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Missions

Par Jean Leclant, Secrétaire perpétuel de 1983 à 2011.

Rôle de conseil et de tutelle

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Académie des inscriptions et Belles-Lettres

L’Académie est le conseil des autorités gouvernementales pour les questions de sa compétence sur lesquelles son avis est demandé et il l’est statutairement dans certains domaines. C’est ainsi que les lois du 11 floréal an X (1er mai 1802) et de 1809, confirmées par les textes ultérieurs, lui ont conféré un droit de présentation aux chaires littéraires et de sciences humaines du Collège de France ; il en était de même pour l’École des Langues Orientales avant la toute récente transformation de cette dernière.

Étroitement associée à la création de l’École des Chartes, qui avait été conçue à l’origine pour fournir des collaborateurs à ses travaux de publication documentaire et dont les anciens élèves continuent en bien des cas à assurer les éditions dont elle a le patronage, l’Académie joue un rôle important dans son fonctionnement. Elle participe au contrôle scientifique des grands instituts français de recherche à l’étranger : Écoles françaises d’Athènes et de Rome, fondées respectivement en 1846 et 1875, Institut français d’Archéologie orientale du Caire, École archéologique de Jérusalem, École française d’Extrême-Orient ; des rapports sont établis officiellement chaque année, publiés et présentés aux instances concernées. Avec l’Académie des Beaux-Arts et l’Académie des Sciences morales et politiques, l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres veille aussi aux destinées de la Casa de Velázquez à Madrid. Elle est également représentée par son Secrétaire perpétuel ou par certains de ses membres dans nombre d’organismes de la culture et de la recherche, telle la Commission consultative des recherches archéologiques à l’étranger ou la Caisse nationale des Lettres. Des réformes lui ont réservé une place dans le comité de désignation des directeurs des Écoles normales supérieures ainsi que dans certains des conseils administratifs ou scientifiques de ces dernières.

Rôle de résonance et d’incitation à la recherche historique et archéologique

Le rôle scientifique de l’Académie se manifeste directement par les activités qu’exercent ses membres ès qualités ou bien à titre personnel, tant par leurs propres travaux que par l’incitation qu’ils donnent à de nombreux organismes d’étude et de recherche.

Par les communications qui lui sont présentées chaque vendredi en ses séances publiques, l’Académie tient une place essentielle dans la diffusion de la connaissance, sur le plan national et international : ses membres et les savants, étrangers aussi bien que français, qu’ils invitent y présentent la « primeur » des découvertes opérées sur le terrain ou les résultats des travaux menés dans les archives et dans les bibliothèques ; des annonces brèves diffusent une information rapide et permettent, en certains cas, de prendre date ; les Comptes rendus que l’Académie publie, avec une célérité remarquable, offrent un bilan très actuel d’un immense labeur effectué à travers l’espace et le temps : des profondeurs de la Préhistoire jusqu’à la Renaissance, depuis la France et le monde méditerranéen jusqu’à l’Extrême-Orient, aucun des types de témoignages attestant l’activité humaine et les créations de l’esprit ne lui demeure étranger.

Le Journal des Savants, publication tricentenaire, a longtemps rendu compte de façon critique des ouvrages les plus importants pour le progrès des sciences historiques ; il accueille désormais des articles originaux marquant des avancées significatives dans les disciplines qui relèvent du domaine de l’Académie, tant en raison de leurs résultats que pour les aspects nouveaux de leur méthode.

L’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres joue aussi un rôle d’incitation à la recherche par l’attribution de nombreux prix, conçus par leurs fondateurs non seulement comme une récompense, mais surtout comme une aide destinée à encourager la recherche. Ces prix sont attribués par des Commissions, dont les membres sont annuellement renouvelés. Même si bon nombre de ces récompenses ont subi depuis lors le coup de diverses dépréciations monétaires, elles continuent à jouer un rôle appréciable dans le progrès de la science, soit pour le favoriser directement, soit pour donner quelque retentissement dans le monde savant à des travaux d’un réel mérite. Récemment l’ensemble des prix ont vu leur montant réévalué ; en général leur valeur n’est pas inférieure à 1500 €.

