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Séance du 25 mars 2011

Communication de Mme Lina Bolzoni, correspondant étranger de l’AIBL, sous le patronage de M. Marc FUMAROLI : « Ginevra de Benci : un portrait entre les mots et l’image, entre Léonard de Vinci et Bembo ».

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Je cherche à faire interagir les récentes découvertes sur l’histoire complexe du portrait de Ginevra de’ Benci, peint à Florence par le jeune Léonard de Vinci, avec la riche documentation littéraire dont nous disposons. Nous pouvons ainsi y puiser aussi bien de nouvelles manières de regarder le portrait et de reconstruire le fascinant contexte philosophique, littéraire et artistique dans lequel il s’intègre, que de nouvelles pistes pour réfléchir sur les façons dont la poésie et la peinture dialoguaient à la Renaissance.
Le portrait de Ginevra a d’abord été daté de 1474, l’année des noces de Ginevra, mais différentes études ont souligné le rôle de Bernardo Bembo dans la commande du portrait ; il était ambassadeur de Venise à Florence en 1475 et 1476, puis de 1478 à 1480, et était lié à Ginevra par un amour platonique, largement documenté par les sources littéraires. C’est justement l’étude du revers qui a été essentielle pour cette nouvelle datation. Sur un fond en porphyre, un rameau de genévrier est placé au centre d’une couronne formée par un rameau de laurier et une branche de palmier. Un cartouche relie entre eux les trois rameaux et porte l’inscription suivante : virtutem forma decorat, que nous pouvons traduire de deux façons : « avec la beauté orne la vertu », en pensant que la jeune femme représentée est le sujet sous-entendu, ou bien – et c’est là l’interprétation prédominante – comme « la beauté orne la vertu ».
Nous avons ici un double portrait, dans la mesure où la devise fonctionne comme un portrait intérieur ; comme l’affirme une ancienne métaphore, elle ouvre une fenêtre sur le cœur. Le parcours que l’observateur est appelé à accomplir est celui entre l’intus et l’extra, entre dimension invisible et apparence extérieure.
Mais la stratigraphie du portrait rend la situation encore plus complexe : le palmier et le laurier avec l’inscription Virtus et honor était la devise de Bernardo Bembo ; les analyses aux rayons infrarouges ont montré que, dans un premier temps, cette devise avait été peinte au dos du tableau, puis elle a été remplacée par celle qui se réfère à Ginevra. Les questions redoublent à leur tour, comme dans un jeu de miroirs.

Mots-clés : Léonard de Vinci, Ginevra de’ Benci, Bernardo Bembo, double portrait, extériorité et intériorité


Communication de M. Frédéric Barbier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, IVe section, et directeur de recherche au CNRS, sous le patronage de M. Yves-Marie BERCÉ : « Les typographes allemands et les débuts de l’imprimerie en France au XVe siècle ».

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L’invention de la typographie en caractères mobiles (1452-1455) a très tôt été considérée comme un événement capital. Elle a, à ce titre, attiré l’attention de nombreux chercheurs, l’une des études contemporaines les plus célèbres sur le sujet étant celle de L’Apparition du livre de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin (1958).
L’imprimerie est une invention allemande, et les premiers typographes sont des Allemands, y compris à l’étranger et notamment en France. Pourtant, loin de se limiter aux premières années de la technique nouvelle, l’émigration de ces maîtres, techniciens, artistes et ouvriers spécialisés, mais aussi négociants et investisseurs, se poursuit au XVIe siècle : les Allemands investissent en nombre la « librairie », à Paris et à Lyon, où ils dirigent certaines des principales maisons actives dans la branche.
Cette présence, de même que la question plus générale de la paternité de l’invention, a longtemps fait l’objet d’interprétations influencées par la concurrence des appartenances nationales. La communication envisagera plus particulièrement la conjoncture de l’émigration allemande dans les activités du livre en France au XVe siècle, la spécialisation éventuelle des nouveaux venus et les modèles de carrières qu’ils parcourent.
Le rôle des émigrés ne se limite pas aux seuls transferts techniques, mais concerne aussi l’« innovation de produit » (François Caron) : ce sont des Allemands qui introduisent en France l’édition en langue vernaculaire et qui les premiers illustrent leurs livres. Ils innovent encore sur le plan du contenu, qu’il s’agisse d’éditer certains textes anciens (les romans de chevalerie) ou contemporains (la Nef des fous).
Loin de se donner à analyser dans un contexte « national », l’émigration allemande dans le « petit monde du livre » en France au XVe siècle marque ainsi une étape décisive dans la première mise en place de la « librairie française » moderne.

Mots-clés : France, Allemagne, XVe siècle, imprimerie, émigration



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