Accueil du site > Fouilles archéologiques > Labels archéologie 2018 & 2019

Mission archéologique française à Pétra (Jordanie)

La mission archéologique française de Pétra, qui bénéficie de l’appui du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, s’emploie à étudier les espaces religieux de la capitale nabatéenne. Elle a développé ses programmes autour du Qasr al-Bint, principal temple de la capitale nabatéenne et pôle d’articulation urbanistique majeur du centre urbain. Elle s’inscrit ainsi dans la lignée d’une longue tradition de recherche française à Pétra, remontant aux premières explorations du site par L. de Laborde et L. M. Linant de Bellefonds (1828) et aux travaux épigraphiques des pères M. J. Lagrange, R. Savignac, J. Starcky et J. T. Milik, récemment relayés par la publication par L. Nehmé d’un Atlas archéologique et épigraphique de Pétra (t. 1, Paris, Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 2012). Par sa situation au cœur de la ville antique et la conservation de la totalité de son élévation, le Qasr al-Bint constitue, à côté de la Khazneh, l’un des bâtiments les plus emblématiques de Pétra. Les travaux de dégagement, débutés par nos collègues britanniques dès l’époque mandataire, se sont poursuivis à partir de 1979 sous la direction de Fawzi Zayadine. En raison des liens historiques développés entre ce grand savant jordanien et l’Institut français de Beyrouth, une étroite collaboration fut engagée avec les Antiquités du royaume dès l’ouverture par Ernest WILL (1913-AIBL 1973-1997) à Amman d’une antenne de l’Institut français du Proche-Orient (1977). Ces travaux de longue haleine furent couronnés par la publication en 2003 à Paris d’une monographie grand format par F. Zayadine, Fr. Larché et J. Dentzer-Feydy, Le Qasr al-Bint de Pétra, l’architecture, le décor, la chronologie et les dieux.

Si les premiers travaux ont porté sur le bâtiment proprement dit, le volet archéologique activement soutenu par Jean-Marie DENTZER, a livré des résultats fondamentaux à la fois sur le bâtiment cultuel (chronologie longue, autels monumentaux) et sur son environnement construit (téménos partiellement dégagé durant le mandat britannique, Propylées et « Bâtiment B », cour distribuant vraisemblablement des espaces de banquet), livrant une séquence inattendue d’un millénaire d’occupation (depuis le tournant des IVe et IIIe s. av. n.è.) dans ce qui constitue le cœur de l’établissement urbain de Pétra (fig. 1). En particulier, la découverte d’un monument impérial à abside dédicacé à Marc Aurèle et Lucius Verus, livre aujourd’hui un jalon fondamental de l’histoire de l’architecture d’époque impériale en Provincia Arabia.

En raison de l’inscription de la ville dans un environnement montagneux, les sanctuaires de Pétra présentent une distribution significative dans un espace urbain élargi à diverses périphéries et, partant, une hiérarchisation marquée entre espaces publics et espaces privés. Ils comprennent ainsi, à côté des sanctuaires urbains comme le Qasr al-Bint ou le temple anonyme dit « aux lions ailés », quantité de petits sanctuaires périphériques de nature diverse (présentoirs à bétyles, oratoires, lieux de réunion d’associations), qu’il s’agit de caractériser. Outre une mise en perspective spatiale qui permet de relier les sanctuaires disséminés aux diverses tribus qui composaient la société pétréenne, cette exploration renouvelée des sanctuaires périphériques est justifiée par l’obsolescence des travaux de Gustav Dalman (1908 et 1912) à qui l’on doit la première étude globale des sanctuaires de la ville.

L’un des projets de la Mission archéologique française de Pétra a porté sur la « Chapelle d’Obodas », un sanctuaire tribal de la périphérie, fouillé entre 2001 et 2013 (fig. 2).Ces travaux ont abouti à la découverte d’un espace de réunion tribal qui a connu des développements structurels importants (trois phases majeures nabatéennes reconnues, dès le milieu du IIe s. av. n.è.), avant l’annexion du royaume nabatéen par Rome et la création de la Provincia Arabia en 106 de notre ère. Cette recherche a justifié l’exploration en 2010 du sommet du Jabal Numayr, un sanctuaire de « haut lieu » topographiquement lié à la « Chapelle d’Obodas ». Cette ouverture à la problématique des sanctuaires de haut lieu a amené la mission française à débuter, en octobre 2012, en collaboration avec la mission archéologique belge de Pétra, une exploration systématique du sommet du Jabal Khubthah. Celle-ci est à l’origine de découvertes inattendues : un môtab, présentoir à bétyle construit et inédit, une plateforme (bâtiment pavillonnaire ou temple ?) liée à un stibadium rupestre et surtout un spectaculaire et bien inattendu complexe thermal de hauteur (fig. 3).

En 2014, cette exploration s’est prolongée par le relevé d’un sanctuaire extra urbain, situé au Wadi Sabra, à la lisière méridionale de la ville ; il associe un complexe thermal, un téménos et un théâtre rupestre sur lequel les travaux reprendront à l’automne 2018. En mai 2018, la mission archéologique française de Pétra a débuté, en collaboration avec la mission archéologique de l’Université libre de Bruxelles et la al-Hussein Bin Talal University (Maan) l’étude de Khirbat Brâq, un important sanctuaire de source situé dans le Jabal Shara, la montagne calcaire qui domine la capitale nabatéenne (fig. 4).

Ces études sont menées en collaboration avec l’Institut Français du Proche-Orient (Amman). À côté des études architecturales et archéologiques, elles comprennent un important volet archéométrique (artéfacts, archéobotanique, archéozoologie) qui permet d’ouvrir la problématique aux pratiques mises en œuvre dans ces différents espaces et de proposer ainsi une lecture renouvelée des sanctuaires et des rituels religieux dans le monde nabatéen.

Laurent Tholbecq,
directeur de la Mission archéologique française de Pétra
(CNRS, ArScAn, équipe APOHR, Nanterre)


Liens


imprimer


Site réalisé avec SPIP 2.1.10 + AHUNTSIC