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La Casa de Velázquez et le monde hispanique


Par M. Bernard POTTIER, membre de l’Académie



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Il y a un siècle, en 1909, s’ouvrait à Madrid l’École des hautes études hispaniques, à l’initiative de l’Université de Bordeaux, afin d’y accueillir de jeunes chercheurs.

En 1916, une mission se rendait en Espagne pour renforcer les liens avec le pays voisin. Elle était composée du Secrétaire perpétuel de l’Académie française, Étienne Lamy, de Henri Bergson, membre de cette Compagnie et de Charles-Marie Widor, Secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts, d’où naissait la double vocation qui allait être celle de l’institution : les sciences humaines et les disciplines artistiques.

Grâce aux efforts du Directeur de l’École de l’époque, Pierre Paris, le roi Alphonse XIII cède en usufruit à la France, en 1920, un terrain où fut édifiée la première Casa de Velázquez, qui fut inaugurée en 1928 et bientôt détruite par la guerre civile. Elle rouvrit, dans son état actuel, en 1959.

Il existe une thèse de Jean-Marc Delaunay sur l’histoire de l’Institution de 1898 à 1979 (Des palais en Espagne. L’École des hautes études hispaniques et la Casa de Velázquez au cœur des relations franco-espagnoles du XXe siècle) et un ouvrage illustré et richement documenté, une Memoria gráfica (1928-2003) publiée en 2006 dans le prolongement du 75e anniversaire de l’établissement.

Comme le prévoient les statuts, le Conseil d’administration, le Conseil scientifique et le Conseil artistique de la Casa comptent des représentants statutaires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, de l’Académie des Sciences Morales et Politiques et de l’Académie des Beaux-Arts .
La Casa, ce sont d’abord ses membres, dix-huit pour l’École des hautes études hispaniques et ibériques, couvrant les « époques ancienne et médiévale », « moderne » et « contemporaine », et treize pour la section artistique. Deux directeurs des études encadrent les chercheurs ; un troisième encadre les artistes. En outre une trentaine de boursiers (artistes et scientifiques), des post-doctorants dont les recherches s’intègrent dans les programmes, et quelques allocataires au titre de la coopération internationale viennent enrichir cette communauté.

Ce « noyau dur » est au centre d’un réseau d’activités riche et varié. Chaque année, quelque sept-cents chercheurs de vingt pays participent aux activités de l’École. Les trois-quarts sont des étudiants français et espagnols, mais on note de plus en plus d’éléments provenant d’Italie, du Portugal, de Grande-Bretagne, d’Allemagne ainsi que du Maroc et de Tunisie.

Les activités de l’École sont fortement liées aux grands organismes de recherche, le CNRS en France, le CSIC en Espagne, et des projets sont engagés en liaison avec l’Agence nationale de la recherche, sur des thèmes comme :

  • « Conflits et société en Hispanie à l’époque de la conquête romaine » ;
  • « Diplomatique, prosopographie et droit dans l’Islam médiéval occidental » ;
  • « Augustin en Espagne, XVIe-XVIIe siècle ».
    Plusieurs de ces programmes sont développés en collaboration régulière avec des centres français (EHESS, Paris-I, Paris-IV) ou des Universités espagnoles (la Complutense, la Autónoma, la UNED, la Carlos III).

L’ouverture de la Casa se fait ainsi tout naturellement sur l’Espagne , à travers des collaborations avec les Municipalités ou les Universités, comme c’est le cas de Barcelone, Saragosse, Séville, Alicante, Saint-Jacques de Compostelle, Valence, Tarragone, Valladolid, Gérone ou Cordoue.

Mais les liens se développent avec le Portugal, et de plus en plus avec l’Amérique Latine. Citons par exemple cet appel à candidature, lancé en commun par la Casa et l’Université de Toulouse, pour une recherche doctorale portant sur « Les usages de l’histoire dans la constitution des identités nationales en Amérique latine au XIXe siècle », initiative appuyée par le ministère français de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Le Mahgreb est également un terrain privilégié. Rappelons que c’est à Fès que s’étaient réfugiés les artistes et les chercheurs de la Casa durant la guerre civile espagnole. Actuellement, des recherches archéologiques sont engagées sur plusieurs sites : à Rirha, où une équipe de recherche franco-marocaine (chercheurs de l’Université de Pau et de l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine de Rabat) étudie l’évolution de ce site et de son environnement au cours de la période antique, et d’autre part dans le Sud marocain sur le site d’Îgîlîz, une enquête est menée sur l’histoire du peuplement rural au Moyen Âge et à l’époque prémoderne, en collaboration avec des enseignants des Universités de Paris-IV et de El-Jadida.

En dehors des grands domaines de l’histoire et de la littérature, on remarquera qu’une place est réservée à la linguistique. Ont déjà eu lieu : un colloque sur « Les contacts linguistiques dans l’espace méditerranéen durant l’Antiquité », et un autre sur « Être à table au Moyen Âge : analyses littéraires et sociales ».

L’archéologie tient également une place importante. Ce sont les fouilles de Baelo Claudia, dans la province de Cádiz, engagées en 1917 par Pierre Paris et développées de manière régulière par les archéologues de la Casa de 1966 à 1990. Depuis lors, il s’agit davantage d’interventions ponctuelles, mais la publication des résultats des fouilles (en particulier dans le centre monumental) a repris depuis 2000.

