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Séance du 7 décembre 2018

Le programme de la séance placée dans le cadre du colloque « Mythes d’origine dans les civilisations de l’Asie » est le suivant :

– Communication de M. Pierre-Sylvain FILLIOZAT, membre de l’Académie, vice-président de la Société asiatique : « Le son du sanscrit, origine de l’univers ».

Résumé : L’Aṣṭādhyāyī, « Huit leçons » de langue sanscrite, présente en introduction une liste de sons ordonnée en 14 groupes, voyelles (2 groupes), diphtongues (2), semi-voyelles (2), nasales, occlusives sonores aspirées (2), occlusives sonores non aspirées, occlusives sourdes (2), sifflantes, aspirée. Cet ordre est suivi par l’auteur, Pāṇini, pour un procédé de formalisation de son exposé. Il est aussi inséré dans un mythe de création du langage. Chacun de ces groupes est dit être un sūtra révélé par Śiva Maheśvara à Pāṇini. Le premier commentateur connu de Pāṇini, Kātyāyana, dont les vārttika-s sont commentés par Patañjali, conclut ses observations sur les Māheśvarasūtra-s par les vers :

varṇajñānaṃ vāgviśayo yatra ca brahma vartate |

tadartham iṣṭabuddhyarthaṃ laghvarthaṃ copadiśyate ||

« Le savoir des phonèmes est l’enclos de la parole où aussi le brahman réside ; pour cela, pour la connaissance des phonèmes désirés, pour l’économie d’exposé, il est enseigné. »

Apparaît ici l’idée que l’alphabet ordonné contient tout le langage et le brahman qui est le principe des choses signifiées. Patañjali amplifie :

so’kṣarasamāmnāyo vāksamāmnāyaḥ puṣpitaḥ phalitaś candratārakavat pratimaṇḍito veditavyo brahmarāśiḥ |

« Cet enseignement des phonèmes, enseignement de la parole, qui fleurit, fructifie, est beau comme la lune et les étoiles, doit être connu comme étant la masse du brahman. »

La même assimilation de la liste des phonèmes, de la parole et du brahman est reprise et développée par Nandikeśvara dans un commentaire en 21 strophes, appelé Kāśikā « Illuminatrice » sur les 14 Māheśvarasūtra. Upamanyu a ajouté un sous-commentaire intitulé Tattvavimarśinī « Réflexion sur les essences ». Ces deux derniers auteurs assimilent chaque groupe de phonèmes avec un ou plusieurs des 24 tattva-s « essences » par lesquels le système ancien du Sāṃkhya définit les chaînons d’une évolution créatrice de l’univers.

Aucun de ces auteurs n’est précisément datable. Les trois premiers se situent dans les Ve à IIe siècles av. CE. Les deux derniers sont très tardifs par rapport à eux. Ils sont précisément localisables autour d’un grand centre de pèlerinage, Tillai-Cidambaram au Tamilnāḍu et sont peut-être le produit de l’époque Cola du développement du lieu saint, où un culte de Patañjali s’est popularisé.

– Communication de M. Satyanad Kichenassamy, professeur à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, sous le patronage de M. Pierre-Sylvain FILLIOZAT : « L’irruption de l’infini : la légende de la colonne de lumière ».

Résumé : La légende de la colonne massive (tam. piḻampu), faite de feu et de lumière, sans commencement ni fin, apparue à Tiruvaṇṇāmalai (à 89 km de Pondichéry), est l’un des thèmes classiques de la littérature indienne : Viṣṇu, protecteur du monde, ne put en atteindre la base ; Brahmā, qui se crut l’origine du monde, n’en vit jamais le sommet. Ce mythe étiologique fonde la représentation symbolique (liṅga) de Śiva et la suprématie de celui-ci. Les philosophes en ont donné une justification originale : « la fin est le commencement » (Civañāṉapōtam, 1). Nous montrerons, notamment par l’analyse de la place du narrateur dans les textes, que la légende est une psychomachie où le feu est la lumière de la grâce à laquelle l’âme aspire et résiste à la fois, peut-être parce qu’elle ne parvient pas à la concevoir.



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