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Mission archéologique française en Asie centrale (MAFAC) (Ouzbékistan-Tadjikistan)

La « Mission archéologique française en Asie Centrale » (MAFAC) met en œuvre, dans le cadre d’un réseau de coopération internationale, un programme de recherche pluridisciplinaire en Ouzbékistan et au Tadjikistan sur la Préhistoire et la Protohistoire ancienne. Les travaux portent particulièrement sur la néolithisation et l’émergence des sociétés nomades et sédentaires dans un contexte de « mondialisation » des réseaux d’échanges (VIIe-IIIe millénaires av. n.è.). Soutenue par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, elle résulte de la fusion en 2015 de deux missions précurseurs (ex-MAFANAC-Ajakagytma en Ouzbékistan, dir. F. Brunet et ex-MAFAC-Sarazm au Tadjikistan, dir. H.-P. FRANCFORT), s’appuyant sur une collaboration française historique avec les institutions partenaires de l’Académie des Sciences des deux pays concernés : l’Institut des Recherche archéologiques Ja. Guljamov à Samarcande (Ouzbékistan) et l’Institut d’Histoire, d’Archéologie et d’Ethnographie A. Donish à Douchanbé (Tadjikistan).

La mission consacre ses recherches principalement à la vallée fluviale du Zeravchan, depuis sa source dans les piémonts du Tadjikistan jusqu’à ses méandres anciens, qui se perdent dans les sables du Kyzyl-Koum en Ouzbékistan, après avoir traversé les oasis de Samarcande et de Boukhara (fig. 1). Cette région permet d’étudier dans la longue durée la genèse de sociétés pastorales ou agricoles majeures en Asie centrale, selon des processus originaux, depuis le Néolithique avec la culture prédominante de Kel’teminar (VIIe-IVe millénaires) jusqu’aux civilisations du Bronze (oasis versus steppes, IVe-IIIe millénaires) par une période charnière et encore mal connue, le Chalcolithique. Cette transformation d’anciennes communautés de chasseurs-cueilleurs se traduit par des innovations techniques et économiques mais également de profondes modifications de la société. On peut citer la domestication des plantes et des animaux, l’apparition d’un art monumental, l’urbanisation, la spécialisation artisanale et la mise en place de relations à très grande distance. Les travaux de la mission éclairent l’origine et l’évolution de ces premières sociétés complexes au sein d’écosystèmes fragiles, en renouvelant les approches par des méthodes récentes. Outre la fouille des sites d’Ajakagytma (Néolithique, Ouzbékistan) et de Sarazm (Chalcolithique-Bronze, Tadjikistan), nos prospections dans le paléodelta de l’Amou-Daria (Akchadaria) et dans le désert en Ouzbékistan ont conduit à la découverte de plusieurs centaines de sites de cette époque.

Les premiers pasteurs de Kel’teminar, dont la grande ancienneté (VIIe millénaire) fut démontrée par la mission, sont dorénavant bien identifiés dans la vallée du Zeravchan en Ouzbékistan. Nos travaux sur le site exceptionnellement préservé d’Ajakagytma (fig. 2), découvert en 1995 par une mission ouzbéko-polonaise (M. Khudzhanazarov et K. Szymczak), fournissent des éléments remarquables sur la chronologie, le mode de vie et les traditions culturelles et techniques originales de cette société néolithique (fig. 3). On privilégie désormais l’hypothèse de son origine locale. Par ailleurs, un modèle de référence inédit sur l’environnement et le climat passés de ces zones endoréiques d’Asie Centrale aborde les phénomènes d’optimum climatique et d’aridification ; il répond aussi à des interrogations écologiques et économiques contemporaines. Enfin, notre étude propose d’expliquer les interactions, mises en évidence à partir du Ve millénaire, avec des communautés chalcolithiques et du Bronze ancien. De même, elle vise à comprendre la fonction d’établissements « multiculturels » qui apparaissent à cette époque dans la vallée du Zeravchan, où des traditions différentes coexistent.

