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Bilan 2007


Par M. Jean LECLANT, Secrétaire perpétuel de l’Académie


Monsieur le Chancelier,
Madame et Messieurs les secrétaires perpétuels,
Excellences,
Mes chers confrères,
Mesdames et Messieurs,

Sans qu’il en ait été ainsi dès le départ, c’est néanmoins une très longue tradition qui prévoit que, chaque année, le dernier vendredi de novembre, l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres tienne une séance solennelle sous la Coupole. Les traditions sont respectables, mais elles ne sont pas figées : elles évoluent au fil des ans. Ainsi le rôle du Secrétaire perpétuel lors de la rentrée annuelle de l’Académie a-t-il connu depuis les origines bien des mutations. Ce serait une longue et d’ailleurs intéressante histoire de vous conter ces transformations – mais nous le ferons en une autre occasion.

Cette année notre Président ayant souhaité vous entretenir de la place des études américanistes quai de Conti, alors même qu’un Institut des Amériques, en gestation depuis 1998, a été présenté en mars dernier par le ministre de l’Éducation nationale d’alors, M. Gilles de Robien, devant l’Académie des Sciences morales et politiques, il m’échoit la tâche de présenter devant vous le bilan annuel de la vie et des activités de notre Compagnie pour 2007 – en réalité durant la période qui s’est écoulée depuis la rentrée solennelle précédente, soit de la fin de novembre 2006 à la fin de novembre 2007.

La présentation de ce bilan sera suivie de la lecture par notre Vice-président, le Professeur Jean-François JARRIGE, du palmarès de nos prix et distinctions, suivi de la proclamation des nouveaux archivistes paléographes. Puis après le discours de notre confrère Jean DELUMEAU sur Dom Mabillon, le célèbre érudit, dont nous célébrons cette année le tricentenaire de la mort, la séance s’achèvera par la communication de notre Président Bernard POTTIER sur les études d’américanisme en France.

Depuis notre dernière réunion sous la Coupole du 24 novembre 2006, nous n’avons pas été épargnés, trois de nos membres parmi les plus éminents ayant disparu. Une sage et pieuse tradition m’invite à leur adresser, à l’ombre de cette enceinte qui fut une chapelle, un dernier adieu confraternel et à évoquer leur mémoire en témoignage de gratitude et d’admiration. Sedebit sub umbraculo eius in medio nationum (« Il siégera sous son ombre parmi les nations », Ezéchiel 31, 17), telle est la formule qui se déroule au-dessus de nos têtes à la base du tambour supportant notre célèbre Coupole. Dévoyée de son sens originel (une exécration contre Pharaon et sa descendance voués à disparaître dans le Shéol), nous pouvons y voir une promesse de protection suprême que l’on souhaitera propitiatoire pour nos regrettés disparus. Et en fait cette immortalité, qui est l’apanage des Académiciens, ne la recueillons-nous pas en quelque sorte en à-valoir sur les fruits de notre labeur scientifique ? C’est ce que rappelle aussi la devise que vient de confectionner avec talent notre confrère Emmanuel Poulle, ancien directeur de l’École des Chartes, pour les deux cadrans solaires tout récemment restaurés dans la grande cour de l’Institut : Horas tuas quia breves immortalibus operibus vove (« Puisque tes heures sont courtes, c’est à des œuvres immortelles qu’il te faut les consacrer »).



Le 15 janvier 2007 a disparu Mme Colette CAILLAT. À la fois philologue et historienne des religions, elle régnait en France sur les études indiennes et plus généralement sur les recherches relatives à l’ensemble des civilisations du Sud-Est asiatique. Sanscritiste hors pair, elle s’était consacrée à des recherches de premier plan dans les domaines de la grammaire comparée et de la lexicographie moyen-indiennes (pali et prakrit), dont elle était l’un des rares maîtres occidentaux ; ses travaux sur le jainisme et le bouddhisme eux aussi feront date.
Agrégée de grammaire, diplômée de hindi de l’École nationale des Langues orientales vivantes et docteur ès lettres, formée par d’illustres maîtres, Jules Bloch et Louis Renou, Mme Colette Caillat avait professé à la Faculté des lettres de Lyon, puis à l’Université de Paris III-Sorbonne-Nouvelle, où elle avait occupé la charge de directeur de la Section d’Études indiennes. Au CNRS, elle avait été responsable de l’ERA 94 de « Philologie bouddhique et jaina », puis de l’URA 1058 de « Langues, Textes, Histoire et Civilisation du monde indien ». Colette Caillat était l’auteur d’ouvrages fondamentaux et d’éditions de grands textes de la littérature jaïne, dont plusieurs furent traduits en anglais : Les expiations dans le rituel ancien des religieux jaina (sa thèse de doctorat soutenue en 1965), Candâvejjhaya. La Prunelle-cible (1971), Pour une nouvelle grammaire du palī (1970), La cosmologie jaina (1981), Dialectes et formes dialectales dans les littératures indo-aryennes (1989), enfin Yogindu, Lumière de l’Absolu (traduit en collaboration avec Nalini Balbir, 1999).
Femme de science, Colette Caillat a été aussi une femme de cœur, dont les avis généreux et impartiaux ont été d’un secours précieux à notre Compagnie. De sa générosité et de son ouverture d’esprit continuera à témoigner la Fondation qu’elle a instaurée et qu’elle a confiée à sa collaboratrice de toujours, Mme Nalini Balbir ; celle-ci, dotée des moyens financiers nécessaires, doit aider les enseignants et chercheurs français et étrangers spécialistes des études indienne dans le sens le plus large.

