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Mission du Ouadi el-Jarf (Égypte)

La mission archéologique du ouadi el-Jarf a pour objectif l’étude un port pharaonique sur la mer Rouge qui a été occupé sous l’Ancien Empire, au début de la IVe dynastie (c. 2600 av. J.-C.), et notamment sous le règne de Chéops, deuxième roi de cette lignée. Ce site archéologique se trouve sur la côte ouest du golfe de Suez, à une distance de 23 km de la ville moderne de Zafarana. Il s’agit d’un « port intermittent », qui était essentiellement utilisé dans le cadre d’expéditions envoyées par voie maritime vers la péninsule du Sinaï, de l’autre côté du bras de mer, pour y exploiter d’importants gisements de cuivre nécessaires à l’État pharaonique. En l’absence d’un contact direct à cette période entre la vallée du Nil et la mer Rouge, les bateaux étaient acheminés en pièces détachées vers la côte, où ils étaient réassemblés afin d’y être utilisés. A la fin de l’opération, ils étaient à nouveau démontés, et laissés en attente de leur réutilisation – parfois plusieurs années plus tard – dans un système de galeries entrepôts aménagées en retrait du littoral. Ce site est donc l’exemple le plus ancien d’un type d’installation très élaboré, mis en œuvre dans l’Antiquité dans le cadre d’une une véritable prouesse logistique. Les vestiges archéologiques – très dispersés – s’échelonnent sur une distance d’environ 7 km entre la côte même, où une jetée artificielle en forme de L de 200 x 200 m est encore visible de nos jours (photo 1), et les premiers ressauts montagneux où fut creusé un ensemble de 32 galeries magasins destinées à abriter le matériel expéditionnaire (photo 2).

Depuis 2011 – date de la création de la mission – un premier ensemble de 19 galeries a pu être intégralement fouillé. Il a livré des restes significatifs du matériel nautique qui y était à l’origine entreposé (bois, tenons d’assemblage, cordes), ainsi que plusieurs centaines de jarres containers produites sur place et inscrites au nom des équipes qui faisaient vivre le port. Mais la découverte la plus spectaculaire y a été celle d’un lot d’archives sur papyrus qui appartenait à une équipe de bateliers travaillant sur le site. Cette documentation permet d’avoir pour la première fois un aperçu interne du fonctionnement de l’administration de l’État égyptien à ses origines. Le journal d’un petit chef d’équipe du nom de Merer – tenu au jour le jour pendant une durée de plusieurs mois – nous donne également, au gré des missions qui lui ont été confiées – des informations sur le chantier de la grande pyramide de Chéops à Giza, alors en construction (photo 3). La mission a également travaillé dans la zone de la plaine littorale, où ont été découvertes deux zones de campements. L’une se trouve à quelque 200 m de la côte et a livré, entre autres, un dépôt de 100 ancres de bateaux, parfois inscrites au nom des embarcations qu’elles équipaient, qui y avaient soigneusement été rangées au terme d’une expédition. La deuxième et la plus importante est un « bâtiment intermédiaire » situé à 3 km du rivage et à 4 km des galeries, qui présente les vestiges de plusieurs occupations successives, dont l’une marque sans doute l’origine de l’installation des égyptiens sur le site, au tout début de la IVe dynastie (photo 4).

Au cours des deux prochaines campagnes (mars avril 2018 et mars-avril 2019), l’objectif sera de poursuivre l’exploration du système de galeries magasins – l’un des traits les plus originaux de ces ports pharaoniques de la mer Rouge – notamment pour mieux cerner les différentes phases de son élaboration et de son utilisation – et d’étudier de détail le système de fermeture de ces cavités, qui ont été régulièrement condamnées, pour protéger les dépôts précieux qu’elles renfermaient, au moyen de gros blocs de calcaire de plusieurs tonnes extraits de carrières proche du site. Parallèlement, la fouille du « bâtiment intermédiaire » devrait se poursuivre par le dégagement des niveaux les plus anciens qui ont été scellés par l’occupation du temps de Chéops. L’objectif final est de mieux cerner la chronologie du site, d’identifier les conditions de son aménagement initial, de son fonctionnement puis de son abandon moins d’un siècle plus tard au profit d’une autre installation portuaire régie selon les mêmes principes.

Responsable : Pierre Tallet Partenariat entre Sorbonne Université / UMR 8167 du CNRS et l’Institut français d’archéologie orientale du Caire.


Pour plus de renseignements voir :

  • le site d’information sur le projet « mer Rouge Sinaï » (association AMERS) dans le cadre duquel s’insère ce chantier voir le site : https://amers.hypotheses.org

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