Les deux plus anciennes récompenses créées sont nées de l’initiative de l’État lui-même. Dès la reconstitution de l’Académie par les Consuls en 1803, fut institué le Prix du Budget, qui permet de couronner annuellement une œuvre portant sur une question posée par l’Académie en réponse à une problématique lui paraissant indispensable, tour à tour en ce qui concerne l’Orient, l’Antiquité classique et Moyen Âge ou la Renaissance. Sous la Restauration, en 1820, fut créé à son tour, par le ministère de l’Intérieur qui avait alors la tutelle de l’Académie, un Concours dit des Antiquités de la France afin de favoriser les travaux les plus importants portant sur l’histoire ou l’archéologie de la France. A l’origine, des médailles d’or, d’argent et de bronze étaient effectivement décernées aux lauréats ; depuis la fin du XIXème siècle elles ont été remplacées par des sommes en espèces maintes fois revalorisées. Celles-ci sont normalement attribuées en relation avec un autre prix fondé en 1833 par un particulier, le baron Gobert et qui porte également sur l’histoire de France. Le Prix Gobert doit être décerné « au travail le plus savant et le plus profond sur l’histoire de la France et les études qui s’y rattachent, et à celui qui s’en rapproche le plus ». Il est le plus souvent attribué à une thèse de doctorat d’État portant sur l’histoire ou l’archéologie de la France et qui est tenue pour le meilleur travail de l’année. La première médaille du concours des Antiquités récompense souvent aussi une excellente thèse de doctorat ; le second Prix Gobert et les 2ème et 3ème médailles du concours des Antiquités vont plutôt à des travaux très méritoires d’érudition sur l’histoire régionale. Les Prix Bordin et Saintour, fondés respectivement en 1835 et 1887, sont attribués alternativement à chacun des ordres d’étude de l’Académie : Antiquité classique, Orientalisme, Moyen Âge et Renaissance. Â la différence des précédents, ils peuvent porter sur des domaines étrangers à l’histoire de France proprement dite.

Tous d’origine privée, les autres prix portent, selon les dispositions arrêtées par leur fondateur, puis confirmées par un décret de la puissance publique, soit sur une période historique déterminée, soit sur une discipline donnée, soit sur une région du monde ou encore sur l’histoire d’une région de France. D’une manière générale, il est possible de répartir ces prix selon les grands domaines d’études et disciplines suivants : Antiquités orientales, Antiquité classique, Moyen Âge et monde byzantin, Inde et Extrême-Orient, Amérique, Histoire de Paris, Histoire de la Lorraine, Histoire de l’art, Numismatique, Bibliographie savante, Linguistique, Mythologie et histoire comparée des religions. Parmi ces nombreuses distinctions retenons le prix biennal pour la numismatique ancienne fondé en 1821 par Allier de Hauteroche, le Prix Honoré Chavée destiné a encourager des travaux de linguistique et spécialement des recherche relatives aux langues romanes ou le prix d’histoire des arts du dessin qui porte le nom de Louis Fould. Quant au Prix Volney, il jouit d’une célébrité assurée depuis sa création en avril 1820 ; destiné à encourager l’étude philologique des langues, il a eu pour lauréats, entre autres, Eugène Burnouf et le jeune Ernest Renan. Pour être complet, il nous faut également mentionner qu’un certain nombre de ces prix visent, de manière plus large, à favoriser les progrès de la recherche en cours. En raison du rôle joué par les prix, un appel est lancé présentement pour que des mécènes prennent la relève, avec les moyens appropriés, dans une oeuvre prestigieuse.
Tout récemment, à l’initiative de généreux donateurs américains réunis au sein de l’Association du Mécénat de l’Institut (AMI), plusieurs prix largement dotés ont été créés pour une période limitée : Prix Joseph P. Carroll pour les études asiatiques en l’honneur du président J. Chirac, Prix Plottel pour les études classiques, Prix Burkhart d’archéologie, Prix Pirasteh pour les études persanes.

Par ailleurs, tout récemment a été créée une Fondation des Amis de Pierre-Antoine Bernheim qui distribuera tous les ans un Grand prix d’histoire des religions.

Enfin, l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a la charge de fondations anciennes (et aujourd’hui totalement insuffisantes) qui prévoient des aides en vue de :

  • contribuer à la conservation ou à la restauration de monuments importants non classés comme monuments historiques ;
  • permettre des fouilles archéologiques en divers secteurs ;
  • favoriser les voyages archéologiques en Afrique ou en Asie ;
  • contribuer à la préparation d’une thèse en matière soit d’histoire en général soit, en particulier, d’égyptologie ;
  • encourager la parution de publications savantes ;
  • venir en aide aux chercheurs dans la détresse ;
  • faciliter les diverses actions menées par l’Académie.




