquienne voit alors apparaître la dimension transculturelle de la déclamation romaine à l’époque d’Auguste et de Tibère.



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