Accueil du site > Séances et Manifestations > Les séances du vendredi > Séances 2011 > Avril 2011

Séance du 1er avril 2011

Communication de Mme Michèle Brunet, professeur d’épigraphie grecque, membre senior de l’Institut Universitaire de France, directrice de l’UMR 5189 « Histoire et sources des mondes antiques », sous le patronage de M. Olivier PICARD : « L’eau dans la Délos antique : programmes athéniens d’ingénierie hydraulique sur l’île sacrée d’Apollon ».

Écouter
IMG/mp3/seance_aibl_01_04_2011_brunet_comm.mp3

Les préoccupations de notre temps fournissent souvent la teneur des questions que nous posons aux sociétés du passé : cette communication, fruit d’un travail collectif dont je me fais ici le porte-parole, présente les résultats obtenus dans le cadre d’un programme co-financé par l’École française d’Athènes et le CNRS, qui associa au cours de la dernière décennie des spécialistes des sciences de l’environnement et des sciences de l’Antiquité sur le thème de « l’eau à Délos ».
L’objectif commun aux archéologues et aux géographes était de comprendre comment dans la Délos antique, le développement de la ville et des sanctuaires, tout comme la mise en valeur du territoire rural, furent conçus en étroite relation avec les contraintes et les potentialités du milieu naturel. En effet, dans l’antiquité comme de nos jours, l’approvisionnement en eau était un problème permanent dans cette région. Nous avons donc dressé un bilan de tous les témoignages, écrits ou matériels, touchant les équipements hydrauliques, en cherchant à confronter la théorie et la pratique, l’écart entre les discours savants, déployés par les médecins et les philosophes à partir du Ve siècle av. J.-C., et les pratiques effectives, telles que les met en évidence l’enquête archéologique, en tenant compte de la spécificité du lieu. Délos est en effet, à tous égards, un lieu d’exception : sur cette île minuscule se trouvaient un des principaux centres religieux de Grèce et une agglomération, à l’origine de dimensions très modestes, mais qui devint en quelques décennies au cours du IIe siècle av. J.-C. une très grande ville du fait de l’installation d’une population commerçante venue des quatre coins de la Méditerranée. Le site fut déserté à la fin du paganisme, si bien que les vestiges de l’occupation antique, en ville comme dans la campagne, ont été préservés : aujourd’hui cette île est donc un des rares endroits où l’on peut observer comment, au fil du temps, furent employées simultanément différentes techniques d’approvisionnement et de gestion de l’eau, selon un système qui associe équipements collectifs et dispositifs privés afin d’anticiper au mieux le risque de pénurie.
Mais cette nouvelle enquête sur le terrain fut également l’occasion de quelques découvertes, qui ont d’ores et déjà fourni la matière à des articles parus récemment dans le Bulletin de Correspondance Hellénique. Ils mettent en lumière le choix de solutions techniques innovantes, imputables au savoir-faire technique – on devrait même parler en l’occurrence de « génie civil » – athénien. Dès la fin de l’époque archaïque et le début de l’époque classique, les Athéniens ne se contentèrent donc pas d’être des administrateurs financiers performants au bénéfice de la fortune sacrée d’Apollon, ils furent également de grands aménageurs, au service d’une mise en valeur optimale de cet îlot à la valeur hautement symbolique.



imprimer


Site réalisé avec SPIP 2.1.10 + AHUNTSIC