Le 2 octobre 2007, nous a quittés notre doyen d’âge, l’archéologue, céramologue et helléniste Henri METZGER. Ancien élève de l’École Normale Supérieure et agrégé des lettres, membre de l’École française d’Athènes, puis de l’Institut français d’Archéologie d’Istanbul, Henri Metzger a accompli l’essentiel de sa carrière à l’Université de Lyon où il professa l’histoire de l’art antique à partir de 1957 ; il fut aussi professeur associé à l’Université de Genève de 1961 à 1968. Docteur ès lettres en 1950, avec une thèse portant sur les représentations dans la céramique attique au IVe siècle, il dirigea de 1962 à 1978 la célèbre Mission archéologique française de Xanthos et du Létôon (Turquie), dont les résultats ont régulièrement paru dans la série des Fouilles de Xanthos. En 1975, il fut appelé à prendre la succession d’Emmanuel Laroche à la tête de l’Institut d’Istanbul. Outre ses travaux relatifs aux fouilles de Xanthos et sur la Lycie antique, Henri Metzger s’attacha dans diverses contributions aux questions d’iconologie et aux problèmes relatifs à l’histoire religieuse de la Grèce ancienne. Au sein de notre Académie, Il exerça jusqu’en 2002 la charge de directeur du Corpus Vasorum Antiquorum (CVA), l’une des entreprises phare de l’Union académique internationale (UAI).

Le 21 octobre 2007 l’helléniste François CHAMOUX s’est éteint. L’un des antiquisants français les plus connus, il était à la fois un remarquable connaisseur de l’art grec, un historien à l’ampleur de vue admirable, un archéologue reconnu et un expert en littérature et épigraphie grecques. Maître incontesté des études portant sur la Libye antique et sur la cité de Cyrène, l’un des principaux et plus brillants foyers de l’hellénisme, il avait fondé en 1976 la Mission Archéologique Française en Libye, qu’il dirigea jusqu’en 1981, avant d’en confier les destinées à André Laronde. Ancien élève de l’École Normale Supérieure et agrégé des lettres, membre de l’École française d’Athènes (1943-1948), puis docteur ès lettres en 1952, François Chamoux, a été professeur d’archéologie et d’histoire de l’art à l’Université de Nancy et finalement à la Sorbonne, où il occupa, de 1960 à 1983, la chaire de littérature et civilisation grecques. Il dirigea en particulier, de 1974 à 1987, la Revue des Études grecques. Quai de Conti, notre regretté confrère siégea longtemps au sein de notre commission administrative. C’est que François Chamoux aimait à se dévouer à l’intérêt général : maître d’œuvre du rapprochement de l’AIBL avec l’Académie de Roumanie, qui aboutit à la signature d’une fructueuse convention de coopération scientifique et éditoriale en 1994, il joua également un rôle important dans la constitution du fonds Louis Robert, un trésor documentaire inestimable dont notre Académie assure la garde avec vigilance et pieux respect, après qu’elle en ait hérité en 1998. A l’Institut de France, François Chamoux participa, avec une constance et un dévouement inaltérables, aux travaux de diverses commissions et tout d’abord à ceux de sa Commission administrative centrale ; il fut président de la fondation Jacquemart-André. Il m’épaula aussi bien souvent pour la conservation de la Villa Kérylos, ce joyau qui m’a été confié et qui est un fragment d’Hellade sur notre Côte d’Azur, à Beaulieu-sur-Mer. Il voulut bien m’aider à y organiser plusieurs colloques qui connurent un grand succès, en particulier celui sur « Histoire et historiographie dans l’Antiquité » en 2004, un sujet de réflexion qui lui tenait tant à cœur. Parmi la très riche bibliographie de ce savant exemplaire, on regrettera de devoir ici se borner à citer que quelques titres : sa thèse principale sur Cyrène sous la monarchie des Battiades (1955) dont la lecture suscita bien des vocations, ses incontournables volumes, souvent réédités, sur La civilisation grecque à l’époque archaïque et classique et La civilisation hellénistique, son Marc-Antoine, dernier prince de l’Orient grec (1986), enfin son édition de la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile (1993).

