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Lire un texte vieilli du Moyen Âge à nos jours

Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Collège de France, association Balzan 2007.
1er, 2 et 3 avril 2009.



Présentation

Lire un texte vieilli : c’est ce que fait tout lecteur, dès lors qu’il lit autre chose que le journal du jour ou un roman de l’année. La distance créée par le vieillissement du texte est la première cause qui fait de la littérature une expérience du temps et un arrachement à soi-même.

Cette distance est à la fois subie et goûtée. Elle est sentie comme essentielle à la littérature.
Elle est subie : elle est source d’incompréhension ou de malentendus ; elle appelle tout un appareil – introductions, explications, notes, et, dans les cas extrêmes, traductions – qui a pour fonction nécessaire de rapprocher le texte du lecteur, mais qui en même temps constitue entre eux un écran.
Elle est goûtée : le vieillissement de la langue et le dépaysement du passé exercent un charme sur le lecteur, tout en accroissant le malentendu, puisque le texte n’est pas né vieux et qu’il a été écrit pour ses contemporains.
Elle est sentie comme essentielle à la littérature, parce que, depuis plus de deux millénaires, la littérature s’enseigne à travers des textes anciens, des classiques. Elle est sentie comme essentielle, car, si les poèmes homériques, les premiers de notre civilisation, ne sont pas nés vieux, ils ont servi de base à l’éducation à une époque où ils étaient déjà vieux et où leur langue était vieillie.

Cette distance, l’éditeur moderne de textes anciens peut choisir de la rendre sensible en conservant (autant qu’il est possible) la langue, les graphies, la ponctuation, la mise en page d’origine : il privilégie alors la compréhension historique. Ou il peut choisir de la réduire : il privilégie alors la relation entre le texte et le lecteur.

Les littératures médiévales se prêtent tout particulièrement à l’examen des questions posées par la lecture d’un texte vieilli.

  1. Ecrites dans des langues jeunes ou dans des langues qui accèdent seulement alors au statut de langue écrite, elles ne sont pas elles-mêmes confrontées à ce phénomène, mais le rencontrent cependant, voire le suscitent en mettant délibérément l’accent sur une tradition ancienne dont elles prétendent s’inspirer, soit dans la même langue (la poésie scaldique pour la littérature norroise), soit dans une autre (le breton ou le latin).
  2. S’agissant de l’Antiquité latine classique et chrétienne, les lecteurs médiévaux, selon leur statut, selon l’époque, selon leur culture, selon la langue qui est la leur et selon celle du texte qu’ils lisent, peuvent avoir le sentiment, soit d’un état ancien de leur langue, soit d’un état savant de leur langue, soit d’une autre langue.
  3. Le Moyen Âge est une période longue, qui voit apparaître et se développer, avec les langues romanes, les littératures écrites dans ces langues. Un moment vient où les premiers textes sont écrits dans une langue désormais sentie comme vieillie. Que faire ? Les adapter au goût du jour, les récrire dans une langue moderne ? C’est le choix des mises en prose. Continuer à user délibérément, pour certaines formes littéraires, d’un style vieilli ? C’est longtemps le choix de la chanson de geste. L’étude de la littérature médiévale permet de saisir le moment où une langue prend conscience de son propre vieillissement et d’étudier les réponses apportées par la littérature soit aux difficultés soit aux effets nouveaux nés de ce vieillissement.

Mais les littératures médiévales, les plus anciennes écrites dans les langues européennes modernes, sont aussi celles qui ont offert plus tard à ces langues les cas les plus extrêmes de lecture de textes vieillis. Les attitudes diverses adoptées à leur égard sont pour cette raison révélatrices : rejet, modernisation, traduction, restitution, conservation, imitation.
La Bibliothèque universelle des Romans, les poèmes de Clotilde, La Légende des siècles, Gaspard de la Nuit, Les contes drolatiques, les adaptations de récits et de poèmes médiévaux pour la jeunesse, le Tristan et Iseut de Joseph Bédier, la traduction de la Divine Comédie en « ancien français » proposée par André Pézard, sans parler des éditions critiques, des éditions modernisées, des éditions accompagnées de traductions, des traductions seules, des choix opérés par ces traductions, des différents publics visés… Dans le seul domaine français, la matière est considérable et d’une extrême variété. Que dire si l’on envisage les autres pays : l’Angleterre, avec la première « modernisation » opérée par Malory ; l’Allemagne, avec l’enracinement médiéval de la poésie romantique, puis l’importance de Wagner ; l’Italie, où l’on pourrait presque dire que la langue du jeune État a été choisie pour permettre la lecture de Dante ; l’Islande, qui prétend parler encore la langue des sagas ; la Finlande, où le Kalevala est une œuvre du XIXe siècle, etc.

Enfin, l’évolution très rapide de beaucoup de langues dans le monde contemporain a pour conséquence un vieillissement accéléré des textes si bien que, comme on l’a dit en commençant, les questions posées par la lecture d’un texte vieilli tendent à devenir les questions mêmes de toute lecture.

Voilà quelques unes des directions dans lesquelles le colloque pourrait s’orienter.

Michel Zink, membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres

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