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Séance du 13 avril 2018

Note d’information de M. Marc Baratin, correspondant de l’Académie : « Où en est la traduction de Priscien ? ».

Résumé : Enseignant la grammaire latine à Constantinople au début du VIe siècle, Priscien occupe une place de pivot dans l’histoire des doctrines grammaticales dans l’Antiquité, entre le monde antique et le monde médiéval, le monde grec et le monde romain. Son Ars grammatica (longtemps connue sous le nom d’Institutions grammaticales) a eu un tel écho pendant la période médiévale que nous en avons plus de 800 manuscrits.

La traduction de ce texte est une préoccupation récente. À la fin du XIXe siècle, et jusqu’au début des années 1930, la langue n’empêchait pas d’y accèder, mais on ne s’y intéressait que pour les formes qui y sont citées. Le fond des analyses était en revanche jugé peu intéressant. La situation actuelle est inverse : la langue devient une barrière, alors même que la doctrine intéresse, pour plusieurs raisons : d’abord dans une perspective historiographique, Priscien synthétisant et renouvelant la grammaire antique ; ensuite parce qu’il apparaît que les analyses proposées ne sont pas seulement le balbutiement qui précède celle des modernes ; en troisième lieu du fait de l’importance de ce texte dans les études à l’époque médiévale ; enfin en raison de l’intérêt porté aujourd’hui au bilinguisme, qui est un des objectifs de l’enseignement de Priscien. L’ampleur de l’entreprise de traduction / commentaire incitait à renoncer à l’édition proprement dite, et pour cette raison je me suis adressé à Vrin, où était déjà parue la traduction de la syntaxe d’Apollonius Dyscole par Jean Lallot. D’autre part, comme j’ai toujours eu du goût pour la traduction en groupe, j’ai réuni une dizaine de collègues – l’objectif étant d’associer des points de vue différents.

Le premier volume, traduction introduite et commentée du livre 17, est sorti en 2010. Le deuxième, de 2014, porte sur les parties du discours invariables, préposition, adverbe et conjonction, sc. les livres 14, 15 et 16. Le troisième, consacré au livre 18, le plus ample de tous, vient de paraître, et nous sommes en train de mettre au point le quatrième, sur les parties du discours hybrides, participe et pronom, livres 11, 12 et 13, qui paraîtra j’espère en 2019. Cela fait, il restera les 10 premiers livres, consacrés d’une part à la phonétique, d’autre part et surtout au nom et au verbe. Un mot de conclusion sur notre façon de procéder, qui fait de cette traduction un véritable travail commun, et non la superposition de traductions individuelles.

Mots clés : histoire des doctrines grammaticales ; Antiquité ; latin ; Priscien ; bilinguisme.

Abstact : Teacher of Latin grammar in Constantinople at the beginning of the 6th century, Priscian holds a central position in history of grammatical theories in Antiquity, between the antique and the medieval worlds, the Greek and the Roman worlds. His Ars grammatica (known for a long time as Institutiones grammaticae) was so famous during the Middle Ages that we have kept more than 800 manuscripts.

Translating this text is a recent concern. From the end of the 19th century to the beginning thirties, the language was not an obstacle to the text but it interested only because of the forms that are quoted in it ; but the analysis were considered uninteresting. The current situation is the opposite : the language is a barrier, whereas the theory interests, for different reasons : first in a historiographical prospect, because Priscian synthesizes and renews antic grammar ; second because his analysis appear not only as the clumsy beginnings of the currents ones ; third because of the importance of this text during the studies in the Middle Ages ; last because of the interest in bilingualism, which is one of the aims of Priscian’s teaching.

Considering the extent of translation/comment of this text, we gave up editing it strictly speaking, and for this reason I applied to Vrin publisher, who had already published the translation of Apollonius Dyscole’s Syntax by Jean Lallot. As I was always fond of translating in group, I ten colleagues in order to associate different points of view.

