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LES PAPYRUS D’HERCULANUM DE PARIS (1ère partie)

par Daniel Delattre

Directeur de Recherche au CNRS (Institut de Recherche et d’Histoire des Textes – Section de Papyrologie), missionné pour leur édition. Daniel Delattre est l’auteur de nombreuses contributions relatives à la papyrologie d’Herculanum et à la philosophie hellénistique, et l’éditeur de Philodème de Gadara. Commentaires sur la musique, livre IV (à paraître prochainement dans la Collection des Universités de France).

Des six rouleaux de papyrus carbonisés d’Herculanum (désormais PHer.) déposés à l’Institut de France en 1802 par le Premier Consul Napoléon Bonaparte, qui les avait reçus en cadeau du roi de Naples Ferdinand IV, deux ont été ouverts (entre 1986 et 1989) à Naples, où ils sont restés en dépôt à la Biblioteca Nazionale jusqu’à leur retour à Paris à la fin de Juin 2002. A cette fin, ces rouleaux avaient été confiés à une équipe italo-norvégienne que dirigeaient deux universitaires norvégiens, le Prof. Knut Kleve et un chimiste spécialiste du livre, B. Fosse, concepteurs dans les années 1980 d’une nouvelle méthode (dite « d’Oslo ») pour décoller les strates de papyrus les unes des autres, sans détruire les strates ainsi isolées, et qui impliquait les spécialistes napolitains de l’ « Officina dei Papiri Marcello Gigante », particulièrement Tommaso Starace et Lidia Caprino de la Biblioteca Nazionale de Naples.

Ces deux volumina grecs, désignés aujourd’hui sous le nom de Papyrus d’Herculanum de Paris 1 et 2 (désormais PHerc.Paris 1 et 2), furent probablement copiés en Campanie, vers le milieu du Ier s. avant n. è. Ils se trouvaient dans la Villa dite « des Pisons » ou « des Papyrus » quand l’éruption du Vésuve du 25 Août 79 recouvrit d’une gigantesque croûte de fange bouillante la cité résidentielle d’Herculanum, située sur le golfe de Naples. Carbonisés par la très forte température de la coulée de boue mêlée de lave (300°-320°), mais sauvegardés par l’absence d’oxygène et d’humidité, ils furent exhumés entre 1752 et 1754 (grâce à des puits verticaux creusés dans une couche volcanique de plus de 20 m d’épaisseur) en même temps que 600 à 700 autres rouleaux grecs (hormis quelques rouleaux latins) et les fameuses sculptures de bronze conservées au Musée Archéologique de Naples.

La responsabilité de l’édition et de la valorisation scientifique de ces deux livres antiques démembrés a été confiée en 2003 à Daniel Delattre, Directeur de recherche au CNRS (UPR 841-Institut de Recherche et d’Histoire des Textes- Section de Papyrologie). Comme l’étude de documents aussi fragiles et problématiques requiert des compétences multiples ainsi qu’une collaboration scientifique et technique étroite et exigeante, et que ce travail délicat exigera de nombreuses années d’efforts avant de déboucher sur l’édition de ces textes philosophiques épicuriens (le PHerc.Paris 2, le moins malmené des deux par les opérations d’ouverture, est à coup sûr un des livres du Sur les vices de Philodème), une équipe jeune s’est aussitôt constituée autour du responsable du projet, composée de Mmes Annick Monet et Agathe Antoni, toutes deux éditrices de papyrus d’Herculanum, et de MM. Gianluca Del Mastro, papyrologue du Centro Internazionale per lo Studio dei Papiri Ercolanesi, et Laurent Capron, de l’Institut de Papyrologie de la Sorbonne (Université de Paris IV).

La fragmentation du premier de ces rouleaux, le PHerc.Paris 1 étant telle qu’elle laisse mal augurer de sa reconstruction future, l’étude a commencé par le PHerc.Paris 2, afin d’éviter un découragement inutile. Celui-ci comporte 283 fragments de tailles très variables, disposés à l’intérieur de vingt trois grands plateaux de polystyrène. Comme l’ensemble des papyrus originaux conservés à Naples, tous ces fragments ont été heureusement photographiés entre 1999 et 2001 par une équipe américaine dirigée par le Prof. Steven Booras, de Brigham Young University (de Provo, Utah). Les images multispectrales à très haute définition (en N & B) ainsi obtenues sont indispensables pour faciliter au maximum le déchiffrement, puis la reconstruction du rouleau initial sous forme d’une maquette en grandeur réelle, par rapprochements successifs des fragments pouvant se raccorder entre eux. Quant à la loupe binoculaire à éclairage incorporé en anneau, dont s’est dotée la Bibliothèque de l’Institut de France, elle permet d’effectuer sur l’original tous les contrôles nécessaires, essentiels pour valider l’étude effectuée d’abord sur les images numériques.

La publication de ces textes complète la série des « Œuvres philosophiques de Philodème de Gadara », dans la Collection des Universités de France, initiée par l’édition du premier volumen d’Herculanum jamais reconstruit (par Daniel Delattre à partir de dix numéros de PHerc. différents), le livre IV des Commentaires sur la musique du même auteur. Après publication, il est envisagé de mettre à la disposition de la communauté scientifique l’ensemble des photographies multispectrales de chacun de ces deux rouleaux, grâce à leur mise en ligne sur le site Internet de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.


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