Mission de publication des instruments de travail fondamentaux

L’Académie est enfin un des principaux centres de publication en ce qui concerne le instruments de travail fondamentaux dans les domaines qui relèvent de sa compétence.
Elle a porté d’abord et continue à porter son effort sur les publications des sources littéraire et archéologiques, instruments de base pour toute recherche historique ou philologique utilisées par les spécialistes de toutes disciplines, y compris ceux des sciences sociales, et par tous ceux qui touchent à l’histoire des sociétés. Dès le début du siècle passé, le règlement de l’Institut avait expressément prévu que l’Académie reprendrait la publication des Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, ainsi que les travaux qu’avaient entrepris les Bénédictins : le Recueil des historiens des Gaules et de la France commencé dès 1706 sur l’ordre de Pontchartrain et confié ensuite à titre personnel à divers membres de l’Académie. A la collection des Chartes et diplômes du Moyen Âge français - tâche au dessein sans doute trop ambitieux - s’ajoute la série des Documents financiers et celle des Pouillés. La collection des Historiens des Croisades s’est élargie en une collection de documents fournissant la documentation de base aux historiens de l’Orient. L’Histoire littéraire de la France a entrepris le recensement critique des sources non seulement de l’histoire littéraire proprement dite mais aussi de l’histoire scientifique, juridique, philosophique. Le Recueil général des sculptures sur pierre de la Gaule romaine, dit « Nouvel Espérandieu », rassemblera bientôt l’intégralité de la documentation disponible tandis que la Carte archéologique de la Gaule fournit le pré-inventaire de déjà 70 départements français. Dans le cadre de l’Union académique internationale, l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a pris en charge un certain nombre d’ouvrages du même type, tel le Nouveau du Cange, dictionnaire du latin médiéval, et de nombreux corpus collectant des séries documentaires : le Corpus des Inscriptions sémitiques fondé en 1867 par E. Renan, le Corpus Vasorum Antiquorum. Elle accorde son soutien à d’autres entreprises similaires par une aide efficace et constante apportée aux organismes qui en ont la charge : la publication des fouilles de Délos, le Dictionnaire du bouddhisme (Hôbôgirin), des études internationales sur le Ramayana, le Lexique iconographique de la Mythologie classique. En outre, on ne saurait oublier la part qu’elle a prise à de grands ouvrages fondamentaux de l’histoire de la langue française, dont les auteurs étaient membres de l’Académie : le Dictionnaire d’Émile Littré, la monumentale Histoire de la langue française de Ferdinand Brunot, l’Inventaire général de la langue française, le précurseur de ce qu’on appelle maintenant une banque de données.

Par cette évocation rapide des travaux propres de l’Académie, associés à son rôle traditionnel de gardienne du patrimoine historique français, par l’évocation de son intervention active dans le développement actuel des disciplines de base, il est aisé de situer la place de cette institution dans la phase actuelle de la recherche historique où la sauvegarde, la mise en œuvre et la diffusion de la documentation ancienne et nouvelle se révèlent primordiales.

À travers le monde, l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres contribue aussi, de façon indirecte, à de nombreux chantiers de fouilles et à l’activité des instituts de recherche. L’égyptologie a toujours été en honneur depuis Champollion, déchiffreur des hiéroglyphes ; les découvertes effectuées au Proche-Orient sont suivies attentivement par l’Académie, qui accorde également un grand intérêt aux recherches dans le monde islamique et en Extrême-Orient. Les études classiques (Grèce, Rome et antiquités nationales) demeurent pour elle un domaine de prédilection. L’Académie pratique enfin les diverses disciplines de l’histoire du Moyen Âge : philologie, édition critique de textes diplomatiques, narratifs et littéraires, archéologie et histoire de l’art jusqu’au XVIIème siècle inclus.

L’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres se recommande ainsi essentiellement par l’ampleur du travail qu’elle fournit et, du moins l’espère-t-elle, sa haute qualité. La somme des entreprises dirigées par ses membres, le nombre des publications qu’ils réalisent ainsi que leurs disciples, fournissent un bilan très considérable. Fière de sa longue tradition, qui a suscité en sa faveur, à travers plus de trois siècles, des appuis et des aides précieux, elle souhaite être en mesure de continuer à tenir sa place de guide et désire poursuivre sa tâche de façon efficace, pour le meilleur profit de l’ensemble de la communauté scientifique.


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