The first volume, translation of book 17 with introduction and comment, was published in 2010. The second one, published in 2014, turns on the invariable parts of speech, such as preposition, adverb and conjunction, i. e. books 14, 15 and 16. The third one, devoted to book 18, the most extensive of all, has just been published, and we are finalizing the fourth one, about hybrid parts of speech, participle and pronoun, in books 11, 12 and 13, which I hope will be published in 2019. When this is done, there will be still the first ten books, devoted on the one hand to phonetics, on the other hand, and mostly, to noun and verb. A word of conclusion about our way of proceeding, which makes of this translation a real common work, and not the superposition of individual translations.

Keywords : history of grammatical theories ; antiquity ; Latin ; Priscian ; bilingualism.

Communication de M. Dario Mantovani, correspondant étranger de l’Académie : « La circulation des œuvres des juristes dans l’Antiquité tardive : une recherche sur la structure cachée du droit romain ».

Résumé : Le rôle des juristes dans le développement du droit à Rome est bien connu. Ils ont produit une littérature abondante, utilisée à la fois dans la pratique et l’enseignement. Cependant, cette production littéraire s’est arrêtée au cours du IIIe siècle ap. J.-C. On en conclut souvent que le droit développé par les juristes a cessé d’être utilisé et même compris dans l’Antiquité tardive, avec pour cause et pour effet une chute du niveau de la culture juridique. La collection des écrits des juristes réalisée au VIe siècle par Justinien avec le Digeste aurait été, dans cette perspective, une tentative anachronique de restauration. Ayant été conduit à douter de cette interprétation, l’auteur a entrepris une recherche - en collaboration avec une équipe d’historiens du droit, de philologues et de papyrologues - pour montrer la persistance de la pensée des juristes entre le IVe et le VIe siècle. Des traces en subsistent dans les papyrus, qui témoignent de la circulation et - à travers les annotations - de l’usage intense des écrits des juristes. Grâce à une recherche menée dans les principales collections européennes et américaines, un nombre significatif de fragments d’écrits de juristes a été trouvé et identifié, ce qui augmente nos connaissances actuelles d’environ 50 %. Le résultat est donc de montrer que, même durant les siècles au cours desquels la législation impériale s’affirma avec intensité, le droit romain conserva une « structure cachée » (qui est le titre de cette recherche) constituée par les écrits des juristes classiques. Au cours de la communication seront présentés trois textes choisis parmi les papyrus inédits : les Institutes du juriste Marcianus (copie du IVe-Ve s.) ; la première copie connue du Code Théodosien pourvue d’un commentaire en grec faisant mention de juristes (Ve s.) ; un fragment du Digeste de Justinien (VIe s.) qui évoque la diffusion de l’œuvre, signe de la familiarité avec la tradition des juristes.

Abstact : The role of jurists in the development of Roman law is well known. They have produced an extensive literature that was used in practice and teaching. However, literary production ceased during the third century AD. The conclusion is often drawn that jurists’ law ceased to be used and even understood during Late Antiquity, as a cause and effect of a fall in the level of legal culture. Justinian’s accomplishment of collecting the jurists’ writings in the Digest is interpreted, from this perspective, as an anachronistic recovery. Questioning these assumptions, a research project led by the author — in collaboration with a small team of legal historians, philologists and papyrologists — shows the persistence of jurists’ thinking between the 4th and 6th centuries. The traces are to be found in the papyri. These testify to the circulation and — as the presence of annotations reveals — the intense use of the writings of the classical jurists, even in the eastern part of the Empire. Through research carried out in the main European and American papyrological collections, a large number of papyri have been found and identified. These increase our current knowledge by about 50%. The result of this research project is therefore to show that, even in the centuries when imperial legislation was intense, classical legal thought continued to represent the « hidden structure » of Roman law (which is also the title of this project). During the presentation three papyri will be specifically highlighted ; they contain : the Institutions of the jurist Marcianus (4th-5th century) ; the first copy of the Theodosian Code with a commentary in Greek, mentioning jurists (5th century) ; a fragment of Justinian’s Digest (6th century), which hints at the diffusion of the work, also a sign of familiarity with the classical legal tradition.



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