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2018

Phan Huy Lê

Nommé correspondant étranger de l’Académie le 27 mai 2011 à la place de Francisco RICO, Phan Huy Lê est décédé le 23 juin 2018, à Hanoï, à l’âge de 84 ans.

Professeur émérite à l’Université de Hanoï (2004), au sein de laquelle il dirigea le Centre de Coopération internationale pour la Recherche et créa le Département d’Études orientales, Phan Huy Lê était une figure de proue de la recherche et de l’enseignement universitaires connu de toute la communauté scientifique et du grand public vietnamien. Président honoraire de l’Association des Sciences historiques du Vietnam, il était le Vice-président du Comité national de gestion du Patrimoine culturel de Thang Long-Hanoi. Spécialiste de l’histoire médiévale du Vietnam, ses principaux travaux portaient sur l’histoire foncière, l’économie et la société paysannes, l’histoire militaire en relation avec les invasions étrangères, ou bien encore l’histoire culturelle et littéraire du Vietnam. Auteur d’une œuvre considérable rassemblant plus de 500 titres, il était le directeur du programme d’État de rédaction de L’histoire du Vietnam, en 30 vol.

Michael SCREECH

Élu membre de l’Académie au fauteuil d’Alberto VARVARO, le 5 février 2016, après avoir été nommé correspondant étranger à la place de Calvert WATKINS, le 23 juin 2000, Michael SCREECH s’est éteint à Oxford, le 1er juin 2018, à l’âge de 92 ans.

Après avoir enseigné à l’Université de Birmingham puis à l’University College London, où il dirigea le département de Langue et littérature françaises et travailla en étroite collaboration avec le Warburg Institute, le Professeur Michael SCREECH gagna en 1984 All Souls College à Oxford qui lui conféra l’éméritat en 2003. Ordonné prêtre en 1994, il exerça également la fonction de chapelain d’All Souls, et administra, de 1994 à 2006, la bibliothèque du palais de Lambeth. Membre de la British Academy et de la Royal Society of Literature, professeur invité dans de nombreuses universités à travers le monde tout au long de sa carrière, il avait reçu des doctorats honoris causa des universités d’Exeter, de Genève et de Neuchâtel. Spécialiste réputé de la littérature française du XVIe siècle, et en particulier de Rabelais, dont il édita et commenta plusieurs des œuvres et auquel il consacra de nombreux ouvrages, notamment une biographie parue en 1979 qui demeure l’ouvrage de référence (trad. française, 1992), Michael SCREECH voua également d’important travaux à Montaigne, Érasme ou bien encore Clément Marot. Il était membre des comités scientifiques de la revue Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, et des collections « Textes littéraires français » (Genève) et « Classiques de la Renaissance en France » (New York et Paris).

Bernard Lewis

Nommé correspondant étranger de l’Académie le 9 décembre 1994 à la place d’Ekrem AKURGAL, Bernard Lewis est décédé le 19 mai 2018, à Voorhees Township (New Jersey), à l’âge de 101 ans.

Professeur aux Universités de Londres puis de Princeton où il fut en même temps membre de l’Institute for Advanced Study, Bernard Lewis fut directeur de l’Annenberg Research Institute for Judaic and Near Eastern Studies de l’Université de Philadelphie. Titulaire de nombreux doctorats honoris causa, il était membre, en particulier, de la British Academy, de l’American Academy of Arts and Sciences et de l’American Philosophical Society. Grand spécialiste des études sur le Proche- et le Moyen-Orient du Moyen Âge à l’époque moderne et contemporaine, il nous laisse une œuvre considérable, notamment sur l’islam médiéval, sur l’empire ottoman et sur les contacts entre l’islam et l’Europe. Il fut l’un des co-éditeurs de la Cambridge History of Islam (1970) ainsi que des six premiers volumes de la seconde édition de l’Encyclopaedia of Islam (Leyde, 1960-1991).

Willibald SAUERLÄNDER

Élu membre de l’Académie, le 20 novembre 1998, après avoir été nommé correspondant étranger à la place de Herbert FRANKE, le 9 décembre 1994, Willibald SAUERLÄNDER est mort à Munich le 18 avril dernier, à l’âge de 94 ans.

