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Journal des Savants : Juillet-Décembre 2016


142 p., 10 ill.
Parution : décembre 2016
Abonnement : l’année 2016 en 2 fasc., particuliers : 80 € ; institutions : 100 €.

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Sommaire et résumés

« Le décret d’Athènes sur la kréanomia des Petites Panathénées : un modèle politique pour la distribution des viandes entre les dèmes attiques », par Denis KNOEPFLER, associé étranger de l’Académie.

Souvent éditée et commentée depuis sa découverte en 1842, cette célèbre « loi sacrée » de l’époque de Lycurgue (ca 330 av. J.-C.) a trouvé maintenant place – avec le fragment publié en 1959 – dans le 2e fasc. des Decreta et leges du nouveau corpus attique (2012), dû à Stephen Lambert (IG II 3 1, 447). Le texte donné là doit cependant être amendé sur quelques points essentiels pour une juste compréhension des clauses relatives à la double kréanomia de la fête annuelle. On montre en particulier que l’inscription ne faisait pas mention – contrairement à ce qu’a laissé croire une restitution introduite en 1871 au mépris de la gravure stoichédon – des deux sacrifices préliminaires (tas duo [thusias]), mais des deux brebis (tas duo [arnas]) qu’un rituel ancien imposait d’immoler, l’une à l’entrée de l’Acropole, l’autre dans l’édifice composite dit « Ancien Temple » (= Érechtheion), puis de découper en un nombre déterminé de portions collectives à répartir entre les autorités de la cité et divers groupes de processionnaires officiels. Mais c’est le grand sacrifice des bovidés achetés – en nombre aussi élevé que possible – grâce aux revenus provenant de la mise en location du territoire désigné sous le nom de Hè Néa (identifiable à tout ou partie de l’Oropie) qui constitue l’objet principal de ce décret du Peuple. Or, là aussi, il convient de faire justice d’une restitution centenaire qui a égaré tous les éditeurs, commentateurs et historiens. Car la distribution des viandes entre les dèmes n’était pas effectuée, au Céramique, en fonction du nombre des participants de chacun d’eux à la procession, mais en vertu du principe politique qu’était la représentation proportionnelle des dèmes au Conseil des Cinq-Cents : ainsi est réhabilitée une conjecture tombée prématurément dans l’oubli depuis plus d’un siècle et demi (car trop audacieuse à l’époque où elle fut formulée par J.L. Ussing). Enfin, compte tenu de la date précise que des indices convergents permettent d’attribuer désormais à ce document, soit l’année 335/4, on suggère de retrouver à la fin du décret une formule relative à l’envoi ponctuel d’une ambassade sacrée (theôria) : il se serait agi de faire connaître au jeune roi de Macédoine le nouveau règlement, afin de lui montrer comment les revenus provenant de l’Oropie – territoire accordé par lui à Athènes en 335 – avaient permis de subvenir aux dépenses de l’hécatombe annuelle des Panathénées. Le fait est que, l’année suivante, Alexandre tint à consacrer à Athéna Polias, juste avant la célébration de la fête, 300 panoplies prises sur les Perses à la bataille du Granique (printemps 334). Dans un appendice consacré à un dossier exactement contemporain de celui des Petites Panathénées sont réexaminés les trois décrets votés en l’honneur de Phyleus d’Oinoé et de ses acolytes (maintenant IG II3, 1, 327). Tirant parti de la restitution récemment acquise (par A. P. Matthaiou, puis par S. Lambert) qui fait de ce magistrat élu un grammateus chargé de donner lecture des actes publics devant le Conseil et le Peuple (cf. Arist. A.P. LIV 4) - au lieu d’être tenu, depuis Koehler, pour un hiéropoios -, on met en évidence pourquoi les trois (et non pas deux seulement démotes d’Oinoè honorés avec Phyleus ne sauraient avoir été ses assesseurs en tant que secrétaires associés (sun[grammateis]), comme l’a cru le récent éditeur : originaires du même dème que lui, ils étaient simplement ses plus proches collègues (sun[archontes dèmotai]) au sein de la Boulè. À eux quatre, en effet, ils formaient la délégation normale à laquelle ce dème d’importance moyenne avait droit, alors, au Conseil des Cinq-Cents. Enfin, c’est dans l’histoire mouvementée de l’année 335 qu’il convient de rechercher le principal motif des honneurs inattendus conférés au quatuor d’Oinoè.

« Fides et la triade précapitoline », par Robert TURCAN, membre de l’Académie.

Dans l’Antiquité, un traité se conclut sous la caution des dieux. Dans leurs deux premiers accords avec Carthage, les Romains prennent à témoin Jupiter Lapis ; mais dans le troisième, ils invoquent Jupiter, Mars et Quirinus, qui correspondent à la triade indo-européenne et précapitoline. En effet, les deux premiers ont en cause des intérêts purement commerciaux, tandis que le troisième engage la cité tout entière et donc les trois fonctions de la communauté. À Fides, qui déifie la « Bonne Foi », les trois flamines majeurs sacrifient de concert chaque 1er octobre, afin d’assurer l’harmonie du corps social. Dans le serment prêté par les Romains sont donc impliqués les garants divins de la cité, sans lesquels tout traité (de nos jours) n’est qu’un « chiffon de papier », suivant l’expression de Th. von Bettmann-Hollweg.

« Extispicine et palmomancie dans l’Antiquité entre Grèce et Proche-Orient », par Victor Gysembergh.

Le corpus des papyrus grecs d’extispicine permet de comparer la manière dont cet art divinatoire était théorisé et pratiqué en Grèce et au Proche-Orient. Cette comparaison révèle des constantes anthropologiques et des développements indépendants, mais surtout de fortes ressemblances qui ne peuvent s’expliquer que par des échanges entre devins d’horizons culturels différents. L’étude comparée du corpus palmomantique grec fait également apparaître d’importants points de contact avec la tradition proche-orientale. Si l’histoire des interactions culturelles entre Grèce et Proche-Orient dans l’Antiquité est complexe, un fragment négligé de Bérose sur la palmomancie en indique du moins une étape particulièrement significative.

« Les maîtres parisiens et les Juifs (fin XIIIe s.) : perspectives nouvelles sur un dossier d’avis concernant le regimen judaeorum », par Rowan Dorin.

Vers 1270, une femme noble écrivit à Thomas d’Aquin, à Jean Peckham et à un juriste anonyme pour leur demander conseil sur le bon gouvernement de ses sujets et des Juifs. Savoir si la correspondante était une duchesse de Brabant ou la comtesse de Flandres a fait débat, de même que la datation des trois réponses et les relations qui pouvaient les unir. Comparant à nouveaux frais ces trois textes, cet article démontre que la correspondante ne demandait pas conseil sur les meilleures modalités de gouvernement des Juifs déjà installés dans ses territoires, mais au contraire sur la possibilité d’accueillir de nouvelles installations juives. Cette relecture identifie avec certitude l’auteur des lettres comme Marguerite de Constantinople, comtesse de Flandres et apporte un nouvel éclairage sur les politiques menées à l’égard de la présence des Juifs dans le nord-ouest de l’Europe dans les dernières décennies du XIIIe siècle.


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