Nous avons enfin à déplorer la perte d’un de nos correspondants français en la personne du médiéviste et historien de l’art Marcel Durliat, qui était l’un de nos grands spécialistes de l’art roman du Sud de la France et de l’Espagne. Parmi la trentaine d’ouvrages qu’il a publiés et qui connurent un grand succès comme en témoignent leurs rééditions ou leurs traductions à l’étranger, on retiendra sa synthèse sur l’Art roman paru chez Mazenod (1982), ou encore son ouvrage consacré à La sculpture romane de la route de Saint-Jacques, de Conques à Compostelle (1990, 1995²).



Après cette litanie d’une suite d’oraisons funèbres, qui ont fait revivre à notre souvenir nombre d’heures brillantes, il convient maintenant de se tourner vers l’avenir. Le vendredi 22 décembre a été élu académicien M. Henri LAVAGNE. Ancien élève de l’École Normale Supérieure, agrégé de lettres classiques, ancien membre de l’École française de Rome et docteur d’État, il est directeur émérite à l’École pratique des Hautes Études (IVe section).
À la fois spécialiste de la Gaule romaine, historien des religions et épigraphiste, il est un expert internationalement reconnu de la mosaïque antique ainsi que des questions d’iconographie figurée. Membre de plusieurs sociétés savantes, dont l’Association internationale pour l’Étude de la Mosaïque antique (AIEMA) qu’il préside, notre nouveau confrère a été l’organisateur heureux d’une brillante suite d’expositions : à Luxembourg sur les dieux de la Gaule, à Madrid sur la mosaïque, à Mayence sur la verrerie, à Rio de Janeiro sur les fresques pompéiennes et bien entendu à Paris sur la peinture romaine, Hadrien et Tibur, Zénobie et Palmyre, la Gaule et l’Europe. De sa riche bibliographie, on citera sa thèse intitulée Operosa antra. Recherches sur la grotte à Rome de Sylla à Hadrien, plusieurs fascicules du Recueil des Mosaïques de la Gaule publiés sous les auspices de notre Académie ou bien encore sa remarquable édition de La Gaule romaine du grand Fustel de Coulanges ; lui a été confié la direction de son Recueil des sculptures sur pierre de la Gaule romaine, dit « Nouvel Espérandieu » en souvenir du maître d’œuvre de sa première édition achevée par les soins de Raymond Lantier en 1966. Dans la nouvelle série, un premier volume est paru en 2003, magnifiquement illustré, sur Vienne en Isère, suivi en 2006 d’un second sur Lyon ; un troisième volume sur les Leuques est annoncé et sera suivi par les Séquanes. D’un autre côté, pour faciliter la consultation de cette masse de documentation et faciliter les mises en corrélation du matériel est prévu la lancement sur le net d’une base de données qui viendra parachever les éditions papier aujourd’hui disponibles.


Venons-en maintenant au bilan de cette récente année d’études et de travaux nombreux et divers. Comme l’a rappelé l’article 1er du décret du 11 janvier 1999 portant approbation des statuts de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, notre Compagnie, selon une tradition qui remonte au XVIIIe siècle, a pour mission principale « l’étude scientifique des monuments, des documents, des langues et des cultures des civilisations de l’Antiquité, du Moyen Âge et de l’âge classique, ainsi que des civilisations non-européennes ». Aussi veille-t-elle à mieux faire connaître les avancées de la science dans les vastes domaines relevant de sa compétence, depuis les époques les plus reculés jusqu’au XVIIe siècle, en offrant une tribune aux travaux jugés les plus méritoires ou les plus stimulants ; présentés à l’occasion de ses séances hebdomadaires du vendredi, ces exposés prennent la forme soit de brèves notes d’information offrant la primeur de telle découverte ou bien apportant une solution à tel questionnement débattu par les spécialistes depuis longtemps, soit de communications, plus longues, permettant d’aborder des questions de fond ou le dresser le bilan d’entreprises de longue haleine, archéologiques en particulier.

