Accueil du site > Séances et Manifestations > Expositions virtuelles

Épées d’académiciens (1ère partie)

E-exposition Février 2013




A l’occasion du 350ème anniversaire de la fondation de l’Académie, nous présentons sur cette page une première sélection d’épées d’Académiciens. D’autres expositions virtuelles d’épées suivront dans les mois à venir.

Paris, AIBL, le 31 janvier 2013


L’instauration du costume d’académicien coïncide avec la fin de la Campagne d’Égypte et le retour des membres de l’Institut d’Égypte (ou Institut pour les Sciences et les Arts encore appelé Institut du Caire), fondé par Bonaparte en 1798, sur le modèle de l’Institut national ; ses membres portaient une épée d’un type unique au pommeau vertical trilobé orné de palmettes, à la fusée de nacre unie (et non de corne de buffle spiralée comme celle des élèves de l’École polytechnique), décorée d’une tête de Thot en bronze doré, et à la coquille ajourée. Cette épée aurait été portée jusqu’à la fin du second Empire par les académiciens de l’AIBL. Notons que les historiens ne s’accordent pas sur ce point ; mais ils constatent la généralisation du port de l’épée d’apparat sous l’Empire, pour les militaires, fonctionnaires et civils, et ce, à la verticale (usage conservé à l’Institut) et non plus à l’horizontale, comme sous l’Ancien Régime. (Mireille Pastoureau, Conservateur général et Directeur de la Bibliothèque de l’Institut)

Épée du XVIIIe siècle en fer de la lame au pommeau.

  • Sur la lame : Le Court, fournisseur du Grand Dauphin rue Henant. La Commedie Francoise. Paris.
  • Sur la chape du fourreau est gravé un vers et demi de Froissart : Des aventures me souvient / Du temps passé (Le Joli Buisson de Jeunesse, v. 1-2. Les aventures du temps passé dont il lui souvient ne sont pas ici celles des « guerres de France et d’Angleterre » que relatent ses célèbres Chroniques ni celles des romans de chevalerie dont il écrit un des derniers, mais l’aventure toute personnelle, et même toute intérieure, de sa propre vie, objet de ce poème).
  • Sur le fourreau, le bouton est une réplique de l’acrobate sculpté dans un médaillon au-dessus de la tête du Christ au tympan de la basilique de la Madeleine à Vézelay. On peut y voir le « jongleur de Notre Dame » d’un célèbre conte médiéval ou le jongleur de Dieu que doit être le chrétien pour saint Bernard de Clairvaux : Car, en vérité, que semblons-nous faire d’autre aux yeux des gens du siècle, que de jouer, puisque ce qu’ils convoitent en ce monde, nous, au contraire, nous le fuyons, et ce qu’ils fuient, nous le convoitons, à la façon des jongleurs et des acrobates qui se tiennent, la tête en bas et les pieds en l’air, à l’encontre de ce qui est naturel aux hommes, ou marchent sur les mains, et ainsi attirent à eux tous les regards ? Ce n’est pas ici un jeu d’enfant, ce n’est pas du théâtre, (…) c’est un jeu joyeux, honnête, grave, admirable, délectable aux jeux des spectateurs célestes. (…) Jouons-nous aussi pour l’instant à ce jeu, de façon que l’on se joue de nous, que nous soyons remplis de confusion, humiliés, jusqu’à ce que vienne celui qui « dépose les puissants et exalte les humbles » (Luc 1, 52 ; 2 Reg. 15,28, etc.), qui nous réjouira, nous glorifiera, nous exaltera à jamais (Bernard de Clairvaux, Lettre 87, 12, p. 472-475, Paris, éd. du Cerf, 2001.

Épée inspirée de celle du roi Henri IV, aujourd’hui conservée au Musée de l’Armée aux Invalides. L’alliance de l’argent et du cristal de roche y domine. On trouve sur le pommeau l’emblème doré du Roi-Soleil, les gravures en intaille représentent la statue symbolisant la Seine située au parterre d’eau devant la façade du château de Versailles, le monogramme d’Henri IV et le Pavillon de la Reine de la Place des Vosges.

Épée de cérémonie d’officier des gardes du corps de Louis XVIII (vers 1820). On y trouve une effigie d’Henri IV sur la garde.

Épée-glaive de cérémonie d’un pair de France (époque de la Restauration, règne de Louis XVIII).
Le profil d’Henri IV en décore le pommeau.
La fusée est garnie de nacre.
La garde en croix présente, à l’extrémité des quillons, deux visages divins.

Épée d’officier du Consulat (début du XIXè siècle). Garde en laiton, pommeau au profil d’Athéna, fusée en cuir filigrané de laiton, clavier représentant Héraclès poursuivant le lion de Némée.

Épée d’un égyptologue. La fusée de la poignée, papyriforme, est en serpentine (roche de couleur verte) et taillée en forme de colonne ouadj, signe hiéroglyphique incarnant vigueur et pérennité. Au sommet du pommeau, la reproduction d’une monnaie en or à l’effigie du dieu Ammon jeune, à cornes de bélier. L’arc de jointure de la poignée, en or également, est constitué de deux uraeus dressés, aux yeux de cornaline, dont les deux couronnes sont les symboles de la double monarchie d’Égypte et du Soudan, (XXVe dynastie dite « éthiopienne » ou « kouchite »). Ils reposent sur un socle dont les quatre faces évoquent les travaux du récipiendaire, consacrés à diverses périodes de l’histoire pharaonique : gravure rupestre de deux éléphants, cartouche de Pépy Ier (pharaon de la VIe dynastie), lion couché de Soleb (au British Museum, époque d’Aménophis III), barque d’Isis à la voile. Au bouton du fourreau est conservé le chaton d’une bague représentant un bovidé, trouvée dans la nécropole méroïtique de Sedeinga au Soudan (don au fouilleur du gouvernement soudanais). Sur la lame est gravé un alphabet méroïtique.

