Accueil du site > Séances et Manifestations > Les séances du vendredi > Séances 2010 > Février 2010

Séance du 12 février 2010

Dans le cadre du colloque « L’orientalisme, les orientalistes et l’Empire ottoman de la fin du XVIIIe siècle à la fin du XXe siècle », les communications présentées ont été :

De gauche à droite : Mme Casa-Fossati, M. Hitzel, Mme Schiltz - cl. Piero d'Houin

Communication de Mme Véronique Schiltz, correspondant de l’AIBL : « Catherine II, les Turcs et l’antique ».

Écouter
IMG/mp3/seance_aibl_12_02_2011_schiltz.mp3

Durant le règne de Catherine II (1762-1796), empire russe et empire ottoman s’affrontent en deux guerres au terme desquelles la Russie accède à la mer Noire, aux Détroits, à la Méditerranée. Kertch, l’ancienne Panticapée, devient russe, ainsi que l’ensemble de la Crimée, l’embouchure du Dniepr, le Kouban. La conquête se fait au nom du passé, qu’il soit grec, romain ou byzantin et les accents en sont ouvertement antiques : les Turcs sont assimilés aux Troyens, Potemkine à Achille, Catherine à Minerve. Motivation sincère ou simple prétexte ? Le célèbre « projet grec » vise à rendre l’empire ottoman à la chrétienté et à mettre un souverain russe sur le trône de Constantinople-Tsargrad. Tandis que, sur le terrain, on assiste à la première « fouille » d‘un tumulus scythe et que le site d’Olbia est identifié par Pallas, l’antique fait son entrée en force dans la culture russe. Pétersbourg se revêt de colonnes et de frontons, les traductions se multiplient, la musique même chante Orphée à la grecque. Pourtant Catherine, qui fait traduire Homère, imprime le Coran. Elle collectionne passionnément monnaies et camées, et aménage à Pavlovsk un salon grec, mais fait construire un kiosque turc à Tsarskoie Selo et dort sur un divan. Entre référence à l’antique et turqueries, que nous disent les témoignages de l’époque, écrits ou figurés, sur la Russie de Catherine ?


Communication de M. Frédéric Hitzel, sous le patronage de M. Jean RICHARD : « Les ambassades occidentales à Constantinople et la diffusion d’une certaine image de l’Orient ».

Écouter
IMG/mp3/seance_aibl_12_02_2011_hitzel.mp3

Au cours des XVIe-XVIIIe siècles, tout en s’abstenant d’établir eux-mêmes des ambassades permanentes, les Ottomans ont accepté la présence dans leur capitale d’un certain nombre d’ambassadeurs résidents, représentant leurs principaux partenaires européens. Le premier fut le baile de Venise, dès 1454. L’ambassadeur de France apparut en 1535, et il sera suivi, à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, de collègues anglais (1583) et hollandais (1612). Au siècle suivant, l’ambassadeur de Russie fit son apparition en même temps que ceux de Suède et de Pologne.
Ces ambassadeurs européens s’installent au nord de la capitale, de l’autre côté de la Corne d’Or, dans l’ancienne cité génoise de Galata puis, peu à peu, ils gagnent les hauteurs des « Vignes de Péra ». Le long de la ligne de crête, qui porte le nom de « grande rue de Péra, ils élèvent leurs différentes ambassades. Il s’agit à l’origine de modestes constructions locales, en bois, entourées de jardins. Mais avec le temps, celles-ci deviennent des demeures de plus en plus imposantes comme l’atteste l’étiquette pompeuse de palais, palazzo, palace. Le quartier cosmopolite de Péra devient l’un des hauts lieux de la diplomatie européenne, là où les ambassadeurs défendent les intérêts politiques et commerciaux de leurs pays respectifs devant les autorités ottomanes, mais là où se joue plus globalement l’équilibre européen. Le microcosme de Péra, est ainsi une vitrine internationale où chacun mesure son prestige, à l’aune des honneurs accordés par le Grand Seigneur à ses représentants comme à l’ordre des préséances en vigueur sur le Bosphore.
Pour conserver un souvenir du cérémonial et des fastes de la cour ottomane, les ambassadeurs prennent l’habitude de se faire accompagner d’artistes. Si la plupart d’entre eux n’ont pas retenu l’attention des historiens d’art, d’autres sont bien venus mais n’ont laissé aucun témoignage de leur séjour en Orient. C’est le cas de l’artiste Simon Vouet (1590-1649) qui, avant de découvrir le Caravaggio à Rome et de devenir le principal peintre à la cour de Louis XIII, aurait accompagné en 1611 l’ambassadeur de France, le baron Achille de Harlay de Sancy à Constantinople.
Puis dans la seconde moitié du XVIIe siècle, les ambassades occidentales à Constantinople deviennent d’importants foyers d’activité artistique et littéraire. Le marquis de Nointel, fervent collectionneur et grand amateur d’art, emploie plusieurs artistes parmi lesquels figurent Rombaud de Fayd’herbe, Jacques Carrey et probablement Arnould de Vuez. Le comte de Ferriol, qui lui succède quelques années plus tard, est accompagné du peintre valenciennois Jean-Baptiste Vanmour, tandis que le représentant du Saint Empire Romain, le comte von Virmondt (1666-1722) s’adjoint les services de Johann Simmler et Joseph-Ernest Schmid « dont la réputation est aussi grande à Vienne qu’au dehors ». Ces « peintres du Bosphore », comme on les surnomme parfois, vont s’illustrer dans deux genres de peinture : les réceptions d’ambassadeurs et des œuvres de fantaisie. Leur production va ainsi répondre à cette vogue des turqueries qui gagne peu à peu l’Europe et fait fureur non seulement dans la peinture, mais également dans la musique, le théâtre, la littérature et les arts décoratifs.