Historien de l’art médiéval, Willibald SAUERLÄNDER a professé à l’Université de Fribourg-en-Brisgau, puis dirigé l’Institut central d’Histoire de l’Art de Munich tout en enseignant à la Ludwig-Maximilians Universität qui lui conféra l’éméritat en 1989. Membre de nombreuses académies, dont la Bayerische Akademie der Wissenschaften, l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, la British Academy ou bien encore l’American Academy of Arts and Sciences, il était docteur honoris causa de l’université de Strasbourg et de l’École normale supérieure de Pise. Il fut membre de l’Institute for Advanced Study de Princeton en 1961-62, puis en 1974. L’un des plus grands spécialistes de l’art gothique français auquel il avait consacré plusieurs ouvrages devenus des classiques – Gotische Skulptur in Frankreich, 1140-1270 (1970, trad. française, 1972) ou bien encore Le Siècle des cathédrales (1140-1260), paru dans la collection de l’Univers des formes en 1989 – Willibald SAUERLÄNDER consacra également des travaux importants à Houdon, Poussin et même aux impressionnistes. La reconnaissance internationale dont il jouissait lui valut d’être professeur invité dans de nombreuses universités, en particulier américaines (Harvard, Berkeley, New York)..

Jacques GERNET

Élu membre de l’Académie au fauteuil de Paul DEMIÉVILLE, le 8 juin 1979, Jacques GERNET s’est éteint à Vannes (Morbihan), le 3 mars 2018, à l’âge de 96 ans.

Diplômé de chinois de l’École nationale des Langues orientales vivantes (l’actuel INALCO) et de l’École pratique des Hautes Études, ancien membre de l’École française d’Extrême-Orient à Hanoï et docteur ès-lettres, Jacques GERNET fut directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences sociales, puis professeur de langue et civilisation chinoises à la Sorbonne, avant de fonder et de diriger l’UER de langues et civilisations de l’Asie orientale de l’Université de Paris VII. Professeur au Collège de France de 1975 à 1992, il y exerça les fonctions de délégué de son administrateur aux Instituts d’Extrême-Orient. Sinologue, philologue, spécialiste de l’histoire sociale et intellectuelle de la Chine, en particulier aux XVIe et XVIIe siècles, et de ses premiers contacts avec l’Occident, Jacques GERNET jouissait d’une ample renommée internationale qui lui valut d’être élu au sein de nombreuses académies (Académie chinoise de Taipei, Académie du Japon, British Academy, Bayerische Akademie der Wissenschaften). Il était membre du Tôyô Bunko, Center for East Asian Cultural Studies for UNESCO à Tokyo ainsi que du comité de rédaction du « Centre de recherches étrangères sur la Chine », de l’Université Waiguoyu daxue à Pékin. Au titre de sa riche bibliographie, on mentionnera sa Vie quotidienne en Chine à la veille de l’invasion mongole (1959) qui connut un très grand succès international, de même que son ouvrage majeur, devenu immédiatement un classique, sur Le Monde chinois (1972), tous deux traduits en de nombreuses langues et plusieurs fois réédités. On se doit également de citer son maître ouvrage intitulé : Chine et christianisme : action et réaction (1982), lui aussi réédité à plusieurs reprises et abondamment traduit, un recueil de ses articles paru sous le titre L’intelligence de la Chine : le social et le mental (1994), enfin un volume sur Société et pensée chinoise aux XVIe et XVIIe siècles, issu de textes publiés dans l’Annuaire du Collège de France. Longtemps directeur du Hôbôgirin , dictionnaire encyclopédique en langue française du bouddhisme d’après les sources chinoises et japonaises, qu’édite l’Académie, Jacques GERNET fut aussi co-rédacteur de la revue de référence franco-hollandaise T’oung Pao.

JAO Tsung-I

Élu membre de l’Académie au fauteuil de Siegfried LIENHARD, le 7 décembre 2012, le sinologue JAO Tsung-I s’est éteint à Hong Kong, le 6 février 2018, à l’âge de 101 ans. Professeur à l’École pratique des études chinoises classiques de Wuxi (1943-1945), puis Président du département d’histoire et de littérature de l’Université du Huanan (1946-1949), où il édita les Annales de Chaozhou, JAO Tsung-I enseigna la littérature au département de chinois de l’Université anglaise de Hong Kong (1949-1968), avant de devenir professeur et président du département de littérature chinoise de l’Université de Singapour, puis professeur à l’Université chinoise de Hong Kong, qui lui attribua l’honorariat en 1979. De 1984 à 1988, il présida le Centre de Recherches d’Histoire et de Littérature chinoises à l’Université de Macao.

