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Séance du 24 février


Communication de M. Denis KNOEPFLER, associé étranger de l’Académie : « Pour la Lycie (et l’Achaïe) contre la Hollande (et la Suisse) : nouvelles perspectives sur Montesquieu et le fédéralisme ? ».


Résumé : Traitant des républiques fédératives au livre IX de L’Esprit des Lois, Montesquieu allègue l’exemple des Ligues suisses et avant tout celui des Provinces-Unies de Hollande. De façon assez surprenante, toutefois, il veut prouver (ch. 3) que même les institutions très démocratiques des Hollandais sont, sur trois points, inférieures à celles des anciens Lyciens (Asie Mineure) telles que les décrit le géographe Strabon (livre XIV 3). Or, comme l’auteur de la communication l’a naguère démontré (Journal des Savants, 2013, p. 43-86), ce développement est en réalité un ajout tardif, introduit très peu avant la publication du traité en 1748.
Il s’agit donc, ici, de mettre en évidence la vraie raison qui peut expliquer le recours inattendu au modèle lycien (déjà mentionné avec faveur par quelques penseurs antérieurs, tels Bodin, Emmius et Harrington) dans le but d’affaiblir le prestige de la Hollande : c’est le rétablissement - voulu par les Anglais en 1747 précisément - de la fonction de stathouder à la tête des Provinces-Unies qui a contraint Montesquieu à combattre le modèle hollandais conformément aux intérêts de la France alors en guerre contre l’Angleterre. Quoique lié à la conjoncture, son éloge de la « belle république de Lycie » n’en a pas moins laissé des traces jusque dans L’Encyclopédie de Diderot (1765) et dans les débats autour de la constitution des États-Unis (1787).
On montre enfin pourquoi, dès la fin du XVIIIe siècle, la Lycie a dû céder à nouveau le pas devant l’Achaïe. Né seulement avec la conquête de l’Asie Mineure par Rome (IIe siècle avant J.-C.), le Koinon des Lyciens n’a jamais été un État pleinement souverain et il a connu, jusqu’à son intégration dans l’Empire, de graves vicissitudes politiques. Or, si les Achéens n’ont pas été épargnés non plus par la guerre et le malheur, du moins ont-ils connu un brillant destin historique. C’est à eux, au surplus, que les Lyciens s’avèrent aujourd’hui avoir directement emprunté ce système de représentation proportionnelle qui faisait, à juste titre, l’admiration de l’auteur de L’Esprit des Lois.

Mots clés : Montesquieu, fédéralisme, Lycie, Achaïe, Provinces-Unies de Hollande, Confédération suisse, États-Unis d’Amérique.



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