Communication de Mme Isabella Palumbo Fossati Casa, sous le patronage de M. Gilbert DAGRON : « À la recherche de Sainte-Sophie : Gaspare et Giuseppe Fossati ».

Écouter
IMG/mp3/seance_aibl_12_02_2011_casa-fossati.mp3

Gaspare Fossati et son frère Giuseppe, architectes et peintres originaires du Tessin mais de culture italienne, suivent des études classiques à Venise, Milan, Rome, Naples, puis résident à Constantinople entre 1837 et 1858.
Véritables moteurs et protagonistes de la scène architecturale de la ville pendant la période d’ouverture à l’Occident et de renouveau appelée Tanzimat, ils vont adhérer progressivement aux thématiques orientales. En 1847, le sultan Abdul Mecid leur confie, fait exceptionnel et significatif, l’immense charge concrète et symbolique des travaux de restauration de la basilique Sainte-Sophie, à l’époque mosquée impériale. Il est particulièrement intéressant d’observer la façon de procéder des deux frères, confrontés à des problèmes techniques majeurs comme à des problèmes d’images. En deux ans, parfaitement conscients de l’importance de leur mission et jouissant de la confiance du sultan, ils réalisent un travail qui a permis à la basilique et aux mosaïques d’être préservées et connues dans le monde entier grâce à l’Album publié quelque temps plus tard à Londres.


Communication de M. Rémi Labrusse, sous le patronage de M. Jean-Pierre BABELON : « Théories de l’ornement et « Renaissance orientale » : un modèle ottoman pour le XIXe siècle ? ».

Écouter
IMG/mp3/seance_aibl_12_02_2011_labrusse.mp3

Les théories de l’ornement qui ont fleuri en Europe au XIXe siècle constituent un remarquable point d’observation des contradictions esthétiques et, plus largement, culturelles des sociétés occidentales contemporaines. La référence à « l’Orient » islamique y est centrale et inspire l’idée de « Renaissance orientale » dans le domaine des arts appliqués. Dans ce cadre, les arts ottomans ont constitué un corpus dont la valeur opératoire était particulièrement adaptée aux besoins théoriques et techniques des grands pays européens : la connaissance des objets et des monuments a été favorisée par l’importance des liens économiques, culturels et politiques entre l’Empire ottoman et les puissances occidentales ; la rigoureuse articulation d’une syntaxe ornementale non figurative, alliant géométrie et organicité, a répondu aux attentes de décorateurs qui cherchaient à rompre avec les modèles issus des beaux-arts et fondés sur la représentation mimétique. Encore fallait-il, pour que cette référence ottomane soit reconnue comme telle, triompher d’un certain nombre d’obstacles dont le principal était une turcophobie à connotations racialistes, largement dominante dans les représentations des Européens du XIXe siècle. L’objet de la communication sera d’examiner les contradictions produites par la rencontre entre cette turcophobie et le déploiement concret d’un véritable modèle décoratif ottoman.



imprimer


Site réalisé avec SPIP 2.1.10 + AHUNTSIC