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LE
RECUEIL DES HISTORIENS DES CROISADES,
par Jean Richard, membre de lAcadémie
Les Bénédictins, au XVIIIe siècle, avaient déjà
entrepris la réalisation dun recueil des textes narratifs
concernant les croisades : les 31 volumes de la collection de Dom Berthereau
en sont la preuve. Les textes des Assises de Jérusalem,
dautre part, intéressaient les juristes, et cest le
ministère de la Justice, sous la Restauration, qui en envisagea
la publication qui fut confiée à Benjamin Guérard.
Mais cette double entreprise navait pas abouti, et cest lAcadémie
des Inscriptions et Belles-Lettres qui la reprit en décidant, en
1833, de mettre en chantier un Recueil des Historiens des Croisades
et, en 1834, dy incorporer les deux volumes de Lois que le
comte Beugnot publia en 1841 et 1843. Le Recueil des Historiens
allait comprendre six gros volumes in-folio dHistoriens Occidentaux,
parus de 1844 à 1895, cinq volumes dHistoriens orientaux,
constitués dextraits de chroniques arabes, avec leur traduction
française, qui parurent de 1872 à 1906, deux dHistoriens
grecs, publiés en 1875 et 1881, enfin deux volumes de Documents
arméniens, le premier (1869) composé de textes arméniens
avec leur traduction, lautre (1906) réunissant à la
Chronique dArménie de Jean Dardel, à lHistoire
des royaumes dAsie du prince arménien Haython et aux
Gestes des Chiprois plusieurs textes relevant de la catégorie des
projets de croisade, émanant de voyageurs du XlVe siècle.
Ce grand corpus avait sans doute ses défauts, ceux-ci étant
particulièrement sensibles en ce qui concerne les Assises de
Jérusalem, du fait de la non-prise en compte de manuscrits
parfois essentiels. Le comte Riant, qui fut associé à lentreprise,
avait poursuivi, au sein de la Société de lOrient
latin quil avait fondée, la recherche systématique
de ceux-ci. Mais la réalisation du Recueil fut abandonnée
peu avant la Première Guerre mondiale. Elle nen avait pas
moins rendu, et elle continue à rendre, dénormes services.
Dailleurs, il y a quelques années, il parut nécessaire
den opérer la réimpression.
LAcadémie à décidé, au lendemain de
la Seconde Guerre mondiale, sous limpulsion dEdmond Faral,
de reprendre luvre quelle avait poursuivie avec tant
de persévérance. Le grand format était abandonné,
la nouvelle formule étant celle de volumes indépendants
consacrés chacun à un texte, historique, juridique, littéraire
ou documentaire. Le titre adopté pour la nouvelle collection, Documents
relatifs à lhistoire des croisades, traduit cette optique
renouvelée. On y a vu paraître des poèmes de Rutebeuf,
les chroniques dHenri de Valenciennes, de Pierre Tudebode, de Raymond
dAguilers, la continuation de Guillaume de Tyr, la chronique arménienne
attribuée au connétable Sempad, celle des Ayyoubides par
al-Makin, le cartulaire du Saint-Sépulcre, la traduction des Voyages
dibn Jobaïr, lHistoire des Tartares de Simon de
Saint-Quentin, le texte du Livre au Roi : laire couverte
par la collection sest donc un peu élargie par rapport à
sa devancière. Les éditeurs de ces textes viennent de tous
les horizons. Et le programme qui se réalise actuellement comprend,
avec des chroniques arabes, une nouvelle édition des Lignages
doutre-mer, qui révèlera la complexité
dune tradition manuscrite et historique dans un genre très
particulier, des projets de croisade de la fin du XIIIe siècle.
Le Recueil des Historiens des croisades a donc repris vie sous
cette nouvelle forme qui compte déjà plus de quinze volumes.
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