Dans l’année écoulée, nous avons organisé 34 séances, dont une, thématique, s’est inscrite dans un colloque de deux journées autour des riches personnalités des frères Reinach. Durant ces réunions nous avons entendu 24 notes d’information, 40 communications ainsi qu’une notice, par notre confrère Claude Nicolet, sur la vie et les travaux de son maître William Seston, soit en tout une soixantaine d’exposés se répartissant équitablement entre les trois domaines d’étude majeurs de l’AIBL : d’une part l’orientalisme et qui inclut une immense aire géographique allant de l’Afrique du Nord à l’Extrême-Orient, depuis la préhistoire jusqu’aux périodes les plus récentes ; d’autre part l’Antiquité gréco-romaine au sens le plus large du terme, avec une attention toute particulière portée sur les culture dites périphériques (Maghreb actuel, Égypte, Proche-Orient, Afghanistan) liées par de fortes interactions à l’Europe méditerranéenne ; enfin un immense massif réunissant le Moyen Âge, la Renaissance, le XVIIe siècle et la tradition classique.
Pour autant n’ont pas été négligées des disciplines transversales ou rares qui témoignent de l’éventail de nos curiosités et de notre attachement à ne négliger aucune approche pour la connaissance des hommes, de leurs sociétés et de leur histoire ; à côté d’interventions plus classiques ressortissant à l’archéologie ou à l’étude des textes, au nombre d’une quarantaine, on relèvera ainsi plusieurs exposés ressortissant aux disciplines suivantes : linguistique et lexicographie, histoire des sciences, histoire du droit, histoire de l’art, américanisme, historiographie et histoire de la pensée.
Les chiffres impressionnants que je viens d’énoncer illustrent je crois parfaitement le dynamisme de notre Compagnie dont le champ des curiosités est universel ; la place cardinale qu’elle occupe, à la croisée du monde de l’enseignement supérieur et de la recherche, lui permet à l’évidence de réunir en un tissu dense une masse d’informations d’ampleur inégalable. Sans nul doute l’attrait de présenter devant l’AIBL les résultats d’une recherche tient aussi à ce qu’elle réunit des savants cultivant des disciplines très diverses, ce qui favorise de fructueuses discussions « transversales » à l’issue des exposés et permet d’ouvrir des perspectives nouvelles à leurs auteurs.
Parmi les 71 orateurs de l’année académique 2006-2007, outre 8 académiciens, se comptent 16 de nos correspondants français et étrangers ainsi que 7 de nos « associés » ‑ c’est ainsi que nous désignons de nos membres étrangers ‑, ce qui transcrit fort bien le rôle actif jouée par ceux-ci pour la bonne marche et la qualité de nos réunions ; un tiers des exposés présentés sont dus à des étrangers, ce qui éclaire parfaitement sur l’ouverture internationale de nos séances et la considération qui est portée à notre Compagnie de par le monde. Indiquons ici que le vendredi 9 novembre dernier, en présence du chancelier de l’Institut de France, M. Gabriel de Broglie, le Président Jacques Chirac a fait à notre Compagnie l’honneur d’assister à sa séance, durant laquelle M. Bruno Deslandes, jeune directeur de la mission scientifique lettone en Égypte, a donné la primeur à notre Compagnie des travaux récents menés dans la pyramide à degrés de Saqqarah ; on se souviendra des liens d’amitié et d’estime qu’entretenait notre ancien Président de la République avec le regretté Jean-Philippe Lauer.



Nos séances sont souvent l’occasion de renforcer les liens noués avec des membres éminents de la communauté scientifique internationale. Ainsi citerons-nous la communication de notre correspondant espagnol Francisco Rico qui a jeté une lumière vive sur les débuts de la poésie lyrique romane et les influences arabo-andalouses exercées sur elle, l’exposé de Tahar Ghalia, directeur du musée du Bardo à Tunis, ceux des Professeur Antonino di Vita et Mario Luni, venus nous entretenir des travaux italiens menés actuellement en Libye, de notre correspondant autrichien Manfred Bietak, le fouilleur de Tell ed-Daba’a, l’antique Avaris, capitale des Hyksos, de notre associé étranger Vassos Karageorghis de Chypre, ou bien encore le professeur séoudien Alî Ghabbân venu nous entretenir du Darb el-Bakra ; occasion nous a été également fournie de renforcer nos relations avec les savants du Kazakhstan grâce au concours de notre correspondant Frantz Grenet, venu accompagné du professeur Aleksander Podushkin, de l’Université de Chimkent, et de notre associé étranger britannique Nicholas Sims-Williams, nous présenter les inscriptions sogdiennes récemment mises au jour à Kultobe. Nous avons également eu l’honneur de recevoir parmi nous M. Fukui Bounga, professeur émérite de l’université Waseda à Tokyo, qui a fait le point sur l’état des études sur le court texte du Sutra du Cœur (Hannya Shingyô), l’un des écrits bouddhiques les plus répandus dans tout l’Extrême-Orient sinisé, dénommé ainsi car il contient le cœur de l’enseignement de la Prajña paramita, la Perfection de la Sagesse. M. Fukui Bounga, qui est une haute personnalité du clergé bouddhique japonais, est le supérieur du temple Rinnô-ji (Nikkou) et le grand recteur monacal de l’École Tendaï.