Épée d’un Académicien protohistorien, elle est la copie d’une arme de l’âge du Bronze moyen (vers 1600/1500 avant notre ère) et est la réplique parfaite de l’une des plus anciennes épées ayant circulé dans l’espace européen, l’épée de Jugnes, découverte près de Sigean, un modèle presque unique en son genre avec un pommeau conique, une poignée facettée et une garde encochée de six rivets dont la lame a été entièrement décorée.

Épée d’Académicien spécialiste de l’antiquité romaine et de l’art antique. Cette épée, datant de juin 1825, a été portée par un officier de la garde royale (règne de Charles X) ; c’est une épée de parade, insigne de noblesse, portant les armes de son possesseur actuel : « de gueule à cinq besants d’or, cantonnés de quatre mollettes d’éperon d’argent ». Sur le contre-clavier, la devise de la famille de l’Académicien : si tangas feriet, que l’on pourrait traduire par « qui s’y frotte s’y pique ». Sur le haut du fourreau, une réserve en creux porte, incrustée sur fond de lapis-lazzuli bleu, une fleur de lys en mosaïque d’or (l’étude des mosaïques étant la spécialité du propriétaire de l’épée). Le pommeau renvoie aux officiers du Roi entre 1816 et 1830, tandis qu’un mufle de lion décorant l’extrémité du quillon (garde de l’épée) correspond au signe astral de l’Académicien en même temps qu’à ses recherches sur le culte de Mithra (dieu indo-iranien qui connut un grand succès à Rome jusqu’au IVe siècle de notre ère).

Épée réalisée pour un helléniste. Les sujets représentés sont empruntés aux types monétaires que l’Académicien a étudiés :

  • aux monnaies de Chalkis, l’aigle attaquant un serpent, sur la poignée ;
  • aux monnaies de Thasos, la tête de Dionysos, sur le pommeau ;
  • le silène enlevant une ménade (ou bacchante, danseuse accompagnatrice de Dionysos), sur la coquille ;
  • l’arc d’Héraclès formant la garde de l’épée ;
  • et au monnayage d’Apollonia d’Illyrie, la vache allaitant son veau, au bouton du fourreau.
    Sur l’épée est gravée une citation de Démosthène disant que la monnaie est l’instrument légal des citoyens.

Épée d’un orientaliste spécialiste du Japon ; forgée aux alentours de 1800, cette « épée » est un wakizashi, ou sabre court, tel que les lettrés pouvaient en porter à l’époque d’Edo (XVIIe s.). Les ornements de la poignée représentent un tigre et une panthère, sans doute les animaux qui gardaient la grotte de l’immortel Wang Yang sur le mont Hua, tandis que la garde, œuvre d’Akao Jinzaemon remontant au début de la période d’Edo, représente un bonnet de mandarin abandonné dans l’herbe folle de la lande, allusion probable à un thème poétique chinois. Sur le fourreau sont inscrits à la laque noire sur noir les caractères japonais « contempler le temple du cœur », titre d’un livre écrit en japonais par l’Académicien.

C’est pour une grande part la religion de Dionysos qui inspire le décor de cette épée appartenant à un historien de l’antiquité romaine et des religions dans le monde romain : sa fusée simule un thyrse (grand bâton évoquant un sceptre dans les mythologies grecque puis romaine) orné de la pigne, sa coquille est en forme de coupe à boire. Le fond de la coupe est en jaspe rouge, et cette couleur, comme le sarment de vigne qui ondule et serpente de la coupe au sommet du thyrse, évoque naturellement le vin, cher à Bacchus et à ses fidèles. Mais Bacchus n’est pas le seul, sur cette arme : sur la coupe est scellé un as authentique de bronze à l’autel de Rome et d’Auguste. Cette monnaie a une double valeur : elle rappelle à la fois la carrière lyonnaise de l’Académicien propriétaire de l’épée, et ses travaux sur le culte impérial.

Cette épée est l’oeuvre de l’amicale complicité de deux joailliers : Henri Valbelle pour la conception et Daniel Daimé pour la réalisation.
Le premier côté est consacré au Soudan et, plus discrètement, à l’Égypte. C’est un poignard Kerma sorti des fouilles du récipiendaire qui a servi de modèle et a donné ses proportions à l’ensemble du pommeau. Ici, l’argent et l’or fin se sont substitués au bronze et au cuivre de l’original. Mais l’ivoire est bien à sa place initiale. Une turquoise, sur le fourreau, associe la déesse Hathor et tout ce qu’elle représentait dans l’Égypte ancienne à cette cérémonie.
Le second côté, s’il a dû s’adapter à la forme du premier, n’en conserve pas moins une indépendance indéniable, destinée à évoquer, par ses formes autant que par sa beauté, la face la plus quotidienne des activités archéologiques du propriétaire de l’épée, celle qu’il consacre aux monuments chrétiens de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge en Europe. Aucun objet mis au jour sur les innombrables chantiers qu’il a dirigés ne permettait, semble-t-il, de concilier la naissance du christianisme et la forme d’une épée. Aussi a-t-il fallu emprunter à des modèles largement répandus dans le monde gothique ces cloisonnés en or et grenat qui dessinent diversement sur le pommeau et sur la garde le motif de la croix. L’ivoire, qui fait le lien entre les deux côtés, contribue au caractère religieux de l’ensemble.



Voir les deuxième et troisième parties de l’E-exposition sur les épées d’Académiciens

Pour en savoir plus sur les épées d’Académiciens :



imprimer


Site réalisé avec SPIP 2.1.10 + AHUNTSIC