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Séance du 28 mai 2010


Note d’information de M. Pierre Morizot, sous le patronage de M. André LARONDE : « Nouveautés épigraphiques à Thouda, Algérie ».

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Un récent voyage en Algérie a donné l’occasion à P. Morizot de visiter le site de Thouda (Thabudeos). Bien que classé, celui-ci est à l’abandon et n’est pas gardé. Il se présente sous l’aspect de deux établissements juxtaposés : – une butte qui domine d’une vingtaine de mètres de hauteur la plaine environnante. On y voit les vestiges d’un village en pisé qui était habité encore il y a une vingtaine d’années, mais aujourd’hui totalement abandonné. Quelques fragments d’architecture antique sont visibles dans les ruines de quelques maisons. Divers éléments antiques (colonnes cannelées, colonnes lisses, qui sont peut-être des milliaires) ont été remployés pour la construction de la petite mosquée du village, presque totalement désaffectée aujourd’hui. – immédiatement en contrebas de cette butte, dont il est séparé par un chemin, le castrum de Thabudeos, un peu près complètement arasé, abritait des thermes (?) et peut-être aussi une citerne, car il n’y a pas d’eau sur la butte.
Baradez en a donné, il y a cinquantaine d’années une description qui reste valable. Parmi les inscriptions qui doivent, semble-t-il, être rattachées à Thouda, se trouve une dédicace à Valérien par l’ordo des Tab[u]densium, découverte au XVIIIe siècle à La Goulette (Tunisie) par un religieux capturé par les corsaires alors qu’il se rendait de Naples en Sicile. Cette inscription publiée dans le CIL, VIII, 1124, n’a depuis lors pas été reprise en compte avec les inscriptions de Thabudeos.
Enfin, deux fragments d’inscriptions, publiés par E. Albertini, à partir d’une mauvaise copie manuscrite, mérite une attention particulière. Ce savant a cru pouvoir y lire des fragments d’une dédicace à Solomon. S’appuyant sur des photographies, P. Morizot démontre qu’il n’y avait probablement qu’une seule dédicace, qui fait intervenir un sexfascalis, titre que ne pourrait pas avoir porté Solomon. Par voie de conséquence, il pense qu’on ne peut raisonnablement attribuer cette inscription à l’époque byzantine.=



Communication de Jean-Marie Moeglin, sous le patronage de M. Bernard GUENÉE : « Comment est née la guerre de Cent Ans ? »

La Guerre de Cent ans que les manuels d’histoire situent classiquement entre 1337 – confiscation du duché de Guyenne par Philippe VI - et 1453 – reconquête définitive de Bordeaux – a longtemps été représentée comme une guerre patriotique au cours de laquelle la France, confrontée à une terrible menace étrangère, avait failli périr, avant de ressortir de cette épreuve plus unie derrière ses rois, plus forte et plus consciente de son destin providentiel. En analysant le récit de trois historiens « rénovateurs » de l’histoire de France, Nicole Gilles, Robert Gaguin et Paul Emile (à la fin du XVe et au début du XVIe siècle), l’exposé se fixe comme but de montrer quand et comment a été mise au point cette représentation de la Guerre dite de Cent ans comme guerre patriotique.
Les deux premiers auteurs, Nicole Gilles et Robert Gaguin, ont fait un réel effort pour donner un récit cohérent de la guerre tout en restant fidèles à la tradition des Grandes Chroniques. Ils retranchent tout ce qui n’a pas un lien direct avec l’histoire du royaume de France. Ils résument fortement tout ce qu’ils reprennent de façon à rendre leur narration plus percutante. Ils savent enfin introduire de la cohérence et du sens dans leur récit : cohérence thématique – coupes et résumés sont prolongés par la réunion de notices qui relèvent de la même affaire, même si cette affaire s’inscrit dans une chronologie longue – mais aussi cohérence logique. Nicole Gilles et Gaguin sont malgré tout restés prisonniers des schémas anciens. L‘on cherche en vain chez eux une véritable invention de la Guerre de Cent ans, c’est-à-dire l’articulation d’un schéma narratif nouveau et d’un sens veritable donné à la guerre des deux royaumes que l’on pouvait trouver chez Froissart.
La « supériorité » de Paul Émile sur Gaguin et Nicole Gilles va au-delà du fait qu’il utilise et combine deux sources principales, les Grandes Chroniques et Froissart, étant pour ainsi dire le premier dans l’historiographie française à oser braver l’interdit implicite qui empêchait de recourir à un auteur qui passait pour anglophile. Il a surtout été en mesure de réaliser ce que Gaguin et Gilles n’avaient pas osé faire : utiliser ses deux sources comme des carrières de faits qu’il lui appartenait de combiner arbitrairement pour composer un récit cohérent et capable de faire apparaître la Guerre que nous appelons de Cent ans comme une guerre nationale dans laquelle la France allait, unie dans le malheur derrière ses rois, prendre conscience de son destin. Ce récit de la Guerre de Cent ans va donner au récit de la guerre dans l’historiographie française un certain nombre de caractéristiques essentielles que l’on retrouve au moins jusqu’au XVIIIe siècle et même au-delà.

Interventions et réponse de M. Bernard Guenéé

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