Historien, archéologue, peintre, poète et calligraphe de haut renom, JAO Tsung-I était une figure parmi les plus vénérées du monde intellectuel chinois. Qualifié de « gloire de Hong Kong » par le premier ministre Li Keqiang, il avait reçu en 2000 le Grand Bauhinia Medal, la plus haute distinction de Hong Kong. Il était lauréat du prix spécial pour la préservation et l’étude du patrimoine culturel du site de Dunhuang et de plusieurs Life Achievement Awards. En France, où il avait accompli de nombreux séjours d’étude à partir des années 50, sa réputation était considérable. Ancien membre de l’École française d’Extrême-Orient (1974-1976), il avait été directeur d’études invité à l’École pratique des Hautes Études en 1978-1979, qui lui conféra un doctorat honoris causa en 1983. Membre honoraire de la Société asiatique depuis 1980, il était Officier dans l’ordre des arts et des lettres.

La bibliographie de JAO Tsung-I réunit 80 ouvrages, dont une vingtaine de recueils de poésie, et quelque 900 articles. Plusieurs de ses grands livres avaient germé à l’occasion de son activité scientifique à Paris : Airs de Touen-hang. Textes à chanter des VIIIe-IXe siècles, publié en 1971 avec Paul DEMIÉVILLE (AIBL 1951), les Peintures monochromes de Dunhuang (en coll. avec Pierre Ryckmans et Paul DEMIÉVILLE, 1978), enfin ses Inscriptions tombales des dynasties Tang et Song, d’après le fonds possédé par l’École française d’Extrême Orient (1981).

En juin 2017, la Pagode, rue de Courcelle, avait ouvert ses portes à une exposition de ses œuvres intitulée : « Bonheur éternel. Variations autour du lotus » (Cf. Lettre d’information n° 158). C’est en son honneur que la séance solennelle de rentrée de l’Académie du 24 novembre 2017 avait été consacrée au thème « Peinture et poésie ». Le 22 février un hommage lui a été rendu au Centre culturel de Chine à Paris, en présence du Secrétaire perpétuel Michel ZINK et sous la présidence de M. Léon Vandermeersch, correspondant de l’Académie, auquel l’attachaient.

Robert TURCAN

Élu membre de l’Académie au fauteuil de Georges DAUX, le 2 mars 1990, Robert TURCAN s’est éteint à Craponne (Rhône), le 16 janvier 2018, à l’âge de 88 ans. Normalien, ancien membre de l’École française de Rome, agrégé de lettres classiques et docteur ès-lettres, Robert TURCAN fut professeur à l’Université de Lyon (1969-1987), puis à la Sorbonne, qui lui conféra l’éméritat en 1994. Historien du monde romain et latiniste de renommée internationale, ses champs de compétences touchaient à des disciplines aussi diverses que l’histoire de l’art et des religions, l’archéologie ou bien encore la numismatique, au sein desquelles sa connaissance remarquable des textes grecs et latins a permis de creuser de nouveaux sillons. Grand défenseur des humanités classiques, Robert TURCAN était membre du Deutsches archäologisches Institut (Berlin) et de plusieurs sociétés savantes : la Société des Études latines, l’Association des Études grecques, la Société nationale des Antiquaires de France. Ancien membre du Comité national du CNRS, il avait été appelé par l’Académie centrale européenne de Science et Art à participer à ses travaux. Il avait présidé l’AIBL en 1999.

Robert TURCAN nous laisse une œuvre importante comportant de grands livres et un nombre considérable d’articles. Parmi ses principaux ouvrages, l’on citera sa thèse d’État intitulée : Les sarcophages romains à représentations dionysiaques. Essai de chronologie et d’histoire religieuse (1966), caractéristique de sa méthode d’analyse des monuments figurés à l’appui des textes latins et grecs dont sa connaissance était profonde, son corpus des sources littéraires, inscrites et figurées des Liturgies de l’initiation bacchique à l’époque romaine (2003, coll. des « Mémoires » de l’AIBL), ou bien encore deux gros recueils d’articles intitulés : Études d’archéologie sépulcrale. Sarcophages romains et gallo-romains (2003) et Recherches mithriaques. Quarante ans de questions et d’investigations (2016). Éditeur dans la série latine de la « Collection des Universités de France », de L’erreur des religions païennes de Firmicus Maternus (1982) et des Vies de Macrin, Diaduménien, Héliogabale de l’Histoire Auguste (1993), Robert TURCAN nous laisse de grandes biographies consacrées à plusieurs empereurs romains, à Héliogabale, à Constantin, à Hadrien, et tout récemment à Tibère (2017).



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