L’étude du site de Sarazm (Ve-IIIe millénaires) au Tadjikistan, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2010, illustre admirablement ces réseaux et leur complexité (fig. 4). Après sa découverte en 1976 par A. Isakov, ce site a fait l’objet de fouilles et d’une collaboration entre le Tadjikistan et la France depuis trente ans. La poursuite de ces opérations vise à mieux comprendre le rôle majeur de cet établissement à l’aube de la brillante civilisation du Bonze du bassin de l’Oxus. Sarazm est en effet exceptionnel à plusieurs égards. Centre urbain excentré et très ancien, il était intégré dans des relations « internationales » de large envergure comprenant les autres régions centrasiatiques, les steppes sibériennes, mais aussi l’Iran proto-élamite, l’Indus harappéen, le Baloutchistan et le monde syro-mésopotamien (fige. 5). La richesse en minéraux (or, étain, pierres semi-précieuses…) de la vallée du Zeravchan pourrait expliquer son attractivité.

Les objectifs fixés pour 2018-2019 concernent à la fois la publication et la valorisation des études et travaux de terrains, ainsi que le développement d’un nouveau programme de fouilles à Sarazm et de prospections géo-archéologiques dans la vallée du Zeravchan en Ouzbékistan et au Tadjikistan. Il s’agit de mieux comprendre la fin du processus de néolithisation et le Chalcolithique dans la région du Zeravchan, « l’internationalisation » des réseaux d’échanges et les origines de la civilisation de l’âge du bronze de l’Oxus. Les méthodes pluridisciplinaires mises en œuvre font des sites étudiés de véritables chantiers pilotes et un lieu de formation de jeunes chercheurs dans de nombreux domaines. La restauration et la valorisation des sites et des antiquités constituent également des axes importants.

Frédérique Brunet, directrice de la MAFAC (CNRS-UMR 7041 ArScAn, équipe Archéologie de l’Asie centrale, Nanterre), frederique.brunet@mae.cnrs.fr


Lien complémentaire :

Légendes des illustrations :

  • Fig. 1. Vallée du fleuve Zeravchan : site néolithique d’Ajakagytma (Ouzbékistan) et site proto-urbain chalcolithique et bronze ancien de Sarazm (Tadjikistan) © MAFAC-CNRS.
  • Fig. 2 .Ajakagytma dans le désert du Kyzyl-Koum, Ouzbékistan : a) localisation près du lac salé (image satellitaire QuickBird® modifiée par G. Davtian) ; b) vue générale (ph. J.-D. Vigne) ; c) vue aérienne (G. Davtian) © CNRS, MAFANAC/MAFAC.
  • Fig. 3. Ajakagytma et le Néolithique de Kel’teminar, Ouzbékistan : art rupestre (Sarmysh-Saj) ; pendeloques, dents de requins et outillage en silex dont les trapèzes « à cornes » et la pointe de flèche de Kel’teminar (Ph. F. Brunet, E. Lesvignes, J.-D. Vigne avec l’aimable autorisation de M. Khudzhanazarov) © CNRS, MAFANAC/MAFAC, IA ANRUz.
  • Fig. 4. Sarazm, Tadjikistan : a) vue tridimensionnelle du site et des alentours (G. Davtian, images QuickBird®) ; b) détail d’architectures (ph. B. Mutin) ; c) modèle numérique de terrain du site, SIG (G. Davtian) © CNRS, MAFAC.
  • Fig. 5.Artisanat local et échanges à longue distance à Sarazm, Tadjikistan : perles en pierres semi-précieuses et or, bracelet en coquillage, vaisselle et vases, pointes de lance en alliage cuivreux, « poids ansé » en pierre, pointes de flèches et pièces bifaciales en silex et grès quartzite (avec l’aimable autorisation d’A. Razzokov) © A. Isakov et A. Razzokov, IIAE-ANRTd ; Musée national des Antiquités du Tadjikistan ; R. Besenval ; © CNRS-MAFAC.


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