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Mission franco-brésilienne du Piaui (Brésil)

Nos découvertes dans le Nordeste du Brésil bouleversent l’idée que l’on a du peuplement des Amériques. Selon des faits géo-climatiques et des prémisses sur le développement cognitif de l’Homme moderne, les Amériques ne purent être conquises qu’à partir de 12 000 ans, suivant le réchauffement climatique de l’Holocène, libérant des populations sibériennes bloquées en Alaska par une barrière glaciaire. Or, les 9 sites que nous fouillons attestent une présence humaine dès 30 000 ans. Ces données ne contredisent pas les données climatiques car à cette période, le passage vers les grandes plaines existait, et la zone intertropicale des Amériques n’est soumise qu’à des fluctuations d’humidité. En revanche, le matériel archéologique n’est pas celui produit par les populations de Sibérie de ces périodes. Ces différences ont fait polémique, alors qu’elles s’expliquent par une adaptation à un type de matière première différent, largement utilisé dans toute l’Asie de l’Est par des hommes modernes. Suite aux analyses : technique, taphonomique, et fonctionnelle des artefacts, nous avons les arguments pour certifier de leur anthropicité.

Notre projet apporte les premières connaissances sur les modes de vies des populations de chasseurs/cueilleurs d’Amérique du sud face aux crises climatiques. Nous l’abordons sous l’angle des transformations symboliques (art, sépulture), des comportements techniques (identité, continuité, rupture, évolution), des organisations sociales à travers l’Interactions populations/Environnements - migration, circulation, contact, isolement-, et de l’identité biologique (ADN). Les toutes premières données, selon les gradients climatiques, indiquent un phénomène de couplage/découplage entre mode de subsistance et ressources disponibles. Durant le Pléistocène, sauf à sa phase terminale, alors que l’humidité est permanente, l’occupation de ce territoire fluctue aux grès des fluctuations, prouvant un fort couplage. Le repeuplement se fait sans modifications techniques majeures. Alors qu’à partir de la fin du pléistocène et l’Holocène il y a une une pérennité des occupations, témoin d’un découplage entre les modes de subsistance et l’écosystème. Cela se traduit par des ruptures techniques, les premières représentations rupestres, et des sépultures, qui vont se succéder et se différencier au fil du temps. D’où la création d’une équipe pluridisciplinaire pour comprendre au mieux ces interactions sociales avec l’environnement, qui sont par ailleurs bien connues sur d’autres continents à ces périodes.

Eric Boëda


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