Mentionnons encore l’étude sur « Les mines et la métallurgie du plomb-argent de Carthagène à l’époque romaine » et « Les carrières antiques d’Elche ». Des collègues des Universités de Paris, Toulouse, Pau, Lyon et Murcie sont associés à ces travaux.

Quand on parcourt les intitulés des recherches des membres de ces dernières années, on est frappé par le remarquable éventail des domaines couverts. Citons quelques travaux :

  • « Les voyages des Andalous au Maghreb et en Orient aux XIe-XIIe siècle » ;
  • « L’écriture de l’intime dans l’œuvre narrative de Leopoldo Alas Clarín » ;
  • « Les contacts linguistiques entre Celtes et Ibères dans deux zones d’interface épigraphique (Vallée de l’Ebre – Sud de la France) entre le Ve et le Ier siècle avant J .C. » ;
  • « Les représentations du corps et de la nature dans la Mixe alta (Mexique) » ;
  • « La poésie visuelle de Joan Brossa » ;
  • « La presse culturelle espagnole au XVIIIe siècle » ;
  • « L’Amérique hispanique dans la littérature et l’iconographie espagnoles de 1838 à 1885 ».
    Le rayonnement de la Casa est assuré par ses Publications et ses réunions scientifiques ou artistiques.

On compte deux collections traditionnelles : la Bibliothèque de la Casa de Velázquez et la Collection de la Casa de Velázquez, où sont édités des travaux des chercheurs et des actes de colloques, ainsi que les Mélanges de la Casa de Velázquez, dont deux numéros paraissent chaque année. La mise en ligne de l’ancienne série (jusqu’en 1996) a été effectuée sur le portail « Persée » ; les numéros de la nouvelle série (depuis 2003) paraîtront sur le site de Revues.org deux ans après leur sortie en version imprimée.

Voici quelques titres parmi les derniers ouvrages parus, qui montrent l’ampleur du champ couvert par les activités des membres :

  • Les mozarabes. Christianisme, islamisation et arabisation en péninsule Ibérique (IXe-XIIe s.), par Cyrille Aillet, ouvrage que notre Académie vient d’ailleurs de récompenser par le Prix Raoul Duseigneur ;
  • L’iconographie orientalisante de la péninsule Ibérique, par Hélène Le Meaux ;
  • Guzmán de Alfarache y la novela moderna, par Michel Cavillac ;
  • Poétique des espaces naturels dans la Comedia Nueva, par Marie-Eugénie Kaufmant ;

Parmi les Colloques à venir, organisés à Toulouse, Bordeaux, Málaga, Pau, Barcelone, Madrid, Lisbonne, signalons :

Pour la période ancienne et médiévale :

  • Expertise et valeur des choses au Moyen Âge ;
  • Guerre sainte et paix chrétienne à la fin du Moyen Âge ;
  • L’itinérance des savoirs et des biens culturels en méditerranée médiévale ;
  • Le détroit de Gibraltar aux époques ancienne et médiévale.

Pour les époques moderne et contemporaine :

  • La España imperial : auge, eclipse y continuidad ;
  • Les indépendances hispano-américaines : un objet d’histoire ? ;
  • Circulations artistiques dans la Couronne d’Aragon (XVIe-XVIIIe siècle) : le rôle des chapitres cathédrals.

La section artistique, dont la plupart des membres ne sont pas hispanophones (et il n’en va pas de même chez les boursiers) est un lieu de rencontre et de contact avec les différents aspects de la culture espagnole dans les domaines de spécialisation de ses représentants : peinture, sculpture, photographie, cinéma, composition musicale, architecture, gravure.

Voici comment l’actuel Secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts , M. Arnaud d’Hauterives, évoque les bienfaits de son séjour à la Casa de Velázquez : « Au retour de Rome, je pratiquais une peinture figurative. Je suis revenu ensuite à la figuration et c’est en Espagne que j’ai fortifié ma démarche picturale et que j’ai véritablement trouvé ma voie […] Ce retour à la figuration a été inspiré par les scènes de vie et les paysages, imprégnés par les couleurs de l’Espagne. »
La section artistique, tout au long de l’année, organise des expositions, des concerts, des projections cinématographiques, très souvent en association avec des organismes similaires espagnols. Deux catalogues ont été édités en 2009-2010 pour présenter les Artistes de la Casa de Velázquez
En ce qui concerne les moyens de la recherche, le service informatique continue à se développer, et un nouveau site internet a été créé en 2009.

Quant à la Bibliothèque, riche de 300.000 ouvrages, soit plus de 5 kilomètres de rayonnage, elle est momentanément inutilisable, victime des travaux de mise en conformité et de modernisation du bâtiment principal de la Casa. Le maximum est fait pour que les membres aient encore sur place les moyens essentiels de travail. Il faut apprécier l’aide qu’apporte le Consejo Superior de Investigaciones Científicas en prêtant des locaux dans son centre de Sciences Humaines.

Malgré ces nouvelles contraintes, les responsables, et en particulier le directeur actuel de la Casa, M. Jean-Pierre Étienvre, continuent à assurer le bon fonctionnement de l’institution, laquelle, comme toutes les autres Écoles à l’étranger, contribuent efficacement au rayonnement culturel de la France dans le monde.



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