À côté des séances ordinaires du vendredi, sur l’organisation desquelles veille avec soin et vigilance notre Bureau, la vie académique de l’année écoulée a été marquée par un certain nombre d’événements auxquels l’AIBL a pris part ou de manifestations suscitées par ses soins. Le samedi 10 février une délégation de notre Académie associée à l’Académie des Beaux-Arts et à celle des Sciences morales et politiques a été reçue en audience privée par Sa Sainteté le pape Benoît XVI, membre de l’Institut ; une médaille frappée à son effigie par le graveur Robert Rigot, correspondant de l’Académie des Beaux-Arts, lui a été offerte avec en exergue une inscription irénique tirée de l’Epître des Ephésiens (VI, 3) choisie sur proposition de notre confrère Jacques Fontaine : Servare unitatem Spiritus in vinculo pacis (« Conserver l’unité de l’Esprit par ce bien qui est la paix ») ; tel est sans doute l’enjeu que présente le siècle dans lequel nous nous sommes engagés il y a peu.
Du vendredi 9 au dimanche 11 février 2007 notre Académie a entendu participer aux premières « Rencontres du livre des sciences humaines » organisée par la Fondation de la Maison des Sciences de l’Homme, dans le cadre de l’espace des Blancs-Manteaux dans le Marais, notamment en ouvrant un stand de présentation et de vente de ses publications ; de fructueuses prises de contacts ont pu être nouées à cette occasion avec des éditeurs spécialisés ; plusieurs centaines de dossiers documentaires ont été offerts aux visiteurs désireux de mieux connaître les activités de l’Académie ; à l’occasion d’une table-ronde sur le rôle de l’archéologie, M. Michel Provost, directeur scientifique de la collection, a présenté l’entreprise de la Carte archéologique de la Gaule devant un public fourni et attentif.
Les jeudi 15 et le vendredi 16 février l’Académie a accueilli le Bureau de l’Union académique internationale, présidé par M. Agostino Paravicini-Bagliani, notre correspondant de Genève, pour sa session annuelle ; à ces séances de travail ont participé nos délégués MM. Michel Zink et Bernard Pottier.

Le mercredi 21 mars, une séance commune a été mise sur pied par notre Compagnie et l’Académie des Beaux-Arts pour accueillir le ministre grec de la Culture Georgios Voulgarakis, venu inaugurer à Paris l’exposition Praxitèle du Louvre ; il a souhaité tirer profit de sa visite pour présenter devant notre Compagnie les fruits d’une réflexion nourrie sur la politique patrimoniale à conduire en Europe, en vue notamment de renforcer notre identité culturelle commune, qui une fois solidement fondée seule pourrait à ses yeux rendre possible l’unification politique du Vieux Continent. À l’issue de cette manifestation d’amitié franco-hellène, une très belle reproduction de la tête de l’Hermès d’Olympie nous a été offerte.
Les vendredi 23 et samedi 24 juin, s’est tenu au Palais Mazarin un colloque sur la célèbre fratrie des Reinach, surnommés les « frères Je Sais Tout » en raison de leur prodigieuse érudition (J pour Joseph, l’avocat auteur d’une monumentale Histoire de l’affaire Dreyfus, S pour Salomon, le conservateur du musée national des Antiquités de Saint-Germain-en-Laye et pionnier de l’histoire des religions, T pour Théodore, l’archéologue et helléniste distingué) ; au fil d’une vingtaine d’exposés ayant réuni historiens du monde antique, historiens de l’art et contemporanéistes, c’est un vaste pan de la vie intellectuelle, scientifique et politique de la IIIe République auquel il été redonnée vie grâce aux bons soins de leurs organisateurs Mme Sophie Basch, Michel Espagne et moi-même.

Parmi les nombreux enseignements de ces journées et des échanges de vues auxquels elles ont donné lieu, il est frappant de constater que pour les frères Reinach l’érudition la plus exigeante devait être mise au service de la vie de la cité, une vision de l’humanisme qui pourrait servir de devise à bien des historiens.
Le lundi 3 septembre s’est tenue la cérémonie de signature de l’accord multilatéral du Consortium européen pour la recherche sur le terrain en Asie, European Consortium for Asian Field study (ECAF), suivie d’une séance de présentation du projet dans notre grande salle des séances. Une initiative du directeur de l’École française d’Extrême-Orient (EFEO), notre correspondant le Professeur Franciscus Verellen, ce consortium, dans lequel prend place notre Compagnie, s’appuie sur le réseau des dix-sept centres de l’EFEO répartis dans douze pays d’Asie, de l’Inde au Japon. Ayant pour objectif d’accroître l’accès au terrain dans cette partie du monde pour les chercheurs et les étudiants d’une trentaine d’institutions scientifiques de premier plan relevant de huit pays européens, il devrait favoriser un rayonnement accru de la recherche française en Europe et en Asie.
Du jeudi 4 au samedi 6 octobre, j’ai organisé à la merveilleuse Villa Kérylos sur la Côte d’Azur à Beaulieu-sur-Mer avec MM. André Vauchez, membre de notre Académie, et Maurice Sartre, président de l’IEHCA (Institut européen d’Histoire et des Cultures de l’Alimentation), un colloque, le XVIIIe, sur le thème des « Pratiques et discours alimentaires en Méditerranée de l’Antiquité à la Renaissance », abordés selon des points de vue divers en une vingtaine d’exposés d’archéologues, d’historiens et de philologues.



Enfin, rappelons que tout récemment notre Compagnie a participé activement à la rencontre des Académies européennes, qui, à l’initiative de notre chancelier, M. Gabriel de Broglie, s’est tenue du 21 au 23 octobre à l’Institut de France, sur le thème « Les Académies en Europe au XXIe siècle ». M. Michel Zink, membre de notre Compagnie, a assuré l’organisation scientifique de cette rencontre et en a tiré les conclusions ; notre confrère Marc Fumaroli, de l’Académie française, a prononcé dans ce cadre un discours au titre de « grand témoin ». À l’issue de la dernière matinée de cette réunion d’amitié interacadémique, s’est déroulée la séance solennelle de rentrée des cinq Académies sous la Coupole sur le thème « Identités nationales et universalité de l’esprit ». Le délégué de l’AIBL était M. Emilio Marin, associé étranger et ambassadeur de Croatie auprès du Saint-Siège, qui a prononcé un discours dont le titre était : « Le curé de campagne et le prix Nobel face à l’histoire ou l’enjeu de l’Europe et de la Méditerranée ». La rencontre des Académies européennes avait été précédée, le samedi 20 octobre, d’un colloque à la Fondation Singer-Polignac sur « Les Académies en Europe, XIXe-XXe siècles ». M. Michel Zink en a assuré la présidence avec le professeur Jean-Pierre Chaline et en a tiré les conclusions.



Il serait trop long et sans doute quelque peu fastidieux de vous entretenir du travail régulier et patient des 47 commissions qui ont été réunies cette année ; certaines jouent un rôle d’expert auprès des autorités publiques, notamment par les avis qu’elles présentent sur certains grands établissements de recherche à l’étranger, l’École française d’Athènes, l’École de Rome ou l’École biblique de Jérusalem, d’autres veillent sur l’administration de nos fonds et legs ou sur la bonne marche de nos publications ; enfin, un dernier ensemble de commissions, 38 au total cette année, a décidé de l’attribution de nos prix, dont la liste sera proclamée dans quelques instants par notre Vice-président. Le capital de la plupart de nos fondations ayant été laminé par les dévaluations successives, nombre de nos prix sont aujourd’hui dévolus grâce à l’apport déterminant de la fondation Dourlans, Émile Dourlans ayant fait en 1899 l’Académie son légataire universel. Heureusement de nouveaux prix ont vu le jour récemment, permettant à l’Académie d’accroître notablement son rayon d’action. Ainsi, cette année a été décerné pour la première fois le prix biennal Serge Lancel ; d’un montant substantiel, il a pour objectif, selon les vœux de notre regretté confrère, qui était le maître de l’archéologie de l’Afrique punique et romaine et un grand spécialiste de l’œuvre de saint Augustin, de récompenser des ouvrages sur le Maghreb durant l’Antiquité (VIIe s. av.-VIIe s. ap. J.-C.) ou bien d’y faciliter la mise en œuvre de recherche sur le terrain. À l’initiative de notre Vice-Président Jean-François Jarrige, a été créé auprès de notre Académie un nouveau prix d’un montant de 10 000 euros (doublé d’ailleurs en 2007 pour récompenser deux lauréats) ; prévu pour une période dix ans par son généreux donateur américain, M. Joseph P. Carroll, ce prix « pour les études asiatiques en France en l’honneur du Président Chirac » entend notamment rappeler l’importance de l’Asie dans notre pays et celle de ce dernier en Asie ; il vise à soutenir une recherche illustrant l’apport d’une approche française dans le domaine des études asiatiques. D’autres projets de mécénat américain, avec pour cheville ouvrière Jean-François Jarrige, sont par ailleurs en cours d’étude qui pourraient aboutir à la création de plusieurs autres prix d’un montant équivalent au prix Carroll.



L’ensemble de ces prix constitue un des moyens d’action fondamental dont dispose notre Académie pour encourager la recherche ; pour répondre à cette même vocation, elle octroie régulièrement des aides à la publication et accorde son patronage à diverses entreprises savantes, au premier rang desquelles prennent place nos grands chantiers de fouilles à l’étranger, depuis les rivages italiens, grecs et libyens de la Méditerranée jusqu’aux terres plus éloignées de l’Afghanistan et du Cambodge. Dans certains cas précis, qui découlent de legs de matériel et de documentation scientifiques, à l’instar du fonds Louis Robert que j’ai évoqué tout à l’heure ou du Corpus des Antiquités sémitiques créé par Ernest Renan en 1867 à la suite de sa mission fameuse en Phénicie, une charge de conservation revient à l’Académie avec pour aboutissement un certain nombre de publications, dont nous fournirons un exemple dans un instant. Pour mettre en exergue notre activité dans le domaine de la restauration et de l’étude de ces témoins du passé, je citerai volontiers l’entreprise en cours d’édition et de la valorisation scientifique des Papyri d’Herculanum Paris I et II, des textes du milieu du Ier s. av. n. è., attribués au philosophe épicurien Philodème de Gaddara, dont nous avons confié l’exécution au Professeur Daniel Delattre. Au printemps 2007, son équipe a été initiée par une sommité en la matière, le Professeur Knut Kleve de l’Université d’Oslo, à une méthode originale permettant de décoller à l’aide de solutions chimiques les restes de couches supérieures qui gênent la lecture des papyrus carbonisés. Mais cette méthode, pour être efficace, n’en cause pas moins des dommages, si bien qu’avec l’autorisation de la Commission des Archives et Bibliothèques de l’Institut, une expérience de lecture avec un appareil unique en son genre, mis au point à l’Université du Kentucky et qui combine les rayons X et la résonance magnétique nucléaire, sera entreprise l’an prochain.



Encourager et faire avancer la recherche, autant de missions fondamentales qui nécessitent pour être parachevées que l’on consacre moyens et énergie à la diffusion des acquis scientifiques qui en résultent. À cette tâche l’Académie s’emploie avec énergie, par le truchement d’un dispositif éditorial réunissant 27 collections et périodiques.



Destinés en priorité à un public de savants, près desquels ils attestent le haut niveau de la recherche française, les ouvrages de l’AIBL s’adressent aussi à un plus large public amateur d’histoire, aux étudiants avancés intéressés par les disciplines relevant de la compétence de l’Académie, et plus généralement au monde enseignant ; ils sont diffusés, à titre d’échange ou de don, auprès de quelque 450 organismes universitaires et scientifiques à l’étranger, ce qui contribue pour beaucoup au rayonnement de notre pays dans le domaine des sciences humaines.
Notre bilan éditorial se distingue par le nombre de ses titres, le soin apporté à la confection de nos ouvrages, souvent fort volumineux. Depuis l’an dernier, sont parus trois fascicules des Comptes rendus de nos réunions hebdomadaires, pour la période courant de juillet 2005 à mars 2006 ; une troisième livraison, pour les mois d’avril-juin 2006, actuellement sous presse, est attendue les jours prochains – le tout formant un impressionnant ensemble de quelque 2000 pages agrémenté de plus de 500 illustrations, qui reflètent, malgré la couverture austère de nos CRAI, la richesse et la variété des travaux présentés lors de nos séances publiques. Cette vénérable publication, due à l’initiative de l’historien Ernest Desjardin, fêtera en 2008 son 150e anniversaire. Notre Journal des Savants, dirigé par Jean Marcadé et Philippe Contamine, a paru de son côté avec sa régularité exemplaire. La collection des Monuments et mémoires de la Fondation E. Piot, un des fleurons français au sein des grandes publications d’histoire de l’art, que dirigent Jean Marcadé, Jean-Pierre Babelon et Jean-François Jarrige, s’est de son côté accrue d’un nouveau volume, le tome 85.
Dans notre collection des Mémoires, deux volumes sont sortis des presses. Le premier consacré à L’Art gothique en Chypre rassemble les notices, abondamment illustrées, de trente monuments édifiés à l’époque de la dynastie des Lusignan, sous la plume des meilleurs spécialistes. Depuis le livre de Camille Enlart publié en 1899, aucun ouvrage n’avait envisagé dans une perspective d’ensemble cette production artistique singulière que forme l’art d’Occident du dernier État latin d’Orient ; c’est chose faite grâce à notre Académie et à l’activité inlassable de notre correspondant Jean-Bernard de Vaivre et de Philippe Plagnieux. La seconde réalisation consiste en l’édition en 2 vol. de La collection Clermont-Ganneau. Ostraca, épigraphes sur jarre et étiquettes de bois, par Mme Hélène Lozachmeur, avec le concours de plusieurs contributeurs éminents. Grâce à cette étude exhaustive de la documentation araméenne recueillie sur l’île d’Eléphantine en 1906, où l’éditrice n’a pas négligé de recourir aux apports de la céramologie, nous est enfin fournie l’édition impeccable attendue depuis déjà un siècle. Si le lecteur regrettera de ne trouver dans cette documentation, somme toute relativement modeste, aucune des révélations, religieuses notamment, auquel le monde savant avait cru pouvoir s’attendre, que d’indications précises en revanche sur la vie quotidienne dans la vallée du Nil du Ve siècle av. notre ère. Toujours dans les riches domaines de l’orientalisme est paru dans la collection de l’« Inventaire des inscriptions sudarabiques » un volume sur les fouilles de l’expédition pluridisciplinaire soviéto-yéménite intitulé : Raybûn, Kafas/Na’mân, temple de la déesse dhât Himyan, dû à la plume de Serguei Frantsouzoff.
Dans la collection du « Répertoire iconographique sudarabique », publiée conjointement par notre Académie et l’Istituto italiano per l’Africa e l’Oriente, est récemment sorti des presses un nouveau tome sur les bronzes sudarabiques d’époque pré-islamique, par les soins de M. Azza Alî Aquîl et Mme Sabinba Antonini. À côté de ces volumes, d’autres relèvent des études classiques. Ainsi, c’est avec une régularité sans faille qu’est paru cet été le volume des Actes du XVIIe colloque de la Villa Kérylos, tenu en octobre 2006, sous la direction d’André Laronde et de moi-même, avec pour titre La Méditerranée d’une rive à l’autre. Culture classique et culture périphérique. De même notre collection de la Carte archéologique de la Gaule, que dirige avec dévouement et vigueur notre collaborateur Michel Provost, n’a pas diminué son rythme de parution avec cinq nouveaux titres : La Haute-Garonne (31/1), Lyon (69/2), Saintes (17/2), Les Yvelines (78) et Le Tarn-et-Garonne (82). En outre, sont sortis des presses dans de brefs délais les Actes de la Journée d’étude du Corpus Vasorum Antiquorum, qui avait rassemblé en 2004 au Palais de l’Institut d’éminents spécialistes français et étrangers autour du thème « Les clients de la céramique grecque ». Dans le domaine des études médiévales enfin, est paru dans notre série des « Obituaires » (Recueil des Historiens de la France), le volume 3 des Rouleaux des morts (1400-1451) édité par M. Jean Dufour, auxiliaire de l’Académie.



On le sait, les progrès considérables accomplis ces dernières années dans le domaine des technologies informatiques et de l’internet ont permis à l’édition numérique de faire florès ; notre Compagnie ne pouvait ignorer ces novations permettant d’accroître le champ de diffusion de ses publications. Aussi durant l’été, notre Académie a donné le départ à un vaste programme de numérisation rétrospective de ses périodiques, à savoir ses Comptes rendus, le Journal des Savants et les Monuments Piot, une entreprise complexe qui s’inscrit dans le cadre du projet Persée du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, qui en assure en particulier le financement.
À échéance de 2010, plus de dix mille articles – près de 200 000 pages !, illustrations incluses –, seront consultables gratuitement sur le web et pourront être téléchargés ; on espère pour la fin 2008 la mise en ligne de l’ensemble des fascicules CRAI parus au XXe siècle. Notons, que grâce aux procédés d’indexation dont bénéficiera cette documentation, des recherches de mots en plein texte seront rendues possibles.



Pour terminer, il nous faut indiquer que tout ce bilan – si riche et divers – de publication a été réalisé par une équipe éditoriale infiniment réduite. Tous ces résultats n’ont pu être obtenus que par l’énergie, la compétence et le dévouement à la tâche de M. Hervé Danesi et de ses collaborateurs ; à ce groupe si efficace et dévoué, j’adresse publiquement le témoignage de ma profonde reconnaissance.

Pour écouter le Bilan 2007 >>>



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